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20/07/2014

Le trou de la serrure

FacebookJe ne te connais pas, tu ne me connais pas.

Le lien virtuel est ténu, pour ne pas dire inexistant. Je suis un nom et un visage figé parmi des centaines d'autres, et tes publications apparaissent parfois par hasard sur mon mur Facebook. Je ne suis pas ton amie, je n'ai aucun conseil à te donner, et pourtant je te tutoie. Car ton nom qui passe dans ce flux incessant fait partie, dans une moindre mesure, de ma vie virtuelle. Au gré de tes coups de gueule et de tes états d'âme, tu m'as donné de quoi te connaître un peu, ou en tout cas de connaître ce que tu veux bien montrer de toi. 

Et c'est là le noeud du problème. Pourquoi partages-tu avec moi, et les autres, des choses qui devraient rester de l'ordre de l'intime? Tu as le coeur brisé, et tu le cries. Tu ne sais pas que je suis là, mais je t'entends. Ou plutôt je te lis. Les détails affluent au gré des commentaires. Je pourrais être assise à côté de toi dans le bus, et t'entendre malgré moi raconter ta rupture au téléphone à ta meilleure amie. J'en serais tout aussi gênée, mais au moins je n'entendrais pas les réponses. Là, je vois tout, je sais tout. Tes doutes sur ta capacité à être aimée, le manque de dialogue, l'incompréhension suite à son départ, tes résolutions manifestées sous l'emprise de la colère, les réactions outrées ou rassurantes à ton égard, les conseils qui partent dans tous les sens, les petits coeurs qu'on t'envoie pour te consoler. Tout. 

Tu as volontairement, par ta publication et tes réponses de plus en précises aux nombreux commentaires, impliqué des inconnu-e-s dans ta souffrance. Elle m'a sauté au visage en ce dimanche cotonneux sans que je puisse m'en protéger. Mais je te l'avoue, au lieu de zapper, j'ai lu. J'ai regardé par le trou de la serrure. Je m'en veux un peu de ma curiosité mal placée, certes, mais le trou est immense, et ne laisse que peu de zones d'ombres. 

Que puis-je en faire, que dois-je en faire? Ajouter ma voix (ou plutôt mes mots) à la cacophonie des conseils? Ou me taire, embarrassée de ce partage qui ne me regarde pas? J'ai choisi de te parler indirectement dans ce billet, sans te nommer. Pour te dire d'appeler tes amis, de les voir, pour qu'ils te prennent dans leurs bras et te consolent. Pour qu'ils te disent que, oui, tu peux être aimée. Moi je ne peux pas le faire, je ne te connais pas, tu ne me connais pas.

Commentaires

Magnifique texte...qui décrit parfaitement ...les pensées qui m'habitaient ces derniers temps .Oui,c'est vrai et c'est tant mieux...d'avoir la possibilité d'écrire nos états d'âmes ..sur un mur...( et nous sommes nombreux et nombreuses à le faire)... On lâche nos émotions , comme on lâche les ballons ..espérant qu'il bénéficiera d'une bonne réception .C'et vrai aussi, que de nos jours....la tristesse , la détresse , sont malheureusement plus courantes que l'inverse....et les miracles dans tous les domaines grace à ce réseau social ....ne sont plus à prouver.....et puis le bonheur ,les joies partagées ...sont un peu contagieuses...merci Catherine pour " trou de serrure"....

Écrit par : Roth Michèle | 20/07/2014

Merci pour ce super billet, ça résume les raisons qui m'ont poussés à "fermer" mon compte Facebook : au final je ne choisissais plus mes lectures, je les subissait en me demandant "mais que cherche Madame Y, quel soulagement peut apporter l'étalage d'états d'âmes sur 400 "amis"...".
Lachez cette p*tain de souris : appelez vos amis, allez boire un thé, discuter, sortez !!!

Écrit par : Mr D. | 21/07/2014

Merci Catherine pour ce magnifique témoignage.
Je lutte tous les jours pour ne pas réagir à vif lorsque je suis interpelée par certaines parutions. Il m'arrive même de publier et d'immédiatement supprimer un commentaire lorsque je me rends compte qu'il pourrait blesser quelqu'un, porter atteinte à la vie privée d'un autre ou tout simplement me porter préjudice.
Je pense ce que je pense mais n'ai pas besoin que tout le monde le sache.
Chacun ses opinions. Le plus difficile je crois c'est lorsqu'on est touché par quelque chose et que l'on se rend compte après coup que ça part en vrille, personne n'est à l'abri d'où l'importance d'être prudent dans ses publications.
Tout de bon pour la suite!

Écrit par : Gabrielle Raffini Imeri | 21/07/2014

FB, est un réseau "social", intéressant de connaître différentes opinions à son sujet.
Si un statut ne me plaît pas..ou ne m'interpelle pas..je le supprime tout simplement.Personne n'oblige personne à liker ou commenter ce dernier.Nous savons tous et toutes...que ceux et celles qui affichent une liste d'amis de plusieurs centaines ou même de milliers...voient leurs statuts commentés par un nombre restreint d'amis et toujours les mêmes.
C'est juste d'écrire qu'il faut être prudent sur nos publications..mais je reste persuadée de l'importance du rôle social que joue ce réseau .
En l'espace de deux semaines...deux amis ,es....ont écris ..." ma solitude me pèse ", tout le monde n'a pas la chance d'avoir des amis réels ...alors ....
Des lors que les statuts de vos amis fb vous pèsent , ou vous dérangent ...il est effectivement plus judicieux de fermer votre compte .

Écrit par : Roth Michèle | 21/07/2014

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