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26/01/2012

La grande braderie

 

dyn009_original_675_450_jpeg_2567952_89021df16f15e676358a34b9a476f237.jpegOn apprend que le journal en ligne américain Huffington Post (qui s'installe en France sous la coupe d'Anne Sinclair) a décidé d'axer sa stratégie de contenu sur les blogs, sans rémunération. Ce "scandale" attise la polémique qui fait rage sur le sujet des blogueurs gratuits, ces "contributeurs zélés en mal de visibilité", dont la presse en ligne peut profiter, et parfois abuser.

La position du Huffington Post est en effet paradoxale. D'un côté, il reconnaît la valeur de ces contributions libres (en recrutant activement des blogueurs de qualité), de l'autre il refuse de la valider par un paiement ou un contrat en bonne et due forme. Est-ce à dire que leur prose est jugée assez utile pour dynamiser à bon compte une publication en ligne, mais pas assez sérieuse ni assez fiable pour être rémunérée, même modestement?

Ce système apparemment "win/win" de visibilité contre contenu, même s'il est en soi insatisfaisant et sournois, semble avoir de beaux jours devant lui, et pas seulement dans le domaine de la rédaction.

On le trouve également bien implanté dans le monde de la musique, dans lequel les artistes cherchant des lieux où se produire, et faire ainsi découvrir leur travail, se voient proposer de jouer dans des bars ou des événements (les fêtes de la musique ou les tremplins de festivals par exemple), sans aucun cachet. Ils enrichissent ainsi les programmes de ces événements ou permettent d'animer un lieu et y attirer du monde qui consomme au bar, tout en devant se considérer heureux qu'on leur offre une tribune et l'accès à un public.

Selon Eric Mettout, rédacteur en chef de Lexpress.fr, "l’échange est égal et s’il ne l’était pas, les blogueurs nous fuiraient". La même tentative de rationalisation existe du côté des programmateurs de festivals et de salles de concert. Evidemment, un artiste peut toujours choisir de jouer dans son jardin devant ses amis, ou un blogueur d'ouvrir son propre espace d'expression perdu dans les méandres du net, mal référencé. Ils ont la liberté de le faire, et de rester peu écoutés, et peu lus. Personne n'oblige les uns et les autres à diffuser leurs notes ou leurs mots sur des scènes ou des plateformes qui les prennent en otage en échange d'un peu de notoriété.

Mais, à terme, cette grande braderie ne met-elle pas en danger à la fois la profession de journaliste et celle de musicien qui tente de vivre de son art?

Lire aussi le billet de Jean-Noël Cuénod sur le même sujet

Commentaires

La moindre des choses serait que les éditeurs ne censurent pas selon leurs bon vouloir ce qui leur déplaît sur ces blogs. Qu'ils recrutent ainsi des collaborateurs bénévoles au profit des lecteurs et non au profit de leurs propres idées.

Écrit par : Mère-Grand | 26/01/2012

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