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03/02/2012

O, scandale!

 

bv000021.jpegOliviero Toscani, le photographe des campagnes choc de Benetton avait élevé la provocation au rang d'art. Censuré.

L'humoriste Stéphane Guillon fait dans l'allusion politique transparente avec "En mai 2012, Stéphane Guillon s’en va aussi", affiche de son prochain spectacle. Censuré.

Dujardin et Lellouche font dans l'humour potache et machiste sur les affiches promotionnelles du film "Les infidèles". Censurés.

Scandale, scandale et encore scandale.

Oui, mais. Avec les affiches du film "Les infidèles", pas de démarche artistique ou politique, juste de la vulgarité et du mauvais goût, certainement à l'image du film associé. Oh, ne vous méprenez pas, je défendrai toujours tout ce qui permet de se dire qu'on échappe, même pour un instant, à l'asepsie généralisée et à la morale rampante.

Mais là, la provocation est si énorme qu'on ne peut pas imaginer que ses conséquences n'aient pas été calculées. La course au buzz, passant par l'injuste censure qui permet de crier au scandale au nom de la liberté d'expression, semble évidente. Et ça marche. Une fois le lièvre levé par "plusieurs" plaintes (on ne saura pas combien il en faut pour faire frémir l’autorité de régulation professionnelle de la publicité), les esprits s'échauffent, les féministes fulminent, les libertaires contre attaquent, le net propage, le buzz grandit, l'ARPP cogite, et finalement l'afficheur anticipe et censure "à titre préventif".

La tendance naturelle des internautes à condamner à bon compte toute injustice sur les réseaux sociaux, et celle des médias à relayer la moindre micro non information (quelques plaintes contre les affiches d'un nanar sans importance) permettent un relais assuré des visuels, du titre du film et de sa date de sortie. Partout sur le net et dans les journaux, on s'offusque, et on publie.

Oh, on tente bien parfois vainement de recadrer le débat, en sommant l'opinion publique de s'indigner de choses plus vitales, comme la récurrence de l'image de la femme au foyer dans les publicités pour lessives, ou la violence du jeu Call of duty, apparemment bien plus nocif pour la jeunesse que quelques allusions sexuelles. Mais le troupeau si prévisible des féministes, journalistes, blogueurs ou forumeurs fonce tête baissée et cerveau en berne dans la brêche ouverte pour eux sans subtilité par Dujardin et Lellouche, et étrangement, aucun ne semble se sentir manipulé ou instrumentalisé par ce marketing bien huilé de la censure anticipée.

La presse en vient même à trembler pour l'Oscar, pourtant acquis d'avance, de Dujardin. Un homme en pleine ascension vers la gloire pour avoir osé le muet en 2011, si heureux en amour (il le clame dès qu'il peut), si jalousé et envié par ses pairs, se voyant transformé en martyr et symbole de la liberté d'expression bafouée, l'histoire est trop belle.

Et pourtant. Une campagne entière (même posée pour un seul jour avant d'être arrachée), peut être sacrifiée volontairement et sans regret sur l'autel de la censure, en regard de l'exposition médiatique et du buzz intenses qui ne manquent pas de suivre. L'essentiel étant qu'on en parle. Vous ne me ferez pas croire, avec le poids de Dujardin aujourd'hui dans l'industrie d'un cinéma français sous perfusion, que quoi que ce soit qui concerne l'acteur en terme de communication puisse être laissé au hasard. Trop d'enjeux, et de gros sous en jeu.

Le pire scénario finalement pour "Les infidèles" aurait été que l'appât soit boudé et que la campagne s'affiche sur les murs dans l'indifférence générale. Pourtant, je vous le dis, messieurs les "gloires montantes du cinéma français", votre comédie mineure et vos affiches lourdingues, posées ou censurées, on s'en fout. Royalement.

Commentaires

Un très bon billet - comme d'hab - qui me fait découvrir cette polémique. Le problème est que, pour comprendre l'enjeu du scandale, il faut avoir vu les affiches censurées. Bref en parler c'est inciter les internautes à rechercher l'objet du délit que vous cachez. Cornélien!

Écrit par : JF Mabut | 03/02/2012

"Mais là, la provocation est si énorme qu'on ne peut pas imaginer que ses conséquences n'aient pas été calculées."
Peut-être, mais quel calcul? La presse australienne, pourtant très influencée par les critères de morale régnant (ou sévissant, c'est selon) aux Etats-Unis, voit dans les condamnations dont les affiches en question ont fait l'objet une campagne hollywoodienne pour empêcher l'acteur d'obtenir un Oscar pour un autre de ses films, l'Artiste, déjà primé par ailleurs. Elle cite, pour appuyer cette thèse, des attaques moralisantes du même genre dont ont été victimes des candidats non US dans des circonstances similaires. Il s'agirait alors moins de morale que de business, l'un étant évidemment le prétexte de l'autre, comme souvent.

Écrit par : Mère-Grand | 03/02/2012

@JF Mabut: j'ai résisté à la tentation de publier les fameuses affiches en fin de billet, mais le fait est qu'effectivement, du coup, j'en parle aussi! Ah ils sont forts :)

Écrit par : Catherine Armand | 03/02/2012

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