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30/06/2012

Juste une seconde...

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Ce soir à minuit s'insérera dans nos vies une seconde intercalaire, un instant aussi poétiquement appelé "saut de seconde", histoire d'ajuster le temps universel coordonné aux variations de la rotation de la Terre. La dernière en juin était en 1997.

Que signifie cette seconde de plus? Rien, me direz-vous, et pourtant, certaines choses ne demandent qu'une seconde pour basculer. Un accident pour une seconde d'inattention ou le dernier soupir vers le néant, mais aussi un baiser léger ou une caresse, la réalisation soudaine qu'on est amoureux, un "oui" murmuré en robe blanche, l'entrée d'un spermatozoïde dans un oeuf accueillant, un verre d'eau jeté, un bulletin glissé dans une urne, une signature au bas d'un contrat... Cela peut être aussi le moment idéal pour dire: "Allez, ça ne prendra qu'une seconde", et agir.

Entre 23:59:60 et 00:00:00, je consacrerai pour ma part un battement de coeur et une pensée à quelqu'un que j'aime, accompagnés d'un sourire fugace... Et vous, qu'allez-vous faire de cette seconde additionnelle?

23/06/2012

Vidange au PS: spectaculaire!

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La vidange du lac de retenue du PS modifie le paysage de la gauche genevoise. Les sédiments et la vase sont mis à jour, et le spectacle attire les curieux. Sur les vastes berges, quelques militants trouvent refuge dans les flaques, et dans la vase, des poules d’eau hagardes errent déboussolées. Du côté du parti, on peut en revanche descendre en aval pour voir les trombes de critiques s’écouler par les vannes grandes ouvertes.

En suivant la procession des journalistes et commentateurs et les odeurs de vase, on arrive au pied du malaise. Là, les règlements de comptes bouillonnent, limoneux et déchaînés, en soulevant des nuages de bruine dignes des chutes du Niagara.

Encore plus en aval, vers l’embouchure du PS, c’est aussi l’effervescence. Mais c’est ici un autre public qui afflue depuis le 17 juin. Les caciques se relaient au chevet de la crédibilité du parti. Car la vidange est une véritable hécatombe. Ceux qui ne sont pas emportés par le fort courant risquent de s’asphyxier dans une eau grisâtre saturée en sédiments.

Des centaines de militants ont déjà été capturés préventivement depuis deux semaines afin d’être relâchés une fois le calme revenu. Mais c’est ce week-end que la cote d’alerte a atteint son paroxysme avec la montée au front de Manuel Tornare. Et il est sous haute surveillance: isolé des eaux du fleuve, il peut se transformer en piège mortel pour le parti. On vérifie régulièrement son taux d’oxygène et sa température, quitte à ajouter de l’eau froide pour garder celle-ci en dessous de 22 degrés.

Malgré ces opérations de sauvetage, la majorité des électeurs des communes périphériques présents au moment de la vidange est condamnée, trop fragile pour être capturée. «J’espère que ce que nous arrivons à sauver n’est pas trop symbolique», lâche un élu réaliste et désabusé. «Que voulez-vous, quand on est obligé d’accompagner une catastrophe…».

Les médias attrapent une élue d'un parti allié qui tourne en rond dans une gouille. Ils se précipitent pour la mesurer, la peser, la répertorier et lui voler une écaille pour des analyses génétiques. Car il faut déjà repartir vers l'élection complémentaire au Conseil administratif. Des promeneurs y ont signalé des candidats PDC et PLR piégés dans un étang. Courage, les secours arrivent!

Léger détournement de l'article d'Antoine Grosjean (Tribune de Genève du 10 juin) sur la vidange du barrage de Verbois.
http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/rhone-vide-devoil...

Photo: ©Tribune de Genève

14/06/2012

Le dîner épicène

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Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s lecteurs/trices,

Vous êtes des humain-e-s intelligent-e-s. Ou du moins me plais-je à le penser. Vous ne devriez donc pas être démuni-e-s ni perdu-e-s devant l'affiche de la campagne de promotion du langage épicène. Non, certainement pas. Tout devrait être clair.

Rien que le mot "épicène", vous le pratiquez dans les dîners depuis quelques temps déjà. Oralement, vous vous êtes évertué-e-s à accueillir vos invité-e-s d'un "Bienvenue cher-e-s ami-e-s" marquant bien les tirets d'une respiration certes un peu saccadée et robotique, mais de circonstance. Même votre placement à table ne respecte plus la règle "un homme, une femme" destinée à faciliter les rencontres et à mélanger les sujets de conversation. Non, vous êtes un-e maître-sse de maison épicène et politiquement correct-e, vous aussi, et on s'assoit donc chez vous sans distinction de sexe.

Vous vous êtes pourtant malgré vous éloigné-e-s de vos conversations asexuées habituelles lorsque vous avez découvert cette fameuse affiche, affichant la "volonté" de la Ville de Genève. Elle vous a scotché-e-s. Car vous qui êtes si attentifs/tives à ne pas déraper, à placer consciencieusement des tirets partout pour y insérer de "e", vous vous êtes montré-e-s perplexes.

Vous y lisez "é = ée". Et vous vous êtes légitimement interrogé-e-s. Vous n'avez jamais été fort-e-s en maths, mais vous connaissez la signification du symbole "=". Ou, au pire, vous vous êtes référé-e-s à Wikipedia: "indique, en mathématiques, l'identité entre les expressions qu'il sépare".

Et le dîner a mal tourné. Vous, humain-e-s civilisé-e-s, vous vous êtes écharpé-e-s. Deux écoles, deux camps se sont créés (nda: je suis désolée, là je ne peux rien faire, la grammaire est formelle, le mot "camp", masculin, l'emporte sur le mot "école", féminin, pour l'accord).

D'un côté, ceux/celles pour qui le message était évident, limpide. Vous étiez de l'autre côté, et n'avez rien compris à leurs explications alambiquées. Pour vous, si "é = ée", cela signifie que le masculin suffit à désigner les deux genres. "Je lis que si j'emploie seulement -é, cela vaut aussi pour -ée", puisque le premier est promu comme égal au second!", vous êtes-vous exclamé-e-s dans le brouhaha général.

Vous vous êtes tou-te-s (tous/toutes?) quitté-e-s fâché-e-s, campant sur vos avis et positions respectifs (nda: je n'ai pas pu résister au plaisir pervers de vous refaire le coup de la grammaire sexiste). Depuis, les dîners épicènes, c'est terminé.

PS: pardonnez-moi les éventuel-les mauvais emplois de barres latérales ou fautes de tirets présents (encore cette satanée grammaire qui bafoue les femmes...) dans ce billet, ma maîtrise du langage épicène étant pour le moins approximative.

13/06/2012

Je regarde le foot

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Je regarde le foot. Mais ne vous leurrez pas, cette passion ne s'éveille que ponctuellement, portée par la frénésie européenne ou mondiale autour du ballon rond.

Peut-être que cela a toujours été simplement une réaction de survie: ne pas mettre mon couple hors jeu ou maintenir un fan de foot dans mes filets. Quel mâle n'a jamais sorti "Quoi? Tu aimes le foot? Mais tu es la femme parfaite!". On n'est pas idiotes, on sait s'adapter.

Car pour marquer, il faut savoir concocter un savant mélange d'intérêt et d'ignorance. Quelques maigres connaissances ciblées, péniblement pêchées sur wikipedia la veille d'un match (il a bien récupéré machin, après sa fracture l'année dernière en Champion League), et une candeur trop mignonne (tu me rappelles ce qu'est exactement un hors jeu?) permettant de boire les explications de son chéri avec une admiration de bon aloi. Alors qu'on sait parfaitement ce qu'est un hors jeu. Enfin, à peu près. En gros.

Alors oui, prête pour les soirées bières-hurlements-chips sur le canapé pendant une période donnée (principalement la demi-finale et la finale), mais ne m'en parlez pas le reste du temps. Je m'en fiche. Vous ne me trouverez jamais au bord d'un petit terrain de foot du canton, un dimanche matin frisquet, pour le grand match retour Choulex/Bardonnex. Faut pas pousser, non plus.

15:15 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : football, eurofoot |  Facebook |

03/06/2012

Les états d'âme de Maudet.com

 

jeu%20de%20go%20bis.jpeg«Cette élection est pour moi totalement incertaine. Il y a peu de chances que je réussisse». Quel candidat au Conseil d'Etat a donc ainsi exprimé dans les médias de tels doutes en pleine campagne? Le prophète? Le Pirate? Non, celui dont il est évident qu'il est le seul concurrent sérieux de la socialiste Anne Emery-Torracinta: Pierre Maudet.

Ce découragement apparent à ce stade, alors que rien n'est encore joué, ne peut qu'étonner. On dit Pierre Maudet solide, stratégique, ne laissant jamais rien au hasard. J'ai donc du mal à croire à l'hypothèse d'un cafouillage de la machine Maudet.com. L'homme est partout, dans les médias, et sur le terrain. Souriant, confiant, énergique. Selon un sondage de la Tribune de Genève au lendemain du grand débat à Uni Dufour, il a même été celui qui a le plus convaincu. Ce pas de côté détonne donc au coeur de cette campagne bien huilée, à deux semaines de l'échéance du 17 juin.

En tant que simple citoyenne non spécialiste du jeu politique, il est risqué que je tente une analyse. Mais je peux par contre me mettre à la place de celles et ceux, dans son parti et en dehors, qui croient fermement en sa capacité à être élu. Quel message leur envoie-t-il? Celui de ne pas voter pour lui, ses réelles ambitions étant clairement fédérales? «Si je suis élu le 17 juin, je prendrai une voie qui m’éloignera de Berne» dit-il dans le même article du Matin Dimanche. Ou tente-t-il par cette provocation détournée de réveiller un électorat de droite divisé, alors que seul un ralliement derrière son nom pourrait barrer la route au PS?

La suite, teintée de mélancolie selon le journaliste, me laisse encore plus perplexe: «Ces derniers temps, je me dis souvent que je n’aurai sûrement pas l’occasion de connaître dans ma vie une fonction politique plus exaltante que celle de maire», et encore «(...) Après avoir donné le signal que j’allais partir, comment je vais faire si je me plante?».

L'expression de tels états d'âme ne ressemble pas au Pierre Maudet qui nous est habituellement donné à voir. Il me semble qu'une fois le costume (même serré aux entournures) de candidat accepté et endossé, il ne devrait plus y avoir de place pour les doutes, en tout cas publiquement. Tel Stauffer qui se prend pour King Kong au sommet de la cathédrale, on s'accroche, on fonce, et on fait au moins semblant d'y croire, coûte que coûte. Surtout qu'il n'est pas exclu qu'il puisse être élu, et il faudra alors qu'il entre dans la peau de Conseiller d'Etat avec la plus grande conviction.