UA-73135419-1

30/07/2012

Jeter des cailloux aux pigeons

midnight_express_1978_reference.jpeg

Le jeu de bonneteau turc, vous connaissez? Trouvez la pierre de moins de 100 ans (aucune, évidemment, les experts locaux seront toujours formels) et évitez ainsi de vous faire plumer par un système bien rodé où tout le monde est arrosé par l'argent des touristes qui pissent dans leur froc en pensant à "Midnight Express".

Première étape, le vendeur de pierres, ou même peut-être le guide touristique rabatteur qui touche son pourcentage (on a le droit d'être parano). Parfois, vous êtes assez naïfs pour éviter à la première étape du piège de se mettre en branle. Vous ramassez tout seul comme un grand un vulgaire caillou de 100 ans et un jour au bord d'un chemin.

Deuxième étape, la douane. A croire qu'on y scanne votre valise plus à la recherche du pigeon qui sommeille en vous que de liquides suspects. La récolte est souvent féconde, des centaines de volatiles innocents, si possible issus de pays aisés, comme vous, se font prendre chaque année dans le filet tendu.

Troisième étape, les avocats charognards. Sans aucune motivation à vous sortir du trou, ils vous foncent néanmoins dessus pour vous clouer au sol à coups d'honoraires. Elevés, et payés d'avance, forcément.

Quatrième étape, le système judiciaire. Il faut cracher la caution, sous la menace d'un plongeon dans un mauvais remake du film d'Alan Parker. Ce qui n'arrive jamais, évidemment. A part si vous avez effectivement volé une vraie antiquité d'intérêt national, la Turquie n'a aucun intérêt à vous garder 10 ans en prison pour satisfaire les fantasmes de ses gardiens sodomites. Non, en général, tout est réglé en quelques semaines, moyennant finances et après un procès bidon, mais non sans quelques humiliations et intimidations au passage, histoire d'être pris au sérieux.

Au final, vous rentrerez bientôt chez vous, vous aussi, délesté de quelques milliers d'euros, sans le spécimen que vous avez arraché au patrimoine national, et qui sera précieusement gardé pour être exposé dans un Musée (ou rebalancé dans le caniveau pour appâter le touriste suivant, allez savoir, on a le droit d'être parano).

Mais trop soulagé d'être sorti d'affaire, vous ne penserez, comme tous les autres avant vous, qu'à remercier votre pays "qui s'est mobilisé pour votre libération" et surtout, vous n'en voudrez pas à la Turquie, qui ne fait qu'appliquer la loi.

20:58 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

24/07/2012

Une robe, un candidat, un festival et des bovins

 

IMG_20120716_142455.jpgJe suis alanguie sur la plage, en bateau la tignasse au vent, concentrée sur une partie de pétanque et encore en train de siroter un apéro. Et pourtant un flux ininterrompu d'idées, de bouts de phrases, de bons mots ou de formules bouillonne sous mon crâne. Impossible à ignorer, encore moins à stopper. La robe de Duflot, la candidature de Froidevaux, la présence excessive du Paléo dans la presse, ou encore les vaches du 1er Août, tout m'assaille et me donne envie de réagir, entre la galette et le plateau d'huîtres.

"Un blog est à la tête ce que le jogging est au corps: une discipline", nous annonce J-F Mabut dans ses conseils aux blogueurs. Dès lors, en vacances, grande est la tentation de ne pas perdre sa "musculature" et de laisser les mots rebelles s'échapper. Ils tournent en rond à la recherche d'une sortie, mais l'oisiveté intellectuelle entrecoupée de bains de mer représentant l'essentiel du programme de mes journées, le risque de les voir s'évacuer en ordre dispersé est palpable.

Tenir un blog est un "acte actif", "bon pour la tête". Soit. Mais écrire régulièrement et donner son avis sur tout est surtout devenu une drogue, une douce maladie, une nécessité. Le seul moment de véritable apaisement peut s'apprécier dans la journée qui suit la publication d'un billet. Un sentiment du devoir accompli, de libération. Je respire. J'ai eu ma dose. Mais dès le lendemain, ça recommence. Le sujet suivant se met à me hanter, à réclamer son existence. C'est sans fin.

Je résiste pourtant, ou presque. Pas de billet pendant mes vacances en Bretagne, m'étais-je promis. Sauf celui-ci, paradoxal, qui met en mots ma décision de ne pas écrire. Je suis faible, je sais. Bon, je vous laisse, les dorades au feu de bois sont à point. La robe, le candidat, le festival ou les bovins attendront jusqu'à la semaine prochaine. Promis.

 

12:06 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : vacances, blogs, écriture |  Facebook |

11/07/2012

Je n'ai pas tout compris, mais...

Decouverte-Boson-de-Higgs.jpeg

Je vous explique quand même.

Le CERN, déjà responsable de votre tendinite du surfeur (sans eau) et d'un hypothétique trou noir en plein coeur de Genève, vous déclare maintenant avec fifres et tambours que le monde ne sera plus jamais vraiment le même. S'ils n'avaient pas inventé l'anneau qui court sous nos pieds, je dirais que ce sont des empêcheurs de tourner en rond. Du coup, je dirais simplement que ce sont des emmerdeurs.

C'est vrai quoi, on ne lâche pas comme ça, entre le café et le croissant, que le monde tel que nous le connaissons a définitivement changé, tout cela à cause d'une particule que Le Matin compare à Michael Jackson avançant au milieu de ses fans. Cela ne se fait pas.

Le boson de Higgs, vous viviez très bien sans. Mais vous l'avez échappé belle, car maintenant qu'ils ont enfin un semblant de preuve de son existence, les scientifiques nous avouent que "sans le boson, le modèle standard de la physique des particules ne vaut plus rien". Et s'ils ne l'avaient pas chopé, hein? Combien de temps ces grosses têtes comptaient attendre encore avant de nous avouer que leur conception de l'univers ne valait pas un kopek? En fait, il leur manquait un truc de base pour appuyer leurs théories, et ils n'osaient pas nous le dire, les coquins.

Surtout qu'on n'y comprend toujours rien, malgré les efforts insensés des vulgarisateurs scientifiques pour nous révéler "tout ce qu'on a toujours voulu savoir sur le boson de Higgs". Le coup de Michael Jackson encore, j'arrive à visualiser. Le petit boson est une star et quand il prend un bain de foule au milieu des autres particules admiratives, elles se collent à lui pour avoir un autographe et ensuite le pauvre n'arrive plus à s'en débarrasser. C'est assez clair. Par contre, me représenter l'univers comme une "piscine de mélasse cosmique" dans laquelle des particules nagent en maillot de bain, j'ai du mal, à jeun.

D'accord, c'est une découverte aussi importante que celle de l'électricité. Je veux bien le croire, sauf que l'électricité, tout de même, on n'a pas attendu des centaines d'années pour en profiter. Tandis qu'avec le boson roi du moonwalk, c'est une autre histoire.

M. Higgs juge très important de pouvoir avoir un début de tentative d'explication quant à l'état de l'univers lors du premier millionième de seconde du Big Bang. Avec à la clé de nouvelles théories "peut-être" en rapport avec la matière sombre (non, je ne vous dirai pas ce qu'est la matière sombre, débrouillez-vous). Donc on va d'abord traquer un peu cette matière obscure, et ensuite, si on a le temps, on cherchera quelques univers parallèles.

Bref, vous avez largement le temps de relire "Le Maître du Haut Château" de Philip K. Dick, ou de vous refaire toute la dernière saison de Fringe avant qu'il se passe à nouveau quelque chose.

09/07/2012

Un beau succès pour les pianos de rues!

599868_10150930255671284_1516633607_n.jpegPendant deux semaines, du 18 juin au 1er juillet, les rues du canton de Genève ont vécu au rythme du son de 20 pianos d’occasion mis à disposition du public.

Cette deuxième édition s’annonçait un peu différente de la première. L’effet de surprise de la découverte de tels instruments dans des lieux décalés a laissé la place au plaisir de retrouver et revivre les émotions ressenties l’année précédente. Une partie du public, tenu informé par les réseaux sociaux, avait anticipé l’arrivée des pianos et planifié en amont des rendez-vous pour des apéros, des chorales, des concerts acoustiques, ou encore des tournages de clips.

Comme l’année dernière, on a vu des pianistes solitaires présents quotidiennement d’un piano à l’autre, des défis lancés pour jouer sur tous les pianos en une journée, de la danse, des accompagnements au violon, à la contrebasse ou à l’accordéon, des rencontres interculturelles, des morceaux à 4 voire à 6 mains, des enfants qui touchaient un piano pour la première fois, d’anciens pianistes "rouillés" murmurant avec nostalgie "il faudrait que je m’y remette", et surtout d’incroyables jams de plus de 50 personnes autour des trois pianos ouverts 24h/24, en "after" des concerts de la Fête de la Musique.

Il est impossible de calculer le nombre de personnes touchées par ce projet. Mais de par la situation des pianos, dans des lieux passants ou de rencontre, on peut estimer que l’impact est très important. Entre ceux qui ont joué, qui se sont arrêtés pour écouter, qui ont juste tendu l’oreille en passant à proximité, ou simplement vu les pianos dans la rue ou lu un article dans la presse, il est très difficile de trouver, après ces deux éditions, des Genevois n’ayant pas du tout entendu parler de ce projet. Il bénéficie par ailleurs maintenant d’un immense capital sympathie, à l’instar d’un autre projet phare de l’équipe d’organisation: CinéTransat.

Conformément à la volonté de l’artiste anglais Luke Jerram, toujours aucune publicité n’est venue annoncer ce projet, ni aucuns panneaux explicatifs n’ont été installé à proximité des pianos. Seule la communauté Facebook (environ 3’500 membres) et les informations relayées par les médias ont soutenu la présence des pianos en ville et dans les communes.  En effet, un grand nombre de rencontres entre le public et les pianos sont le fruit du hasard, et c’est bien ainsi.

Forts de ce succès renouvelé et des nombreux témoignages positifs reçus à nouveau cette année, l'équipe planche déjà sur une troisième édition encore plus folle, avec comme objectif de surprendre le public au moins autant qu'il l'a été lors de sa première découverte des pianos en juin 2011. Faire évoluer le projet afin que la lassitude ne s’installe pas, sortir du cadre, relever des défis, réaliser des rêves… Voilà quelques ingrédients de la recette 2013!

Site Internet 2012: http://www.jouezjesuisavous.com

15:48 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pianos, rues, genève |  Facebook |

07/07/2012

Souvenirs d'une immigrée illégale

UDC-Affiche-Moutons.jpgMarseillaise adoptée par la Suisse en 1972, j’ai obtenu le passeport rouge à croix blanche en 1991. Entre-temps, j’ai découvert que les helvètes ne rigolaient pas avec l’immigration.

Alors que je rentrais de mon super boulot dans le marketing, que je rejoignais mon très mignon petit appartement avec jardinet dans ma jolie Golf offerte par mes parents, bref, que ma petite vie en Suisse coulait comme de la fondue sur un morceau de pain, je reçus par courrier recommandé un avis d’expulsion du territoire, avec un préavis d’un mois.

Pourtant je n’avais commis aucun crime majeur, comme me moquer des suisses allemands ou dire publiquement que le gruyère a des trous. Je n’avais pas l’accent marseillais, préfèrais le vin vaudois au pastis et disais "de bleu de bleu" au lieu de "o fan de chichoune". Une intégration parfaite, en somme. Et pourtant…

Je suis la fille d'un douanier français installé à l'époque à Vallorbe. A la faveur d'une convention franco-suisse, ces fonctionnaires (et leurs familles) avaient le choix de vivre sur le territoire suisse, toucher leur salaire en francs suisses, scolariser leurs enfants en Suisse, et ce sans permis officiel d'aucune sorte. Une sorte de statut d’ambassade du pauvre, quoi. Je volais depuis mon arrivée en Suisse sur cette convention comme sur un tapis volant, et un simple petit papier collé dans mon passeport français m’ouvrait toutes les portes de ce petit eldorado.

Sauf qu'un jour, la Confédération réalisa soudain que je n'étais plus la fifille à son papa. Majeure et plus aux études, la convention magique ne me protégeait plus, et je devenais une immigrée illégale. Pas de permis, pas de statut. Un mouton noir, comme celui qui se prend des coups de pieds au cul par ceux, bien blancs, de l’UDC.

L'incident diplomatique fut finalement évité, après quelques échanges de courriers bien sentis entre le gouvernement français et la Confédération. Une jurisprudence rédigée à la hâte m'accorda un permis B (pas C, faut pas pousser non plus, je restais une étrangère suspecte devant faire ses preuves). Il faut croire qu'avant moi, tous les enfants de ces douaniers au statut étrange avaient choisi de s'établir en France, et que le "cas" ne s'était jamais présenté.

Il n'empêche qu'en attendant l'aboutissement des négociations internationales, j’ai vécu quelques mois dans la crainte d'une expulsion, plus rien dans ma vie n’étant stable ou garanti. Mon employeur montrait quelques signes de nervosité, malgré mes "je vous jure, j'aurai bientôt le droit de travailler légalement chez vous... enfin, si tout va bien". Je pouvais être à tout moment sortie de mon lit à 6 heures du matin par la police pour être mise de force dans un avion pour le tiers-monde (Annemasse ou Pontarlier), menottes aux poignets.

Comment aurais-je survécu dans ce pays dont je suis issue mais dont je ne maîtrise aucune des subtilités linguistiques (SICAV, UMP, PAF, GDF)?