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14/06/2012

Le dîner épicène

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Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s lecteurs/trices,

Vous êtes des humain-e-s intelligent-e-s. Ou du moins me plais-je à le penser. Vous ne devriez donc pas être démuni-e-s ni perdu-e-s devant l'affiche de la campagne de promotion du langage épicène. Non, certainement pas. Tout devrait être clair.

Rien que le mot "épicène", vous le pratiquez dans les dîners depuis quelques temps déjà. Oralement, vous vous êtes évertué-e-s à accueillir vos invité-e-s d'un "Bienvenue cher-e-s ami-e-s" marquant bien les tirets d'une respiration certes un peu saccadée et robotique, mais de circonstance. Même votre placement à table ne respecte plus la règle "un homme, une femme" destinée à faciliter les rencontres et à mélanger les sujets de conversation. Non, vous êtes un-e maître-sse de maison épicène et politiquement correct-e, vous aussi, et on s'assoit donc chez vous sans distinction de sexe.

Vous vous êtes pourtant malgré vous éloigné-e-s de vos conversations asexuées habituelles lorsque vous avez découvert cette fameuse affiche, affichant la "volonté" de la Ville de Genève. Elle vous a scotché-e-s. Car vous qui êtes si attentifs/tives à ne pas déraper, à placer consciencieusement des tirets partout pour y insérer de "e", vous vous êtes montré-e-s perplexes.

Vous y lisez "é = ée". Et vous vous êtes légitimement interrogé-e-s. Vous n'avez jamais été fort-e-s en maths, mais vous connaissez la signification du symbole "=". Ou, au pire, vous vous êtes référé-e-s à Wikipedia: "indique, en mathématiques, l'identité entre les expressions qu'il sépare".

Et le dîner a mal tourné. Vous, humain-e-s civilisé-e-s, vous vous êtes écharpé-e-s. Deux écoles, deux camps se sont créés (nda: je suis désolée, là je ne peux rien faire, la grammaire est formelle, le mot "camp", masculin, l'emporte sur le mot "école", féminin, pour l'accord).

D'un côté, ceux/celles pour qui le message était évident, limpide. Vous étiez de l'autre côté, et n'avez rien compris à leurs explications alambiquées. Pour vous, si "é = ée", cela signifie que le masculin suffit à désigner les deux genres. "Je lis que si j'emploie seulement -é, cela vaut aussi pour -ée", puisque le premier est promu comme égal au second!", vous êtes-vous exclamé-e-s dans le brouhaha général.

Vous vous êtes tou-te-s (tous/toutes?) quitté-e-s fâché-e-s, campant sur vos avis et positions respectifs (nda: je n'ai pas pu résister au plaisir pervers de vous refaire le coup de la grammaire sexiste). Depuis, les dîners épicènes, c'est terminé.

PS: pardonnez-moi les éventuel-les mauvais emplois de barres latérales ou fautes de tirets présents (encore cette satanée grammaire qui bafoue les femmes...) dans ce billet, ma maîtrise du langage épicène étant pour le moins approximative.

Commentaires

Quelle curieuse idée que celle d'espérer régler des problèmes sexuels par une réforme de la grammaire!

Écrit par : Mère-Grand | 14/06/2012

Je présume que c'est ce qu'on appelle avoir la langue chargée...
M'est avis qu'il y a des thermomètres qui se perdent.

Écrit par : Philippe Souaille | 15/06/2012

De quelle réforme de la grand-mère parlez vous, Mère-Grand ? Craindriez vous d'être rabotée là ou le bas blesse ?

Écrit par : Séraphin Lampion | 15/06/2012

De quelle réforme de la grand-mère parlez vous, Mère-Grand ? Craindriez vous d'être raboté là ou le bas blesse ?

Écrit par : Séraphin Lampion | 15/06/2012

Voilà encore une idée fumeuse née dans l'esprit désoeuvré d'un fonctionnaire surnuméraire et prise comme cheval de bataille par une Conseillère administrative en mal de notoriété.
Mme Salerno est très bavarde sur ce sujet qui est d'importance prioritaire je vous l'accorde.
Elle est en revanche beaucoup plus discrète lorsqu'elle perd en justice, pour la deuxième fois, contre un journaliste faisant son travail et qui dénonce ses petits arrangements entre amis (TdG de mercredi 13 juin)....
Personnellement je trouve dommage cette tendance féministe récurrente à "durcir" les fronts et dresser les femmes contre les hommes, les "féminins" contre les "masculins", etc.
Ce n'est qu'ensemble, femmes ET hommes, qu'on arrivera à améliorer les situations encore insatisfaisantes dans de nombreux domaines, dans le respect mutuel des personnalités et différences hommes-femmes.

Écrit par : A. Piller | 15/06/2012

Sans vouloir faire l'ange, Séraphin, je vous assure que la faible lumière, Lampion, qui me sert d'intelligence, ne me permet pas de comprendre ce à quoi vous faites allusion, malgré la réforme orthographique que vous appliquez, par humour, je l'espère du moins, au mot "bât".

Écrit par : Mère-Grand | 15/06/2012

Rendons justice à Sandrine Salerno : elle nous aura beaucoup crétinisé-e-s ! Ou du moins elle aura tenté de le faire. Plaignons aussi les fonctionnaires obligé-e-s d'appliquer ses directives et d'assister à cette mascarade !

Écrit par : jmo | 15/06/2012

Madame Catherine Armand, votre billet est excellent.

Vous mettez en évidence l'absurdité des nouvelles règles qui voudraient être imposées par certain-e-s, notamment cette clownesse.

Vous mériteriez d'être nommée Ministresse de la culture et de l'éducation.

Écrit par : Les Yeux d'Argus | 15/06/2012

Epicène... -importe quoi !

Écrit par : Fricasse | 15/06/2012

Et malgré cela, la gauche reste toujours au pouvoir en ville.

Écrit par : Mère-Grand | 15/06/2012

Mère-Grand, afin de mieux coller à l'épicénéité de votre pseudonyme, j'avais émis un 2ème message dans lequel il était question que vous soyez raboté. Sans (e). Détail (scabreux je vous l'accorde) qui semble avoir échappé à notre hôte(sse). L'allusion, certes aussi triviale que tirée par les cheveux, me semblait digne de veau gela et de mots lierres, convoqués céans pour qu'ils se retournent dans leurs tombes. Afin d'exproser publiquement leur mécontentement devant ce martyr qu'on impose à la langue française. Qui au demeurant, est de sexe féminin sans que cela choque personne. Je m'attends d'ailleurs à ce que quelques hoministes excités exigent en réaction que l'on puisse écrire le langu français, le Républik français, le démocrati et le confédération helvétik.
ps: j'ai également piqué de quelques épingles l'effigie de chiffon de qui vous savez. Pour qu'elle ait la langue qui tourne toute seule sept fois dans sa bouche à chaque fois qu'elle tente d'émettre un -(e) surnuméraire.

Écrit par : Séraphin Lampion | 15/06/2012

Séraphin, merci, on n'est pas fou, mais on rit quand même un peu.
Il y a plus de vingt ans je suis tombé dans une librairie de Honolulu (et c'est vrai!) sur un petit opuscule vantant les avantage d'une féminisation nécessaire du langage. C'était une retombée de la grande période du féminisme américain, aussi féroce dans ses exigences que peut l'être toute croisade religieuse ou politique.
Vingt ans plus tard, me voici rejoint ici, chez nous, par cette vieille vague, tsunami quelque peu fatigué, requinqué par notre chère gauche toujours à la proue du progrès. En tout cas cela prouve que, malgré tous les bruits qui tendent à faire accroire que Genève est une ville à problèmes, rien n'a changé ici, c'est toujours le vieux train-train des petits problèmes difficiles à dénicher et que seul les plus fins de nos politiciens retrouvent au fond de leurs tiroirs. Heureuse ville! Il disait bien vrai, le père de Jean-Jacques, en l'exhortant à aimer son pays.

Écrit par : Mère-Grand | 15/06/2012

Cet blog est intéressant et je vais d'ailleurs le faire suivre à une amie qui semble être du même avis que vous et je suis certaine qu'elle sera ravie!!!

Écrit par : texte faire-part naissance original | 29/06/2012

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