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21/06/2014

20 futurs graphistes sur le carreau

20140621_185406_1.jpgJe me souviens de la joie de mes deux garçons il y a quelques années, quand, après un examen assez rude, ils avaient été tous deux admis au CFPAA (Centre de Formation Professionnelle en Arts Appliqués, anciennement les "Arts déco"). L'un en graphisme, l'autre deux ans plus tard en multimédia. Leurs rentrées respectives s'annonçaient passionnantes et ils ont passé l'été tous légers, ayant hâte de commencer. 

Aujourd'hui, ce sont 20 futurs élèves en graphisme, ayant réussi l'examen, qui sont soudain laissés sur le carreau par la Direction générale de l'enseignement secondaire. De deux classes, le DIP a abruptement décidé de passer à une seule, sans explications ni concertation avec les enseignants. On imagine l'immense déception de ces jeunes. Ils n'ont plus le temps de trouver une place d'apprentissage en graphisme (elles sont de plus très limitées), alors que vont-ils faire l'année scolaire prochaine? Quel impact ce rejet soudain aura-t-il sur leur motivation, leur confiance en eux-mêmes? 

L'argument que fait valoir la Direction générale, exprimé par voie de presse le 17 juin dernier, concerne la nécessité de ne pas former de jeunes nouveaux chômeurs dans un métier saturé à Genève. Comment le DIP peut-il déjà évaluer l'offre de places de graphistes dans le canton dans 4 ans, date de la fin de la formation des jeunes lésés? Mystère. N'envisage-t-il pas que certains jeunes diplômés puissent avoir envie, une fois leur CFC ou matu pro en poche, de voir d'autres horizons que ceux, étriqués, du canton de Genève? 

Petit espoir pour ces élèves: l'association des enseignants du CFPAA Genève (AEAA) se bat aujourd'hui pour sauver cette deuxième classe de graphisme. Le 5 juin, M. Sylvain Rudaz, Directeur général de l'enseignement secondaire II, interpellé par l'AEAA, recevait une délégation de représentants du corps enseignant qui lui a exprimé son désaccord quant à cette décision prise sans concertation, sans examen minutieux et complet de la situation de la formation professionnelle, désaccord soutenu par une pétition qui a récolté en 4 jours près de 900 signatures. 

L'AEAA a également récemment interpellé Madame Anne Emery Torracinta, Conseillère d'Etat chargée du DIP, pour la prier "d'étudier en détail la problématique soulevée, de revenir sur la décision de la Direction générale et de prononcer à tout le moins un moratoire d'une année, afin de pouvoir procéder durant ce laps de temps à une analyse documentée. Prononcer un moratoire présenterait l'avantage de ne pas prétériter une vingtaine de jeunes motivés qui ont réussi le concours d'entrée au CFPAA, d'autant plus que 55 dossiers ont été qualifiés par un collège d'experts sur 147 candidatures, ceci avant que la décision de la Direction générale ne soit prise et ne fasse l’effet d’un couperet" (extrait du communiqué des enseignants, publié sur une page Facebook de soutien).

Même si on peut éventuellement comprendre la politique à moyen terme du DIP de ne pas former trop de jeunes pour une profession déjà saturée, la décision a été prise au pire moment, sans anticipation. Pourquoi leur faire passer l'examen, et les admettre, pour les rejeter en juin? Pourquoi ne pas attendre la rentrée 2015 pour appliquer cette mesure? Ou la prendre plus en amont, bien avant le passage de l'examen d'entrée, en communiquant sur le fait que seule une classe sera ouverte à la rentrée? 

L'association des enseignants mettra en place une action symbolique lors de la journée des inscriptions définitives, le jeudi 26 juin 2014 à 14h00 dans les locaux du bâtiment principal du CFPAA, rue Necker 2 à Genève. En espérant qu'une solution pourra être trouvée pour éviter à ces jeunes de devoir probablement effectuer leur rentrée à l'Ecole de Culture Générale (ECG), au lieu de commencer leur formation dans le métier qu'ils avaient choisi. 

Illustration: Loïc Sutter

Commentaires

Ce post montre à quel point Madame, la vision de la Suisse est étriquée. Tout en voulant absolument faire partie de l'UE, elle refuse aux étudiants ne serait-ce que la simple idée qu'un jour, ils puissent aller exercer leur métier ailleurs.

Or, faire un métier que l'on aime, c'est rendre beaucoup de gens heureux, y compris soi-même. C'est la garantie d'un travail bien fait, avec talent, prédispositions, conscience.

Technocrates, derrière un bureau, n'ayant aucune connaissance de ce qu'ils traitent, du terrain, de la réalité, semble être le seul métier d'actualité et d'avenir.

Ceux-ci décident de tout ce qu'ils ne connaissent pas. Même de la vie ou de la mort.

Écrit par : Jmemêledetout | 21/06/2014

Il me paraîtrait judicieux de garder les 20 jeunes sélectionnés pour cettte année et de prendre le temps de réfléchir pour l'année prochaine. Une décision hâtive ne peut être une bonne décision et le oui de départ devrait rester un oui, me semble-t'il.

Écrit par : Amiet Myriam | 22/06/2014

@ Amiet Myriam. Si ce n'est pas le cas, nous aurons, une fois pour toutes, l'image de la politique que notre Conseillère d'Etat va défendre pendant son mandat.
En effet: si la DGSE2 impose des directives aussi injustes (et à mon avis, attaquables en justice, mais c'est un autre débat) que celle-là, au prétexte d'économies, on peut appeler ça une faute administrative. Si LE responsable exécutif la confirme, on peut l'appeler ça un choix politique.
On va voir.
Si j'étais le parent d'un ces enfants, j'aurais déjà engagé une procédure : on ne confirme pas une inscription puis on retire cette confirmation de façon soudaine et a posteriori. Cela s'appelle une rupture de contrat .

Écrit par : MM | 23/06/2014

Oui, mais voilà, les contrats n'avaient pas encore été signés!

Écrit par : Catherine Armand | 23/06/2014

Même si le contrat d'école n'est pas signé, il y a un contrat moral.

Ils sont tous mineurs (j'imagine), et le DIP a rendu récemment obligatoire l'accueil des élèves jusqu'à 18 ans inclus. Même ceux qui redoublent encore et encore.
Là, Il laisse sur le carreau 20 d'entre eux au mois de juin, alors que toutes les pré inscriptions sont déjà bouclées dans les établissements du post obligatoire.

Écrit par : MM | 23/06/2014

Issue heureuse!!!

Le courrier 24.6.14

"La fermeture d’une classe de graphisme suspendue
MARDI 24 JUIN 2014
Rachad Armanios
FORMATION • L’Etat maintient deux classes de graphisme pour la rentrée. Anne Emery-Torracinta répond favorablement à la demande d’un moratoire.

La cheffe de l’Instruction publique Anne Emery-Torracinta sursoit à la fermeture – pour la rentrée 2014- d’une classe de graphistes au Centre de formation professionnelle Arts appliqués (ancienne Ecole des arts décoratifs). Elle répond ainsi favorablement à la demande d’un moratoire émanant de l’association des enseignants de cette école, qui avait réuni dans une pétition 900 signatures contre le maintien d’une seule classe pour l’année prochaine.

Selon la Direction générale de l’enseignement postobligatoire, cette mesure était nécessaire au vu du peu de débouchés dans cette branche. Dans un courrier aux collaborateurs de l’école, Anne Emery-Torracinta prévient toutefois que sa décision «ne préjuge en rien du nombre de classes qui sera décidé pour la suite».

Davantage d’informations dans notre édition de mercredi."

http://www.lecourrier.ch/node/121992

Écrit par : Catherine Armand | 24/06/2014

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