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26/05/2012

Se regarder vivre

3406690.jpegOn se suit. Pas dans la rue, non. Pas de pas pressés qui battent le bitume, de talons qui claquent, de regards furtifs, d'accostages, de rencontres. On se suit, mais sur facebook, Twitter, Instagram, Pinterest, Google+ même, pour les plus solitaires. On se regarde vivre, et par là on croit se connaître. Parfois même on se connaît vraiment, mais on ne s'appelle pas, on ne se voit pas. Nul besoin, puisqu'on se suit.

En pathétiques et vaines gesticulations rythmées par les clics de souris et les touches effleurées, ces êtres au teint bleui par la lumière artificielle ne poursuivent que des ombres, des reflets, des écrans de fumée. Ils ne cernent rien, ne saisissent rien entre leurs doigts endoloris. Les présences virtuelles, en mots qui enjolivent et images qui mentent, leur glissent entre les phalanges.

Tous ces courts métrages de présents pétris d'exagérations et de faux-semblants sont projetés en miroir, à destination d'amis suiveurs avides. On se rassure, on remplit des murs, on jette des pensées pré-mâchées en pâture, on montre tout ce qu'on voit, filtré, encadré, et en format carré. Tout se ressemble, se mélange. Mais ça remplit son office, celui de remplir tout court.

Le sens, pixellisé, s'est dilué, puis perdu. Mais tant qu'on se suit, on garde l'illusion du lien, et on contourne sa solitude. On ne s'est pas appelés, on ne s'est pas vus, on ne s'est pas humés, on ne s'est pas touchés, on ne s'est pas aimés. On se regarde vivre.

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Commentaires

Je lis un constat noir voire désabusé à propos de nos attitudes.. "pixellisées". Et ce constat m'attriste..

Le manque de contacts, de ressentis et d'échanges physiques dont vous parlez ici est certes concret et aliénant pour nos sociétés mais les nouveaux réseaux sociaux et notre pseudo-addiction à ceux-ci n'en sont pas les causes.. Vous et moi savons que ces 'compulsions électroniques' sont engendrées par nos sentiments de solitude et NOS PEURS... et avec ceux-ci une ribambelle d'attitudes d'enfants-victimes qui nous pousse à quémander -sur le web comme ailleurs- conseils, compliments, vraie-fausse séduction, musique douce, dingue ou exutoire, images alléchantes, slogans inspirants et/ou encore énormes idioties. En bref de rapides vraies-fausse satisfactions. Certes oui, et alors ?

La communication électronique ne nous vole pas de directs rapports humains elle les complémente et permet une immédiateté relationnelle qui compense les timidités et les peurs de soi et de l'autre souvent si ancrées...

Elle crée tout aussi réguièrement des retrouvailles avec de lointains parents, d'anciens amis, de récents amants, elle suscite des envies, des inspirations, des mobilisations, des mouvements culturels, politiques, sociaux, spirituels.. Elle ouvre de nombreuses portes sur le monde.

Car pareillement que dans la vie plus palpable, que l'on connaisse nos 'amis' des nouveaux réseaux sociaux ou non, les repérer et les pressentir tout comme on le fait avec des êtres de chair et d'os fait sens.. afin de détecter avec qui on peut échanger quoi.. et se positionner.. tout en laissant place aux surprises d'un jeu dont les règles et les participants changent tout le temps.. en somme, exactement comme dans la vie.. non ?

La qualité de nos liens dans le quotidien de la rue comme sur les nouveaux réseaux ne correspond-elle pas à celle de ceux que l'on se crée ?
La naturelle loi de "l'action-réaction" serait-elle uniquement valable "sur le bitume, là où les talons claquent ? ", là où nous pouvons nous rencontrer, nous toucher, nous humer, nous enlacer ?

Qu'ils soient ceux de notre enfance ou ceux d'un seul clic, nos amis peuvent entendre s'ils nous ennuient et/ou lorsqu'ils nous parraissent pathétiques, faux ou blessants sur le web comme ailleurs.. Traitons-les en égal, respectons leurs délires et leur faiblesses comme les notres et nous en rirons plus... La vie n'est-elle pas aussi simple que cela et non pas à l'image des égos sur-dimentionnés que vous décrivez comme monnaie-courante des échanges de la toile ? C'est à cahcun d'entre nous qui nous plaignons qu'incombe avant tout la responsabilité individuelle d'être vrai en tout et partout et de nourrir les relations en direct..
Aide-toi et la toile t'aidera..

L'illusion est celle de croire que nous n'avons pas ou plus de lien..
Les liens entre les hommes -les animaux et la nature- existent dès lors qu'on est vivant et ensemble sur une planète.. Et ce ne sont pas quelques coups de souris apparemment trompeurs qui pourraient changer cela.
Nous sommes aimés. Nous sommes vivants.
Avec ou sans clic nous sommes connectés.

Écrit par : Natascha | 26/05/2012

Je souris en mettant ce billet en rapport avec la couverture de l'Hebdo paru cette semaine ...

J'ai un peu d'espoir en découvrant le "réveil" (difficile) d'adeptes d'un autre réseau mondial plus pro ... dépouillés de quelques millions de clés d'accès.

Je me dis que c'est une mode comme les autres, elle passera (et reviendra;)
Il me semble que l'on distingue déjà de nombreuses tendances de détournements de ces liens à des fins de contacts concrets dans la "vraie" vie.

Mais il est vrai également que l'Industrie cherche par tous les moyens à nous équiper et nous inféoder à des prothèses (micro)électroniques communicantes qui cherchent à se glisser dans les moindres interfaces sociales, à tel point qu'une poignée de main ou une bise passeront sans doute à terme pour des coutumes du néolithique.

Dans l'immédiat, j'ai souvent plaisir à vous lire ... grâce à ces liaisons électroniques qui permettent d'accéder à vos écrits !)
A quand un café (ou un thé?)

Écrit par : Xtra BleuCiel | 08/06/2012

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