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15/10/2012

Election du 4 novembre, le choc des photos

Les bobines des quatre candidats à l'élection complémentaire au Conseil administratif de la Ville de Genève commencent à circuler (au sens propre pour celles de Barazzone et Bertinat, les deux seules à s'afficher en grand sur les véhicules TPG). En tant que professionnelle de la communication depuis plus de 20 ans, je m'intéresse toujours beaucoup aux affiches de campagne, cherchant le sens du message visuel, et souvent, je l'avoue, la petite bête.

Et des petites bêtes, cette fois, j'en ai trouvé partout. Chacun bricolant avec ses moyens, les résultats sont divers et variés. Je vous livre dans ce billet une analyse toute personnelle, basée uniquement sur mon expérience dans le domaine, et non sur des considérations politiques. Ecrire un billet pour descendre un candidat ou en encenser un autre n'est pas le propos. Je ne me prononcerai donc ni sur les slogans, ni sur les programmes. Ceci étant mis au point, démarrons ce petit jeu de décodage visuel!

Eric Bertinat, candidat de l'UDC

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M. Bertinat a sans doute voulu donner une image dynamique, celle d'un homme marchant d'un pas décidé vers l'avenir, d'où la photo en mouvement. C'est une option parfois choisie dans les prises de vues collectives, particulièrement en France. On y voit une équipe soudée, avançant d'un même pas en direction de l'objectif. C'est un choix plus rare pour une affiche individuelle, donc on relèvera là une certaine audace. Mais elle n'est pas sans risque: plis disgracieux des vêtements, membre flou, posture du corps peu avantageuse. Eric Bertinat tombe dans ces trois pièges de la photo en marche. Mais ça n'est finalement pas très grave, cela nous le rend plus humain, moins figé. Donc finalement, un bon point. 

La position du bras gauche, par contre, pose question. Il est censé symboliser son axe "sécuritaire" et destiné à "protéger" la jeunesse contre les dealers, les roms, les incivilités, et toutes les autres horreurs rôdant en ville. Mais c'est raté: on a plutôt l'impression que le candidat barre la route à l'enfant, l'empêchant d'avancer, tout en se mettant lui-même en avant. "C'est moi la star de l'affiche, pas le gamin" semble-t-il nous dire. Un mauvais point. 

Le fond d'un vert uniforme est une réussite, l'affiche se voit de loin, elle est facilement reconnaissable et les deux personnages se détachent bien. L'expression du visage de Bertinat respire l'assurance et la confiance en soi, encore un bon point. On peut juste regretter que les yeux soient trop peu visibles, un peu plissés comme pour se protéger du soleil. La tenue est bien choisie, elle correspond bien au personnage, mais une cravate moins ton sur ton aurait donné une touche de couleur relevant l'ensemble. Bilan: une affiche bien réfléchie, malgré l'erreur de la position du bras. 

Salika Wenger, candidate du PdT

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Cette affiche ne trahit pas les visuels auxquels nous a habitué le Parti du Travail. Ominprésence du rouge vif, textes noirs et blancs. La mention de la date du 4 novembre passe par contre totalement inaperçue, quelle drôle d'idée d'écrire en rouge sur fond rouge! La position des textes trahit l'absence de recours à un graphiste diplômé, les mots étant jetés autour de Salika sans réelle logique (à noter toutefois l'effort de la ligne ascendante). Le numéro de liste se fait la malle et n'est pas aligné sur le reste, mais dans l'ensemble, on peut dire qu'avec ces erreurs typographiques, il n'y a pas péril en la demeure, étant donné qu'elles se retrouvent sur presque tous les visuels du parti… 

Le portrait est bien choisi, fidèle à la personnalité de la candidate, et le choix du rouge à lèvres un peu rosé est une bonne idée, car il adoucit son expression. On sait que Salika porte souvent des rouge à lèvres rouge vif, et dans ce cas, le résultat aurait été beaucoup trop agressif. Bien vu. J'espère secrètement qu'elle portait pour cette photo des Louboutin (à semelles rouges, donc), juste pour le plaisir d'être raccord de la tête au pieds avec la couleur du parti (si ce n'est avec les valeurs ouvrières). 

Didier Bonny, candidat indépendant

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On voit que Didier Bonny a choisi de poser dans la rue, ce qui est un bon choix, et symbolise ses engagements associatifs. Il veut ainsi montrer qu'il est sur le terrain plus souvent que dans un bureau, d'où également l'absence de cravate ou de costume. Il est resté lui-même pour cette photo, sans s'apprêter de façon particulière. La couleur du texte se détachant sur la photo est trop claire et peu lisible de loin. D'une manière générale, un turquoise plus soutenu aurait été plus adéquat. Mais je peux bien sûr comprends qu'il ait eu peur de s'approcher trop du bleu made in PLR. 

La position est détendue, et le sourire franc, on le sent proche des gens. La seule erreur flagrante est d'avoir des lunettes de vue qui se teintent à la lumière. L'effet "lunettes de soleil" met une barrière, une distance entre lui et le public, les yeux du candidat devant toujours être bien visibles, même avec des lunettes de vue (c'est le cas de Salika). Ce problème se retrouve sur toutes ses photos de terrain depuis le début de la campagne: un candidat à une élection ne devrait jamais porter des lunettes de soleil, ni dans la rue, ni sur une affiche! Je ne pourrais que lui conseiller de changer de lunettes le temps de la campagne, et de choisir des verres classiques. 

Guillaume Barazzone, candidat de l'Entente

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Le plus grand défi, pour Barazzone, c'est de ne pas tomber dans la caricature du jeune homme de bonne famille, même si ce côté "gendre idéal" peut être un atout indéniable. Mais, bon, quoi qu'il fasse, il n'arrivera pas à se départir de son look très "16ème" (arrondissement, pas siècle). Sur cette affiche, on est au bord de l'Arve, à flâner avec lui. Le fond bucolique mais néanmoins urbain est un bon choix, l'affiche est gaie et il s'en dégage une certaine sérénité. Son expression est raccord, ouverte et confiante, avec un regard direct et franc. Il y croit, sans aucun doute, et il semble sincère. Mais presque trop. C'est comme s'il n'était pas encore revenu d'avoir été choisi comme poulain par le PLR, au détriment de bons candidats de ce parti, et avec plus de bouteille. Il est conscient de sa chance, et ça se voit. 

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La seule grosse erreur de Barazzone n'est pas sur son affiche officielle, mais sur celle concoctée par le PDC de Vernier. A l'opposé du lisse visuel se baladant sur les véhicules TPG, la section verniolane met les pieds dans le plat. Si "le PDC a du sens", cette affiche, elle, n'en a aucun! Le choix de la photo est on ne peut plus mauvais: le candidat est photographié par en-dessous, ce qui n'avantage personne, même beau gosse au départ. Les joues pendent, ont l'air remplies d'ouate. Et dans une campagne, il n'est jamais bon d'avoir un candidat qui nous regarde d'en haut (ou de haut, du coup). A se demander si le PDC Vernier a consulté le team de campagne (et le candidat) avant de faire son affiche de soutien.

Commentaires

Ce qui est le plus étonnant, c'est à quel point 3 candidats ressemblent de manière caricaturale à ce que l'on pourrait attendre eux, vu leurs partis ou positions politiques respectifs.

Bertinat a la tronche parfaite du catho très à droite, pas très marrant, Barrazone fait dans le beau gosse qui a réussi et qu'on croiserait dans un bar bcbg, Bonny dans le bobo alternatif, tout en étant en fait un fonctionnaire bien privilégié.

Y'a que Salika Wenger qui ressemble à rien. Si j'était méchant, je dirais qu'elle me fait vaguement penser à la méchante à l'ambassade d'Istanbul dans Bons Baisers de Russie, qu'on aurait vaguement essayé de relooker.

Écrit par : Amusé | 16/10/2012

Suis-je le seul à trouver une vague ressemblance entre Barrazone et le Capitaine Schettino du Costa Concordia, sur l'affiche de Vernier?

Écrit par : Amusé | 16/10/2012

Maintenant que vous le dites... ou Di Caprio dans Titanic?

Écrit par : Catherine Armand | 16/10/2012

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