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01/11/2012

Sicli l'élitiste

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Septembre 2015: Après expulsion de ses turbulents et peu rentables occupants, l'Usine de la place des Volontaires a été entièrement rénovée et sa gestion confiée à une société privée. Sa situation idéale proche du BFM et au bord du Rhône en fait le lieu parfait pour les apéros haut de gamme et soirées d'entreprises. Le reste du temps elle sera consacrée à des événements culturels, à condition qu'ils soient en lien avec l'art abstrait du début du 20e siècle ou la sculpture non figurative. Quant aux réservoirs de la Bâtie, ils sont en passe d'être transformés, grâce au soutien de la famille Rothschild, en caves à vin luxueuses, où se tiendront des dégustations et des afterworks sur invitation.

Science-fiction? Peut-être... Et pourtant, la récente affectation de l'Usine Sicli aux Acacias aux domaines peu festifs et peu rassembleurs de l'architecture et du design, et sa gestion confiée à une société privée, rendent ce scénario catastrophe presque plausible. 

"Voilà qui en jette, comme on dit. Voilà qui promet", se réjouissait pourtant le journaliste Fabrice Gottraux dans la Tribune de Genève en janvier dernier. Après avoir été investie avec succès comme lieu central par le festival Antigel, la première soirée publique de l'ancienne usine d'extincteurs, avec défilé de mode décalé, concert et DJ électro jusqu'au bout de la nuit, avait marqué les esprits. 

"Genève s’est elle découvert un nouveau lieu de culture? Un nouveau lieu de fête? Chez les acteurs culturels du coin, ça discute ferme, ça projette. Dans la tête des noctambules, ça bouillonne. Avec Sicli, on se prend à rêver", ajoutait encore Fabrice Gottraux. De son côté, Pierre-Alain Girard, secrétaire général adjoint au DCTI promettait que Sicli allait devenir "un pôle culturel convivial, attractif, pluridisciplinaire et accessible à tous, dans l’esprit des Etats généraux de la nuit". 

Quelques mois plus tard, il faut malheureusement déchanter. Enfin, sauf si on est plein aux as, si on évolue (avec relations, si possible) dans les milieux de l'architecture et du design, et si on reçoit la bénédiction d'Arfluvial, la société privée gestionnaire du lieu (ainsi que du Bâtiment des Forces Motrices). Envolés les rêves de fêtes électro, de concerts rock, de pièces de théâtre, de spectacles de danse et autres soirées festives. La culture alternative sans trop de moyens ne passera pas la porte du rez de chaussée. L'élitisme est de rigueur, encore une fois. Et Sicli se doit d'être rentable. 

Renseignements pris, la location du rez est facturée CHF 5'000.- la soirée. Accessible, vraiment? Un rabais peut être négocié à condition que l'entrée soit gratuite ou à bas prix pour le public. Pour offrir un événement gratuit ou très accessible à Genève, une subvention (ou de généreux mécènes, dont tout le monde parle dans les milieux politiques de droite, mais que personne n'a jamais vus rôder autour de la culture dite alternative), est indispensable. A moins d'être entièrement géré par des bénévoles, et organisé avec des bouts de ficelles. 

Les médias ont rapporté que cette situation aberrante aurait "fait un tollé dans les milieux culturels". Soit. Mais il faut malheureusement constater que depuis, ces mêmes milieux sont restés cois. Seul Eric Linder, organisateur d'Antigel, a officiellement exprimé sa déception: "Il y a de vrais besoins pour des sites polyvalents, c’est dommage de le dédier à une forme d’art en particulier. Envisager la culture par case ne correspond plus aujourd’hui à ses besoins. Cette salle offre les avantages d’une utilisation polyvalente. Mais il n’y a pas de vision dans ce sens", réagissait-il à chaud. 

Les voix qui s'élèvent régulièrement à Genève pour réclamer (à raison) de nouveaux lieux culturels, où sont-elles aujourd'hui? Les acteurs de la culture alternative et des nuits genevoises, qu'en disent-ils? Les a-t-on vu manifester suite à cette affectation restrictive et peu sensée? Le RAAC (Rassemblement des artistes et acteurs culturels) a-t-il publié un communiqué de presse à ce sujet? Pas à ma connaissance. Le silence est assourdissant, comme on dit. "Faites une pétition pour que la gestion de l'usine Sicli soit confiée à la Ville de Genève", m' a-t-on soufflé dans les couloirs de l'administration municipale. Car la Ville, dont les relations avec l'Etat sont toujours aussi tendues, semble elle aussi insatisfaite de la tournure des événements. L'appel est lancé...

Commentaires

"Et Sicli se doit d'être rentable."
"Seul Eric Linder, organisateur d'Antigel, a officiellement exprimé sa déception"
"Mais il n’y a pas de vision dans ce sens", réagissait-il à chaud."

Vous avez visiblement un problème avec la thermodynamique...

Écrit par : Géo | 02/11/2012

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