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27/11/2013

Gonflé!

vernier,street art,filthy lukerQuand on nous parle de Street Art -ou d'Art Urbain-, on pense souvent en priorité aux graffitis, plus ou moins élaborés, et plus ou moins réussis. Mais cette forme d'art contemporain qui s'exprime sur le domaine public a bien d'autres cordes à son arc: installations ou sculptures, projection vidéo, installations de lumière, interventions sur le mobilier urbain, illusions d’optique ou trompe-l'oeil sur le sol et sur des façades…  ses formes sont multiples!  

Il s’agit principalement d’un art destiné au grand public, éphémère et en constant renouveau. Son objectif est d'aller au-devant des passants sans qu’ils l’aient forcément souhaité, et de toucher ainsi des personnes qui n’entreraient pas dans un musée ou dans une galerie d’art. Les artistes de rues s’approprient l’espace urbain pour contester, bousculer, déranger, revendiquer, dénoncer, interroger, soutenir... Ils ont des motivations artistiques, mais souvent aussi politiques ou sociales.

Bien que le Street Art ne soit pas toujours légal, sa valeur artistique est incontestable. Les artistes de Street Art ne cherchent pas à vandaliser les espaces publics, mais plutôt à changer notre regard sur la ville et sur l’art. Le Street Art peut être discret et occuper de très petits espaces (comme récemment les mini-nains en céramique cachés dans toute la Ville de Carouge), ou être monumental et très visible, comme, par exemple, les installations lumineuses exposées à Lausanne jusqu'à fin décembre, ou les structures gonflables de Filthy Luker, visibles à Vernier ce week-end.

Dans les rues, sur les arbres et sur les bâtiments, sept oeuvres gonflables monumentales de l'artiste britannique mondialement reconnu sont à découvrir le long d’un cheminement piéton entre le centre commercial de Balexert et la bibliothèque de Châtelaine: un poulpe géant qui semble avoir pris possession d’un immeuble, des arbres qui nous suivent du regard, un missile fumant sur un toit, une pousse végétale géante dans un jardin, et d’autres interventions pleines de surprises qui marqueront notre quotidien pendant 3 jours.

Spectaculaires et très visibles, les installations de Filthy Luker sont en constant dialogue avec les lieux qu’il investit. Il aime "attaquer" le regard et l’esprit des passants. Ses oeuvres grand format prennent possession de l’espace urbain, transforment la rue, étonnent avec humour et audace, nous extirpent de notre routine quotidienne et nous incitent à regarder la ville avec un nouveau regard, teinté d’extraordinaire.

 Infos pratiques: 

Cheminement piéton d'une quinzaine de minutes entre le centre commercial de Balexert et la bibliothèque de Châtelaine (le long du chemin de Maisonneuve).

Du vendredi 29 novembre au dimanche 1er décembre, en continu (les oeuvres seront illuminées en soirée).

Le site de l’artiste: http://filthyluker.org
Sur le site de Vernier: http://www.vernier.ch/fr/actualites/evenements/?action=sh...

Organisation: 42(prod)

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26/11/2013

Triste trait

bitstrips-un-lendemain-de-soiree-assez-particulier-en-version-bd_137213_w460.jpgVous avez toujours rêvé d'être un héros de bande dessinée? Voilà que Facebook vous offre cette possibilité -au moins celui de votre propre vie telle que vous l'imaginez- avec la nouvelle application Bitstrips. Vous créez votre avatar, au plus proche de votre physique, quelques rides et kilos en moins (on ne va pas se priver de s'améliorer un peu à bon compte). Puis vous choisissez parmi un certain nombre de situations formatées, dans lesquelles votre visage et ceux de vos amis donnent vie aux personnages. Vous ajoutez des dialogues, une légende dans laquelle vous parlez de vous à la troisième personne, et le tour est joué. Vous voilà effectivement héros de bande dessinée. 

Le trait est grossier, les couleurs trop vives, et les décors forcément très américains, mais qu'importe, en une case, vous partagez d'une façon "sympathique" votre humeur ou votre journée. A priori, tout cela n'est pas bien méchant, et ne fait de mal à personne, sinon à votre flux Facebook, envahi d'avatars aux traits déformés ou figés. Mais franchement? C'est très moche, et à mon sens sans aucun intérêt. Du statut Facebook "j'ai mangé une pomme", on passe à "Regardez-moi, mal dessiné, manger une pomme". Bitstrips donne l'illusion de la créativité et de l'humour, mais le tout est tellement prémâché que cela en devient dérangeant. 

Même si nos "amis" réussissent à créer de avatars plus ou moins ressemblants, je ne peux m'empêcher d'y voir une uniformisation de la pensée, et de la façon de la régurgiter. Après les "panneaux" de pensées profondes et de citations célèbres évitant à celui qui les partage le côté fastidieux de la retranscription et de la réflexion personnelle, on atteint avec Bitstrips le sommet de l'ennui. Car la multiplication des publications et photos de profils en Bitstrips finit très vite par lasser. Alors oui, ceux qui me trouveront pète-sec diront que je peux facilement masquer complètement l'application, soit (c'est déjà fait), mais les photos de profils en BD nous restent imposées. 

Cette mode de l'auto-BD a déjà convaincu, paraît-il, plus de 20 millions d'utilisateurs dans le monde. Des millions de petits personnages-marionnettes aux traits trop lisses et aux corps trop raides évoluant dans des situations inintéressantes au possible, au bureau, à l'école, à la maison. Ils font leur lessive ou la cuisine, regardent des photos de chats sur Internet (vous voyez la mise en abîme, là?), mangent, dorment, et j'en passe.

En plus, je ne sais pas vous, mais à moi, avec leurs grands yeux vides de toute expression, ils me font un peu peur les avatars Bitstrips… Vivement que cette mode du moment passe, même si, à n'en pas douter, elle sera bientôt remplacée par d'autres applications facilitant soi-disant le partage de ses émotions et expériences, de façon (toujours, c'est important) "ludique".

facebook,bitstrips

23/11/2013

Coupes de saison

04-secheron-aGRANDCHAMP.jpgAprès les menaces qui ont pesé l'automne dernier sur les budgets culturels, c'est aujourd'hui tout un pan de la politique sociale qui est remis en question dans le projet de budget 2014 de la Ville de Genève. Comme beaucoup, j'ai appris avec stupéfaction la décision de la commission des finances du conseil municipal de supprimer les 49 postes des unités d’actions communautaires (UAC), des Espaces de Quartiers ainsi que du service Agenda 21. 

Nécessaires à la politique de cohésion sociale et au développement durable de la Ville de Genève, il est difficile de concevoir comment ces services peuvent ne pas faire sens au niveau municipal, étant donné qu'il n'existe pas d’équivalent au niveau cantonal. Ils contribuent d’une administration municipale accessible et ouverte sur le quartier, et leur suppression serait un réel manque pour les habitant-e-s de la Ville de Genève. 

Attachée aux valeurs d’égalité homme/femme, de proximité et de développement durable, je regrette personnellement que la Ville de Genève ne se veuille plus vectrice de ces valeurs essentielles, tant pour les citoyen-ne-s d'aujourd’hui que pour les générations futures. Si cet amendement devait être accepté par le Conseil municipal, outre la perte de 49 emplois, cela entrainerait de graves conséquences pour la Ville:

- Affaiblissement et isolement de la Ville de Genève dans les réseaux internationaux;

- Rupture d’un lien direct entre les habitant-e-s et l’Administration municipale (fin des Contrats de quartiers: Grottes, St-Gervais - Seujet – Voltaire, Pâquis);

- Arrêt du soutien à l'économie et à l’agriculture de proximité;

- Perte d’actions de sensibilisation en faveur du développement durable;

- Perte d’un moyen de transmettre les problèmes des quartiers à l’Administration;

- Fin d’actions en faveur de l’égalité entre femmes et hommes;

- Fin du soutien aux habitant-e-s dans leurs démarches de réappropriation des lieux publics (Parc de Geisendorf, Parc des Délices);

- Vie de quartier péjorée par la disparition de lieux d’échanges, de rencontres et de contacts tels que les Espaces de quartier Sécheron et 99;

- Disparition de locaux mis gratuitement à disposition d’habitant-e-s (jeunes, personnes âgées, etc.) et d'associations;

- Fin du soutien aux associations œuvrant pour l’égalité, la diversité, l’intégration, l’économie sociale et solidaire et le développement durable;

- Perte de soutien aux personnes isolées et du lien tissé avec les autres institutions du quartier;

- Renoncement de la Ville de Genève aux engagements pris en termes de développement durable et de droits humains (Engagements d’Aalborg, Charte Européenne des Droits de l'Homme dans la Ville, Charte européenne pour l'égalité des femmes et des hommes dans la vie locale, Charte de la diversité, etc.)

Comme si cela ne suffisait pas, les coupes suivantes ont aussi été effectuées. Elles  portent atteinte directement aux prestations des habitant-e-s. Coupe de 6% linéaire sur les mandats de prestation pour un montant de 12.5 millions. Coupe d’1 million de franc dans la formation et les ressources humaines. Coupe de CHF 100’000.- destinée à des projets transfrontaliers. Il faut donc s’attendre à une : 

- Diminution de la capacité d'organiser l'animation dans les bibliothèques municipales
- Diminution des moyens d'acquisition pour les bibliothèques municipales
- Diminution des moyens des écoles de sport
- Diminution de la capacité d'entretien du matériel sportif courant
- Réduction importante des moyens destinés aux expositions temporaires dans les institutions dans les musées.
- Défaut de surveillance du patrimoine culturel

Venez manifester le lundi 25 novembre à 16h30 (devant les canons de la vieille-ville), date à laquelle se tiendra la dernière séance du Conseil municipal avant le vote du budget.

Photo: Espace de quartier Sécheron

21/11/2013

Chronique d'une journée aux Urgences

hug_zoom945.jpgSept heures. C'est le temps qu'il m'a fallu pour lire deux livres entiers, aux Urgences des HUG, en attendant patiemment qu'on me dise que je n'étais pas en train de mourir d'un AVC. Cela faisait plus de 10 ans que je n'avais pas mis les pieds dans ce service où se côtoient la souffrance, la misère, l'inquiétude, ou simplement le besoin d'attention. 

A l'entrée déjà, le cadre est posé. Vous faites la queue, debout, en attendant de raconter vos petits bobos, ou vos vrais malheurs. Comme la réception est à quelques mètres seulement de l'entrée, la file s'étire et se tord pour ne pas se retrouver happée par la porte tournante automatique. Chancelante et prise de vertiges, vous vous demandez pourquoi on ne pourrait pas imaginer -soyons fous- un automate qui cracherait des numéros, et qui permettrait de s'asseoir en attendant son tour. Mais ce concept (ô combien révolutionnaire) n'a pas encore franchi le seuil de l'hôpital. Dans 20 ans, peut-être, quand il aura bien fait ses preuves ailleurs, à la Poste, aux guichets des TPG ou à ceux des CFF. En vous faisant ces réflexions audacieuses et créatives, vous avancez tout de même, à petit pas, vers la prise en charge. Non, pardon, pas encore. Vers le dispatching qui va vous trier selon la gravité de votre cas. 

Au bout de 30 minutes d'attente sur vos deux pattes peu fiables, l'infirmière vous hèle d'un "Suivant!" très réconfortant et chaleureux. Vous avez mal ici, vous avez mal là, tout est noté. Puis vous attendez, encore, cette fois affalée dans un coin sur une chaise roulante, l'inscription administrative. Après avoir décliné votre identité, assurance et domicile d'une voix chevrotante, cartes à l'appui, vous voilà sommée de suivre la ligne orange. Enfin! Si on vous attribue la couleur orange, c'est que votre cas va être traité rapidement, vous dites-vous, pleine d'espoir. L'orange n'est-il pas la couleur du danger? Comme vous vous imaginez en train de saigner du cerveau depuis votre arrivée, vous vous sentez enfin comprise. 

Vous suivez donc la ligne orange, un petit bracelet autour du poignet. Ca y est, vous êtes dans le système, fichée… Vous existez en tant que malade à l'article de la mort (selon vous). Mais au bout de la fameuse ligne orange, vous ne trouvez pas le paradis. Juste un couloir, avec des fauteuils. Ils sont tous occupés, certains malades en occupant même deux, endormis ou tendus dans la douleur. Tous ont l'air fossilisés. Après une heure d'attente, debout, puis de guerre lasse assise à même le sol, à regarder de jeunes internes passer et repasser sans vous jeter un regard, vous avez compris. Vous êtes là pour longtemps, très longtemps. Pour tenter de distraire votre esprit de ce possible AVC en train d'inonder votre cerveau, vous sortez votre liseuse, pensant avancer d'un chapitre ou deux dans votre dernier bouquin en cours. 

Quand vous arrivez à la dernière page, deux heures plus tard, votre nom résonne enfin dans le couloir. On vous appelle, on va s'occuper de vous! Tout de même, à Genève en 2013, on ne va pas vous laisser mourir seule dans un couloir sous des néons blafards! On vous parque dans un box, où vous attendez encore une bonne trentaine de minutes en comptant les trous du faux plafond. Le jeune interne qui finit par arriver n'a pas encore réussi à faire pousser sa barbe, mais il semble fier de sa blouse blanche (il doit la porter depuis hier, vous dites-vous). Après quelques questions dont les réponses semblent le laisser perplexe et des jeux amusants à se toucher le nez, marcher sur une ligne invisible et suivre un stylo des yeux, il décide de vous confier à une neurologue. 

De nouveau 30 minutes à compter cette fois les failles du mur. Puis une jeune femme blonde à l'accent allemand vous repose les mêmes questions et souhaite vous faire repasser les mêmes tests. "J'ai déjà tout dit à votre collègue, c'est écrit dans le dossier bleu, là", osez-vous avancer, avant de vous taire et d'obtempérer sous la menace d'un regard noir. 

Pour vous punir de votre effronterie, on vous renvoie à nouveau dans le couloir encombré. "Non! Pas dans le couloir de la mort!", criez-vous intérieurement, un brin hypocondriaque tout de même. Pendant les deux heures qui suivent, vous entamez votre deuxième bouquin. Votre liseuse électronique et son immense bibliothèque intégrée est votre meilleure amie, surtout depuis que votre téléphone portable est mort (le lâche). Vous ne pouvez même pas vous apitoyer sur votre sort sur votre profil Facebook et susciter de la compassion virtuelle. Vous êtes malade, vous êtes seule, et vous attendez. Jamais le mot "patient" n'a eu pour vous autant de sens. 

Vous êtes arrivée à midi, il est maintenant 18h30, et toujours rien. On vous ignore royalement, vous et votre terrible AVC en puissance. Sur une impulsion, vous vous emparez de votre manteau, foncez à la réception de la "zone orange", et déclarez que vous vous en allez. Vous avez faim, vous avez des choses à faire, et puis c'est tout (et vous avez envie de fumer une cigarette, mais chut). Autant mourir à l'air libre, ou à la maison, si vous arrivez jusque-là. Ah, votre coup de gueule déclenche enfin un appel téléphonique pour vous faire passer un scanner. Miracle!

A 19h30, vous voilà enfin libre. Au milieu de la rotonde, vous inspirez, et vous allumez cette cigarette dont vous rêvez depuis 7 heures. Avec pour seul bagage un "anévrisme sentinelle pas complètement écarté", vous marchez la tête haute, espérant ne pas avoir à revenir aux Urgences avant très longtemps. En reconnaissant toutefois que, même s'il vous a fallu poireauter pendant presque une journée entière, vous avez pu avoir accès à un médecin, un neurologue et un scanner. En arrachant votre bracelet en plastique, vous vous dites que vous avez de la chance, après tout.