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04/09/2013

Le téléphone pleure...

52e6f80c.jpgTout ce que je voulais, c'était rêvasser, la tête appuyée contre la vitre rayée, regarder filer les lumières de la ville, penser à l'homme que j'aime qui venait de me quitter, tenant ma main, puis le bout de mes doigts jusqu'à la dernière seconde avant de descendre du bus. Tout ce que je voulais, c'était garder ce sourire déjà un peu nostalgique, fermer les yeux, me laisser bercer. 

Puis elle est montée, elle avait des larmes dans la voix tout en parlant fort, trop fort, un rectangle noir porteur de mauvaises nouvelles collé à l'oreille. Elle voulait juste savoir… Savoir pourquoi il la quittait, pourquoi il ne lui avait pas dit plus tôt qu'il ne l'aimait pas, ce qu'elle aurait pu faire différemment. Sans même me voir ou se rendre compte de ma présence, elle m'a aspirée dans son univers, dans son intimité tourmentée. Je n'existe pas, mais je sais tout, je ressens tout. Son amour brisé, son chagrin. Elle me les envoie à la figure sans retenue. Elle est seule au monde, avec celui qui la quitte. 

Peut-être demain changera-t-elle son statut Facebook, passant publiquement de "en couple" à célibataire. Ses amies commenteront, s'apitoieront, la consoleront, aux yeux de tous. Elle leur racontera qu'il l'a jetée par téléphone, alors qu'elle était dans le bus. Sur le fait qu'elle avait pleuré alors qu'on pouvait l'entendre, qu'elle avait partagé son histoire avec moi, pas un mot, sûrement. 

Quand on a ce rectangle noir à l'oreille, les autres n'existent pas, ne comptent pas. Qu'ils soient embarrassés ou touchés par cette vie intime étalée n'a apparemment aucune importance. Pourtant, me voilà envahie d'émotions, extraite de ma rêverie nocturne. Je ne sens plus la chaleur de la main de mon homme qui s'attardait dans ma paume, son "Je t'aime", murmuré de l'autre côté de la vitre pendant que le bus démarrait, semble déjà si loin. Cette inconnue m'a happée, contre mon gré. Elle descend du bus, toujours en pleurant dans son téléphone. Et maintenant, j'ai froid.

Commentaires

Il a abusé de son sentiment.

Écrit par : Gabriel KOKOU | 19/10/2013

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