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01/12/2011

Genève, une muséographie momifiée

 

msxt84tk.jpegDes musées-dépôts de luxe, des touristes délaissés, les sciences négligées, une muséographie d’un autre siècle, des synergies inexistantes… Le bilan de la politique muséale genevoise est alarmant. Notre ville a une décennie de retard, sinon plus. C’est le premier constat que l’on peut poser après une visite des Musées publics genevois.

Le Musée d’Arts et d’Histoire, un dépôt de luxe

La plupart des Musées publics genevois ont aujourd’hui plus une mission de conservation (pour ne pas dire stockage) et d’entretien du patrimoine qu’une vocation pédagogique ou ludique. Ils sont la mémoire de notre canton, certes, mais une mémoire figée.

Le MAH, patchwork des dons des grandes familles genevoises, en est le meilleur exemple : une superposition de collections qui ont été acceptées au fil des décennies sans véritable stratégie. Conséquence ? Les œuvres s’entassent loin des yeux du public, et les conventions passées avec les donateurs pour une exposition régulière ne peuvent pas être respectées. On propose tout et n’importe quoi à ce dépôt de luxe, et l’on se vexe quand son don est refusé, faute de place ou de pertinence.

Le projet d’agrandissement du MAH (si le complément de crédit d’étude de 2.4 Mio est accepté par le Conseil Municipal), offre un grand espoir de voir un jour ces collections enfin valorisées de façon plus aérée et plus ludique, le tout dans un environnement agréable. Il est temps que ce Musée retrouve l’esprit de son architecture d’origine tout en passant au niveau d’attractivité des grands Musées européens, et devienne un atout touristique majeur de notre Ville.

Des touristes délaissés

Les musées genevois souhaitent-ils vraiment attirer les visiteurs de passage? On peut en douter. Un touriste étranger arrivant à Genève et motivé pour faire le tour de nos musées se trouve bien emprunté. À ce jour, aucune carte récapitulative des emplacements des musées n’est à sa disposition. Le visiteur se débrouillera pour établir son propre parcours de visite, sans conseils, en suivant tant bien que mal la signalétique en place. Arrivé enfin au musée de son choix, notre touriste non-francophone se débrouillera encore pour essayer de comprendre ce qu’on lui propose. Car aucun musée public ne propose de visite guidée en plusieurs langues ou avec écouteurs. De même, les panneaux explicatifs sont rarement traduits.

Les sciences négligées

On sait que les jeunes s’intéressent de moins en moins aux filières scientifiques, trop peu valorisées. Les Musées ont là un grand rôle à jouer afin de rendre les sciences plus accessibles et compréhensibles et éveiller l’intérêt des jeunes dans leurs premier pas vers de possibles vocations. Comment ? Avec de l’action, de la démonstration, de l’expérimentation. Sans aller jusqu’à au niveau de la Villette à Paris, on peut citer le Technorama de Winterthur, petit bijou de musée interactif.

Notre pauvre Muséum d’histoire naturelle, lui, s’est calcifié et n’a pas bougé d’un pouce depuis le départ de son crocodile. Si un musée comme le British Museum a réussi avec brio son évolution vers le multimédia, ça n’est pas le cas ici. L’interactivité y est réduite au minimum. Et que dire du Musée d’histoire des sciences à la Perle du Lac ? On regarde, avec la déférence d’usage, des vitrines et des installations. On ne touche pas. On interagit peu. Certes, un effort louable est fait avec les ateliers pour enfants d’un côté et une Nuit de la science biennale de l’autre. Mais il n’empêche que l’intérêt de ces deux musées pour les nouvelles technologies 1 l’expérimentation directe reste faible.

Le Musée d’ethnographie en exemple

S’il y a une exception qui confirme la règle actuelle en matière de muséographie genevoise, il faut la chercher du côté du MEG. Avec peu de moyens et des surfaces jusque-là réduites, ce Musée a toujours su se montrer créatif avec des expositions hors du commun. De véritables installations son et lumière, du multimédia, une approche transversale, ce musée a toujours accordé une importance tant au contenu qu’aux moyens de le valoriser. Son agrandissement offre également de très belles perspectives de retrouver cet état d’esprit dans un espace qui lui laisse les coudées franches.

 

Ajout du 9.12.11: Sami Kanaan confie ses projets concernant la politique muséale de la Ville de Genève http://catherinearmand.blog.tdg.ch/archive/2011/12/09/eta...

 

19:22 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : musées, genève |  Facebook |

Commentaires

A force de voter pour des majorités alternatives à l'exécutif de la Ville, on enterre Genève, et pas seulement dans les musées...

Écrit par : VOXGENEVENSIS | 02/12/2011

D'accord sur le fait que l'offre en matière de musées à Genève n'est pas bien spectaculaire...

Mais sérieusement, comment comparer un musée d'une petite ville genevoise avec le British Museum, mégapole de plusieurs millions avec des collections ramenées par l'Empire britannique, ou un Louvre... C'est certes louable d'espérer avoir des musées d'intérêt mondial à Genève, mais pas très réaliste vu la place réelle de la ville dans le monde.

Cela n'empêche pas que l'on pourrait sûrement faire mieux, mais des miracles, non, Genève étant une ville de province.

Écrit par : Amusé | 02/12/2011

@Amusé: Genève n'est pas une petite ville de province comme une autre... Le fait qu'elle abrite un grand nombre d'organisations internationales et qu'elle soit une destination touristique importante lui donne certaines responsabilités en matière d'accueil et de prestige. Mais il n'est pas forcément besoin de dépenser des milliards..... Wintherthur (petite ville de province sans attrait s'il en est) a réussi ce pari avec son Technorama, dont je parle dans mon billet. Une volonté politique et de la créativité peuvent faire des miracles!

Écrit par : Catherine Armand | 02/12/2011

@ Catherine Armand

Bien d'accord qu'avec une volonté politique et de la créativité, on pourrait probablement mieux faire. Suis pas sûr que la politique de saupoudrage en matière culturelle soit bien maligne, si le but recherché est d'avoir une offre de qualité, et non de filer du taf aux copains artistes. Qui aurait le courage politique de dire que tel théatre ou troupe est simplement médiocre et ne mérite pas de subvention?

Suis un peu circonspect quand vous dites que Genève est une destination touristique importante. Ville d'affaires et de congrès oui, mais il n'y a à vrai dire pas grand chose de particulier à Genève, au delà de la jolie ville au bord du lac.

Genève est une ville qui a probablement une importance économique et politique (au sens de la présence des organisations internationales) sans proportion avec sa taille réelle, mais cela reste... une ville de province (et ceci n'a absolument rien de péjoratif pour moi).

Écrit par : Amusé | 07/12/2011

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