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23/04/2012

Un dimanche aux urnes

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Branle-bas de combat matinal. Mon fils de 19 ans est dans les starting blocks pour son premier vote de citoyen français. Mais lui qui n'a jamais vécu ailleurs qu'à Genève se trouve bien emprunté. Les brochures s'étalent dans toute la cuisine, et il se gratte la tête et le menton. Difficile de savoir précisément qui est de quel bord. "Cheminade, il est de gauche ou de droite?" me demande-t-il perplexe.

La brochure de Le Pen finit rapidement en 4 morceaux. "Au moins, là je suis sûr". Soulagement, je n'aurai pas à l'abandonner dans une boîte à bébés. Mon éducation subtilement gauchiste porte tout de même quelques fruits tardifs. Je pose un tasse de café brûlant sur la tronche de Sarkozy, l'air de rien, tout en redressant avec tendresse la brochure de Mélenchon. Allusion subtile. Je sais, je ne devrais l'influencer d'aucune façon. En Suisse, il a toujours voté sans m'informer de ses choix, semblant bien au fait des enjeux.

Mais là, rien n'est simple, et son engagement de citoyen responsable commence mal. Il n'a jamais mis les pieds au Consulat, n'a jamais pris la peine de demander un passeport ou une carte d'identité. Un français fantôme, comme beaucoup de jeunes bi-nationaux nés en Suisse. Bien que tous les membres de ma famille vivent en France depuis leur départ forcé d'Algérie au début des années 60, mon fils ne ressent aucune attache avec cette partie de ses racines. On pourrait même dire que son image de la France est fondamentalement mauvaise.

Arrivés dans l'ambiance feutrée de la patinoire de Sous-moulin parsemée de tables et d'isoloirs, rien à voir avec l'effervescence de 2007. Même à 14h, le calme et la sérénité règnent, et les retraités mobilisés nous accueillent avec le sourire. Tout semble mieux organisé, mieux maîtrisé. Comme si, après avoir lâché nos adresses email à tous les candidats (à la présidentielle comme aux législatives), le Consulat avait ressenti besoin de se racheter en nous évitant les queues interminables subies cinq ans plus tôt.

Cela n'empêchera pas le nouveau citoyen tout frais qui me sert de fils de se faire refouler. Pas en règle. Et les lamentations en tendant le livret de famille breton n'y changeront rien. Eva Joly perdra un jeune voix, sous les regards réprobateurs de nos compatriotes présents. Oui, on aurait pu s'organiser, s'intéresser, s'investir. Nous sommes de mauvais français, soit.

Cet épisode honteux se terminera pas un sms d'une jeune amie, elle aussi double nationale, croisée plus tôt en terrasse: "On a le droit de péter dans l'isoloir?". "C'est pas un isoloir, c'est un pissoir", répondra mon fils. Pas encore gagnée, l'éducation à la citoyenneté.

13:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : élections, france |  Facebook |

Commentaires

Bon, pour se consoler, disons que cet épisode malheureux n'aura que peu influé sur le score de Mme Eva Joly. Souhaitons que d'ici le 2ème tour ce jeune électeur aura pu se réconcilier avec l'administration tricolore !!!

Écrit par : A. Piller | 23/04/2012

Woui, dommage de rater l'un des rares appels aux urnes de la République !(
Quoiqu'en l'occurence, je n'ai pas vraiment vu un candidat racheter l'autre, et je doute vraiment que l'un d'entre eux puisse rendre à ce pays un attrait et une vision qu'il a effectivement perdus.
En ce sens, je comprends un peu que votre fils puisse avoir une "mauvaise" vision de sa seconde patrie.

Quant à l'administration tricolore ... il y a de tout, de l'excellence à la médiocrité. C'est (mal;)heureusement pareil ici ... et pour tous deux j'écris d'expérience !(
Ce qui m'a d'ailleurs fait prendre conscience que s'il existe parfois des ombudsmans auprès desquels il est possible de se plaindre, l'opposé n'existe pas ! Nul endroit où faire savoir qu'un service est excellent ...
Une carence regrettable si tant est qu'il faudrait plutôt motiver les troupes administratives par une saine concurrence dans l'excellence plutôt que par une esquive des bonnets d'ânes.

Mais en tant qu'expat, votre fils a encore un certain chemin à parcourir s'il veut réellement se rapprocher de sa seconde patrie, et je ne parle évidemment pas ici de quelques kilomètres pour aller "gambader" en zone frontalière.
Voter exige effectivement une implication personnelle qui nécessite en théorie un minimum d'effort d'information et de réflexion (dont je doute parfois qu'il soit véritablement accompli).
Votre fils s'y est pris trop tard, certes, mais il a au moins tenté de faire cet effort. Et son deuxième mérite, peut-être pas le moindre, dans cet "exercice" (à blanc;) est peut-être d'avoir "résisté", consciemment ou non, à vos (discrètes et rouges;) tentatives de "suggestions" ...

Écrit par : Xtra BleuCiel | 23/04/2012

Mon fils, 18 ans depuis deux mois, a mis un point d'honneur a se renseigner par lui-même, mais au final, a voté et votera semble-t-il comme le paternel. Peut-être même que son choix pour le 2ème tour (alors que le mien n'était pas arrêté) aura influencé le mien... Le fruit des discussions nombreuses à la table familiale j'imagine. Et prochainement, il va voter en Suisse également pour la première fois.
Plus interpellant, l'image repoussoir de la France, assez commune parmi les jeunes français de Genève, je le vois bien avec mes neveux et nièce. Qui découlent à l'évidence des préjugés forts, subis de leur environnement genevois. Mon fils aurait pu avoir la même, s'il n'était lui natif d'Annemasse et vivant à nouveau en France depuis 1 an et demi, après 10 ans à Genève.
Il réussit à maintenir ses réseaux de copains et copines des deux côtés de la frontière, et même de les avoir en grande partie réunis, mais cela tient de la performance.
Il est vrai que parmi ces copains de Genève, d'origine et de double nationalité fort diverses, souvent anglophones, plusieurs ont une maison en France, bien qu'étant scolarisés à Genève. Tandis que les parents de ses amis "français", de toutes couleurs eux aussi, sont souvent soit frontaliers, soit suisses de France voisine...
La frontière entre eux est aussi évidente que superficielle et de peu d'épaisseur. Ils le découvrent sitôt dépassées les premières railleries sur le prestige du lieu de naissance ou de résidence. Ils sont de la même ville, incontestablement, sortent dans les mêmes endroits. Et lorsqu'il est en vacances quelque part, je ne connais pas un jeune d'Annemasse ou de Saint-Julien qui expliquera "j'habite à côté d'Annecy, ou de Lyon...". A l'inverse, un jeune de Genève perdu à l'autre bout du monde passera plus naturellement du temps avec des jeunes Français qu'avec des Suisse-alémaniques. Sauf si ces derniers parlent français, ce qui devient rare.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/04/2012

Merci de ce témoignage Philippe... mon fils pour sa part considère la France voisine comme "le tiers-monde", bien que son père vive à Ambilly. Il prétend ne jamais vouloir vivre en France, mais je suis persuadée que des opportunités l'y conduiront sans doute un jour. En attendant, je le pousse à se mettre en règle en vue du deuxième tour!

Écrit par : Catherine Armand | 24/04/2012

Ce que je trouve finalement "attendrissant" dans cette entrée dans la vie citoyenne, c'est tout le problème de l'autonomisation et de la maturité.
Nos enfants sont peut-être des rejetons, mais pas des clones, et comme tels, leur dilemme entre le "rejet" de certains choix comme démarcation de l'éducation parentale et l'acceptation de tenir ces mêmes choix dans le cadre d'un acte responsable et réfléchi résultant d'une autonomie de pensée fraîchement acquise est presque touchant.
Avec le recul que nous confèrent nos années d'avance, nous savons aussi que ces premiers choix, peut-être pas encore totalement matures, évolueront très probablement au fil des ans. Après tout, on ne naît pas "vieux con" (mais on peut le devenir!).

Écrit par : Xtra BleuCiel | 25/04/2012

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