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29/02/2012

Derrière...

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Derrière le voile, un écran de fumée. La fumée d'une cigarette, des volutes qui envoûtent, qui hypnotisent, qui détournent le regard de l'essentiel. Une bouche carmin qui se contracte, puis se détend, prend la forme d'un O, pour exhaler un soupir opaque et gris. Il aimerait tant qu'il soit éternel, mais il s'éloigne, se dissipe.

Derrière l'écran de fumée, les illusions. Celles qui maintiennent en vie, ou en tout cas qui permettent de mimer la vie. Les illusions peuvent être une profession de foi, comme un acte de désespoir. La perte de l'une laissant la place à l'autre.

Derrière les illusions, le mensonge, ou sa version sans courage ni inventivité, l'omission. Jardin secret, diront certains. Saletés cachées sous le tapis diront d'autres. Le mensonge qui endort en prétendant réveiller, qui fourvoie en prétendant sauver, qui prétend libérer pour mieux posséder.

Derrière le mensonge, le mal-être. Etre soi ne suffit pas, ne suffira jamais. Il faudrait détruire, faire table rase pour se réinventer, et non cacher pour se redéfinir. Mais c'est trop tard, le processus est enclenché depuis bien trop longtemps. Une marionnette qui contrôle ses propres ficelles, mais dont les gesticulations pathétiques ne font que brasser de l'air.

Derrière le mal-être, la fracture, la faille. Une plaie chaude, palpitante, fascinante de beauté crue. On voudrait presque s'y abreuver, s'y lover, s'y fondre. Au milieu des chairs révélées, tout oublier. L'empathie jusqu'à l'osmose, ou jusqu'à la folie.

Il faut pourtant s'en extraire, à regret. Déchirer le voile, non pas pour panser la blessure, déjà nécrosée, mais pour espérer retrouver la lumière.

23:47 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Une illustration honteuse!

Je suis tout bonnement scandalisée par la photo choisie par le 20 Minutes de ce jour pour illustrer un article sur l'homoparentalité... Avec cette image réductrice, orientée et hors contexte, que croyez-vous que le lecteur lambda va répondre au sondage proposé? "Ah non, on ne va pas confier des enfants à des gens se baladant presque nus dans la rue ou se mariant en culotte, tout de même!".

Certains n'admettrons jamais que leur orientation sexuelle ne régit pas la vie quotidienne de la très grande majorité des homosexuel-les, ni leur style vestimentaire, ni leur profession, ni leurs valeurs... qu'elle est juste une des composantes de leur vie, comme une autre. Et remarquez bien le contraste avec le monsieur qui, dans l'article, tient des propos ignobles. Lui est bien mis, cravaté. Digne d'être parent, en somme.

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Montage entre le titre et le sondage, réalisé à partir des éléments de l'article suivant, paru le 29 février sur le site de 20 Minutes: http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/-Avec-les-parent...

28/02/2012

Le droit au silence

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Etre seul, vraiment seul, est devenu un luxe.
Ne pas être atteignable est impossible. 
Répondre quand on veut n'est pas une option. 
Ne pas réagir immédiatement est impoli.

Sms, emails, messages et commentaires facebook, répondeur du téléphone fixe et du portable. La valse des sollicitations donne parfois le tournis. Mais plus on me demande, plus ça me paralyse, et plus le temps passe, plus mon absence se prolonge, plus la pression devient forte, et plus je m'enfonce dans le mutisme.

Je revendique le droit au silence, au délai, à la disparition temporaire. Cela ne remet pas en question l'amitié ou même l'amour. Je vous aime toujours, mais je ne veux pas devoir vous aimer tous les jours. Je ne veux pas que vous parler devienne une obligation.

Un manque de compétences sociales? Peut-être. Rester une solitaire sociable à l'ère de l'hypercommunication est un pari difficile. Seuls les vrais amis peuvent comprendre, attendre, avoir confiance, ne pas s'inquiéter.

Soudain, l'impulsion, l'envie, le désir même. Les moments partagés sont alors beaux, vrais, intenses. Entre deux, parfois, rien, ou peu.

Et alors?

26/02/2012

Les Louboutin, un symbole politique

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Effrontée, audacieuse, fashionista, insolente, combative. Etonnantes, flashy, flamboyantes... Ce sont là quelques qualificatifs glanés dans les médias français après le meeting de Nicolas Sarkozy à Lille le 23 février dernier. Mais de qui et de quoi parle-t-on? Qui donc a réussi à voler à ce point la vedette au président? Rachida Dati et ses bottines rouges. "Un retour triomphant et remarqué" s'extasie même le 20 Minutes français.

Une information anecdotique et superficielle, certes, dans une campagne qui s'annonce par ailleurs sanglante (à l'image de la couleur des fameuse bottes), mais pas anodine pour autant. Rachida Dati aurait-elle eu droit à autant d'attention de la part des médias si elle avait porté ce jour-là des chaussures plates passe-partout? Certainement pas. Et l'on ne parle pas de Gala ou Elle, mais bien de Libération, Le Point ou L'Express.

Mais n'était-ce pas là justement l'objectif de "Rachida la scandaleuse", comme on l'appelle parfois? Porter des Louboutin rouge sang à talons de 12 cm lors de sa première apparition dans la campagne présidentielle est une provocation bien calculée et un message clair. "Ah bon? On parle de mes chaussures?" semble s'étonner l'ancienne Garde des Sceaux. Mais s'il est une femme politique consciente de ses atouts physiques et de l'importance de son apparence, et qui n'hésite pas à s'en servir, c'est bien elle. "Rachida Dati n'est pas de celles qui se font petites lorsqu'on leur redonne une chance d'être dans la lumière", souligne par ailleurs Le Point.

N'ayant pas de rôle ou de poste officiel dans la campagne présidentielle, et de nombreux adversaires au sein de l'UMP, Rachida est pourtant présente, à la demande du président lui-même. Et ce retour surprise sur le devant de la scène fait grincer des dents dans les rangs sarkozistes. "Elle ne va pas devenir l'égérie de la campagne" lâchent, visiblement inquiets, ses détracteurs dans Le Monde. Dès lors, sa présence au meeting de Lille, et le fait qu'elle puisse s'y exprimer, était une chance unique pour elle de marquer un point dès le départ.

De ses mots d'introduction devant 10'000 personnes, on ne saura pourtant pas grand chose. "Qu'importe le discours, qu'importe l'énergie déployée au micro, on ne voyait que les talons aiguilles d'un rouge insolent", affirme Le Point. La parole est passée complètement au second plan, au profit d'un fébrile questionnement quant à la marque des bottes. Louboutin ou pas Louboutin? Si oui, quel modèle? Depuis le 23 février, les magazines de mode en ligne tentent de répondre à cette question vitale, photos comparatives à l'appui.

Ces Louboutin-là ont donc valeur de symbole. Depuis la tribune, Rachida répond à ses ennemis à coups de talons rouges: "Je suis là, il faudra compter avec moi, je suis prête à faire le show, et je ferai tout pour vous voler la vedette". Pari réussi, on ne parle plus que d'elle. Bien qu'ayant été longtemps en disgrâce, elle a montré avec brio qu'elle ne comptait pas rester dans ses petits souliers ces prochains mois.

24/02/2012

Une bougie pour les Syriens

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Une entrée d'immeuble barricadée, un hall gardé 24 heures sur 24 par une police portant des gilets pare-balles, des autorités syriennes sur les dents, des hommes armés dans les étages, et régulièrement, un panier à salade devant la porte.

Des heurts, des manifestations, des saccages de locaux, des tentatives d'intrusion par le toit, des escalades de corniche, des arrestations musclées.

Nous ne sommes pas à Homs, mais bien à Genève. Nous sommes toutefois presque en Syrie, au 50 de la rue Rothschild, siège de la Mission permanente et du Consulat général de la République Arabe Syrienne.

Jour après jour, je les croise, ces fonctionnaires de police genevois qui montent la garde devant cette extension du pouvoir syrien. Ils me suivent des yeux quand j'ouvre la boîte aux lettres, froncent les sourcils quand je sors lentement un paquet de cigarettes de ma poche. Ce hall est devenu leur deuxième maison. Ils s'y sont installés, autour d'une petite table et deux chaises, avec un radiateur, un thermos de café et des sandwichs, au milieu des extincteurs et du matériel anti-émeutes.

Et hier, un homme seul, sur le trottoir d'en face. Grave, une bougie à la main, il fixe la façade, sans bouger. Une manifestation personnelle, silencieuse, un moment de recueillement. Le vent souffle un peu, et il tente de protéger de sa main la flamme vacillante. Dans le hall, derrière les portes vitrées, les policiers, indifférents, passent le temps en regardant une comédie américaine, posés devant un ordinateur.

Ainsi va la vie au 50 de la rue Rothschild, sur ce petit morceau de territoire syrien surprotégé par nos autorités. Pendant ce temps, là-bas, on meurt. La bougie est morte aussi, l'homme baisse la tête, et s'en va.