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08/03/2012

Des soutiens si ternes

 

FAIM.jpegCela fait plus de trois semaines maintenant que je suis avec intérêt les évolutions de la courbe de poids et de l'humeur de Stéphane Valente, gréviste de la faim anti-citernes à Vernier. Si tout le monde s'accorde à dire que son combat est justifié (plusieurs études sérieuses le prouvent et ne sont pas contestées), le mode de protestation choisi fait pourtant moins l'unanimité, et on s'en distance jusque dans son propre parti. En effet, la section verniolane de l'UDC, circonspecte pour ne pas dire frileuse, "soutient ses revendications mais pas son action".

Pas le bon moyen, pas une façon de faire, chantage, dangereux, pas démocratique, disproportionné. Ce sont là quelques termes lâchés dans les médias au sujet de l'action de Stéphane Valente. Le choix de l'abstention alimentaire dérange, embarrasse. Du côté du Conseil administratif de Vernier et de l'Etat, on semble ne pas voir d'urgence absolue, et on rappelle que les solutions politiques existent, que des démarches sont en cours.

Je dois avouer que, bien que je respecte profondément l'actuel maire de la commune, étant de surcroît du même parti que lui, je ne partage pas le point de vue qu'il exprime sur son blog, lorsqu'il assène d'un "premièrement" un peu trop péremptoire que "la grève de la faim a toujours été utilisée dans des cas extrèmes. Je peux penser à Gandhi, aux prisonniers politiques à Cuba. Bien que sévère, les citernes ne sont pas un comparables".

Non, Stéphane Valente n'est pas Gandhi, on est bien d'accord. Et les citernes ne sont pas une guerre religieuse sanglante. Mais il n'est pas non plus Chagaev qui aura (soi-disant) jeûné 7 jours pour protester contre le fait qu'on le prive de ses cigarettes en prison, ni Bernard Rappaz qui réclamait une remise de peine. Car en réalité, la grève de la faim est le plus souvent aujourd'hui utilisée comme levier pour des motifs personnels. Parfois justifiés, certes, mais néanmoins personnels. Les Gandhi modernes prêts à mourir pour de nobles causes ne les touchant pas directement dans leur liberté ou leur intégrité restent l'exception. Oh, je n'ai pas fait de grandes recherches pour pouvoir l'affirmer, il suffit de taper "grève de la faim" dans les actualités référencées par Google pour s'en rendre compte.

Et c'est ce qui m'a intriguée dans la démarche de Stéphane Valente. Se bat-il réellement pour les habitants de sa ville, et leur sécurité, de façon désintéressée?  Ou aurait-il des motifs personnels cachés? Une volonté de se "faire de la pub"?

En attendant, l'ex conseiller municipal tente apparemment de continuer de vivre normalement, malgré ses 23 jours au bouillon et à l'eau sucrée. Loin de ces grévistes qui érigent leur faiblesse physique en symbole, et qui s’exposent en victimes pour provoquer la compassion. Mais ne fait-il pas tout faux, Stéphane Valente? Le but d'une grève de la faim n'est-elle pas justement d'exhiber à l'envi son corps en danger de mort afin d’ébranler l'opinion publique et les autorités?

Cet acte de violence envers soi-même, en tant qu'ultime recours dans une situation désespérée, et si elle a pour but d'éveiller les consciences, nécessite une vraie mise en scène à destination des médias. Bernard Rappaz l'avait bien compris. L'opinion publique, pour être sensibilisée, a besoin de symboles forts, d'images choc aptes à frapper l'imaginaire. Alors que l'homme se dit gonflé à bloc, et vaque à ses occupations malgré son affaiblissement. N'est-il pas trop discret, ou trop pudique, pour être vraiment efficace? Quelle est donc sa stratégie?

Je me refuse aujourd'hui à porter des jugements à l'emporte pièce à partir d'informations de seconde main, alors que Stéphane Valente met sa santé en jeu. L'affaire est sérieuse. Il fallait, en mon âme et conscience, que j'aille chercher les réponses à la source. Le rendez-vous est donc pris avec le protestataire, et fera l'objet d'un prochain billet.

Commentaires

Vos préoccupations vous honorent. De retrouver votre couleur naturelle vous réussit :-). Bon, trêve de plaisanteries, je connais un peu Stéphane et notamment son état de santé global, affecté par une longue maladie pour l'heure enrayée mais qui reste une épée de Damoclès. Surtout dans les circonstances présentes. Je ne crois pas un instant qu'il ait des motivations personnelles ou "publicitaires".
A moins bien sûr d'aller chercher dans les profondeurs de l'ego, qui font que l'on peut-être prêt à se sacrifier pour se creuser une place à sa mesure dans l'inconscient collectif ou dans le sien propre. A la manière de Mère Teresa. Notre besoin de reconnaissance à tous peut-être infini. Mais cela ne saurait être un défaut.
Maintenant, sur le fond, je dois dire que sa démarche est effectivement peu commune. Si je peux comprendre son besoin d'exister et de faire don peut-être des quelques années qui lui reste pour une juste cause, j'ai le sentiment qu'il n'a pas choisi la bonne, que le jeu n'en vaut pas la chandelle.
C'est grave, car cela ressemble aussi à une forme de chantage à l'égard des autorités, qui sont de toute manière perdantes. Entre le laisser dépérir et en faire un martyr ou laisser entendre qu'il suffit d'arrêter de manger pour règler les problèmes, je ne sais pas ce qui est le pire...
En même temps, Stéphane a un caractère bien trempé, il l'a montré en maintes oaccsions et je le vois mal renoncer maintenant ou se laisser convaincre qu'il fait fausse route. D'un autre côté, c'est peut-être son côté "garde-du-corps" qui prend le dessus. Une profession passionnante, qu'il n'a plus les moyens physiques d'exercer, mais qui sans doute a laissé des traces. Le job des body-guards, c'est d'identifier les risques et de les éliminer.
Là il en a identifié un gros, vraiment gros, même potentiellement. Il veut l'éliminer. En même temps, il faudrait alors faire des grèves de la faim pour obtenir que les avions ne survolent plus de zones habitées, que l'on ne construise plus de barrages en amont de vallées habitées, de villes ou villages sur des îles volcaniques, etc etc... Sans parler de l'énergie atomique, que défend à priori le parti dont il fut l'élu...
Stéphane, en toute amitié, pour votre famille, renoncez ! Le message est passé. Le déplacement des citernes est désormais à l'agenda. Certes on reste encore dans le domaine des promesses politiciennes, mais je ne crois pas me tromper en affirmant que les blogueurs de la Tribune, entre autres, se chargeront de reposer la question régulièrement aux autorités cantonales et municipales. Par exemple tous les 6 mois, ou tous les ans. Où en est-on ? A quand le déplacement ?

Écrit par : Philippe Souaille | 08/03/2012

Merci de votre commentaire Philippe, j'attends d'avoir rencontré Stéphane pour vous répondre et prendre position.
PS: je suis toujours blonde, c'est juste un effet de lumière qui me fait paraître brune :)

Écrit par : Catherine Armand | 08/03/2012

Bonjour Catherine,

merci beaucoup pour votre blog :o)

Presque je rougis...

Ma motivation pour faire ça ? J'aimerai beaucoup transformer une de ces "verrues" en loft et l'installer dedans... MDR :o)

Sans rire, la raison est bien plus simple, elle s'appelle conscience.

Comem beaucoup de Verniolans et de Genevois, ces citernes ont fait partie de mon paysage pendant 31 ans... sûr et convaincu que j'étais que l'Etat, bien veillant, compétent, et élu pour veiller sur ma sécurité, veillait au grain et que jamais, Ô grand Dieu, je ne courais le moindre risque.

Un jour, pour défendre mes compatriotes retenus en Libye à l'époque de Sieur Feu Khadafi, j'ai posé une motion pour interdire le stock de Tamoil. Très peu de temps après cela, j'ai reçu des documents confidentiels :

-Etude Carbura
-Etude URBAPLAN
-Plan de létalité du DCTI
-l'avis du Tribunal fédéral dans l'affaire SASMA vs. IKEA
-Rapport du SEN

En tant qu'élu verniolan, j'ai étudié ces dossiers, relu et relu pour être bien sûr, relu encore.

Il en ressort que le site de Blandonnet viole ouvertement l'OPAM (ordonnance pour la prévention des accidents majeurs), que le rayon de létalité est de deux cents mètres pour un incident de type Buncefield, que la chaleur dégagée durant 30 secondes est l'équivalent de voter four à micro onde à la plus forte puissance x 24, que ce site ne dispose pas d'arrivées en eau suffisantes pour parrer un départ feu.

Dans un rayon de 200 mètres, ce sont donc 5'000 personnes concernées.

Dés lors, l'élu communal que j'étais à utilisé toutes les voies politiques. Initiative, résolutions, motions. Là j'ai été rejoint par la députation, qui elel aussi à déposer des textes... d'ailleurs ils seront abordés en plénière le 15 ou le 16 mars prochain...

Après toutes les fins de non recevoir que le politique a reçu, lorsque le gouvernement peut ou pas, décider d'appliquer les textes du législatif qu'il soit cantonal ou communal, il ne me restait plus aucun autre choix.

Ces documents que je cite, sont estampillés confidentiel, je ne peux donc pas les faire circuler, en revanche... je peux les citer et demander au Conseil d'Etat de prendre connaissance du dossier dans son intégralité car une partie aappartient au DCTI, l'autre au Département de la sécurité.

Je ne blâme pas notre Conseil d'Etat actuel, il n'est que l'héritier d'une affaire scandaleuse car les citernes de Balandonnet auraient du être déplacée il y a bien longtemps...

Là, il lui faut agir car ce dossier qui semble n'intéresser que les bons journalistes, Dieu merci nous en avons encore, est une pure merveille de dysfonctionnement institutionnel.

Ma conscience disais-je : comment puis-je rester les bras croisés alors que je sais qu'au quoitidien ce sont 5'000 vies qui sont menacées. Si demain, ce soir, tout à l'heure cette installation brulait... comment pourrais-je continuer à vivre normalement en sachant que pouvais faire quelque chose... et que je n'aurais rien fait...

La réponse vous l'avez en titre... une grève de la faim... ma vie ne vaut pas plus, ni moins, que celles menacées par cette installation.

Voilà...

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 08/03/2012

Je suis également de près, si l'on peut dire, l'évolution de la courbe de poids de Stéphane. J'ai été très étonné (et un peu déçu) par sa stabilité, après tous ces jours de jeûne... Voilà qui n'est pas de bonne augure pour la saison d'été qui s'annonce, avec ses plages et autres piscines...

Écrit par : A. Piller | 08/03/2012

Bonjour Catherine,

Je vous félicite pour votre blog mais ne peux m'empêcher de relativiser votre commentaire sur la position de la section UDC-Vernier. C'est vrai que, dans un premier temps, certains responsables de la section ont été désarçonnés par l'annonce de Stéphane. Il n'en demeure pas moins qu'ils étaient tous présents devant l'Hôtel-de-Ville pour lui manifester publiquement leur soutien. A ma connaissance, c'est le seul parti qui soutient Stéphane, sur la voie publique mais aussi au Parlement où la demande d'urgence déposée au mois de frévrier par les députés UDC pour traiter de la question des citernes n'a pas trouvé grâce aux yeux des autres partis.
Bien cordialement.

Écrit par : Eric Bertinat | 08/03/2012

@A.Piller: j'ai hésite à publier votre commentaire, qui m'a semblé un peu déplacé, mais finalement je vous ai laissé le bénéfice du doute quant au second degré. Et j'ai vu que vous vous étiez excusé sur le blog de Stéphane, donc je le laisse...

@Eric: Merci de ces précisions! Je suis tout de même étonnée de la position des Verts dans cette affaire.

Écrit par : Catherine Armand | 08/03/2012

Oui, c'est peut être un meilleur moyen que d'appliquer la violence, je suis d'accord avec Stéphane, heureusement qu'on a encore souci de lui, mais dans d'autres pays, l'Etat s'en fout éperdument que vous mangez ou non! C'est votre problème disait il! merci pour le billet

Écrit par : faire part | 09/03/2012

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