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06/02/2015

Les fluides

- Ma vie manque de fluides…

- Tu veux encore un verre de vin?

- Non, je veux dire, du sperme, de la sueur, du sang, des larmes. 

- Tu as au moins l'urine, avec ce que tu bois.

- J'ai toujours eu une vessie capricieuse et de petite contenance, c'est vrai. Mais l'urine n'est pas un fluide glorieux.

- Bon pour le sperme, tu as toujours ton mari…

- Diego? Il met toujours des capotes, il est terrorisé par les maladies vénériennes, et comme moi, par les enfants. Son sperme, je n'en ai jamais vu la couleur, quant au goût, encore moins. Avec Diego, c'est tellement propre, silencieux et sec que ce n'est même plus du sexe. Je crois que pour lui, c'est de la danse, ou un art martial, peut-être. 

- En tout cas, dès qu'on parle de sperme, avec toi, ça finit souvent dans les larmes… On ne peut pas dire que tu aies de la chance dans ce domaine.

- Des larmes, tu parles! Pleurer sur sa misérable vie amoureuse parallèle, sur son égo, ce n'est pas pleurer. C'est mouiller ses joues par principe. Je veux de vraies larmes! Tiens, comme quand quelqu'un que tu aimes meurt. Le deuil, avec ses torrents de larmes incontrôlables, ce fluide vital qui s'échappe de toi, qui te laisse vide et sèche… Voilà ce que je veux. La mort d'un être cher me fera exister! On me regardera, on me plaindra, on me consolera! 

- Avec du sperme?

- Oui, peut-être, et alors? Mais le mieux, c'est le meurtre. Je pourrais tuer Diego. Condamnée, mais repentie, je pleurerai doucement en entendant la sentence. Mais elles seront dignes, ce larmes-là, elles seront belles, on en parlera dans la presse. "Elle pleurait en quittant le tribunal", pourra-t-on lire! Je pleurerai encore dans ma cellule, pendant des années. Par petites touches, pour faire durer. 

- En parlant de meurtre, du sang, tu en répands chaque mois, non? Les règles, ça compte ou pas dans ta liste?

- Ce sang-là est un fluide mort, une déception du corps de ne pas avoir été fécondé. Il éjecte, il évacue ce qui ne sert plus à rien. Alors, non, ça ne compte pas. Ca ressemble à du sang, mais ça n'en est pas. C'est juste un déchet organique. Un flot sale et inutile. Il me ferait presque pleurer, tiens. Ah, ne m'en parle plus, la ménopause sera une vraie bénédiction. Enfin, mon utérus cessera de m'incommoder avec ses faux espoirs, systématiquement déçus. Il pourra faire son deuil, se taire, s'étioler. 

- Si tu avais eu un enfant, ta vie aurait été remplie de fluides divers, nourriciers, mais aussi odorants et dégoutants. Tu en serais saturée, comblée, et on n'en serait pas là! 

- Je n'en ai jamais voulu, et Diego non plus. On est deux égoïstes qui se sont trouvés. 

- Quant à la sueur, tu n'as jamais travaillé, et toi et le sport…. Remarque moi non plus. Dis, et si on allait au fitness? 

- Courir sur place? Tu n'y penses pas…  Moi j'ai envie d'aller quelque part! 

- Même pour le ménage, on a jamais transpiré, on a toujours eu quelqu'un qui nettoyait à notre place. Tu as raison, ta vie manque de fluides, et la mienne aussi. 

03/02/2015

Boîtes d’échange entre collègues: l’innovation sociale en action


20141126_151133_1.jpg« Roman policier cherche détective passionné »; « DVDs Disney cherchent petites bouilles à distraire l’après-midi »; « Boucles d’oreille cherchent jolies oreilles à habiller ». Ces petites annonces trônent comme un appel sur deux drôles de boîtes installées dans les couloirs du centre administratif des SIG (Services Industriels de Genève). Estampillées « boîtes d’échange entre collègues », elles sont à la disposition des 1’700 employés de l’entreprise genevoise. Un peu plus grandes qu’une caissette à journaux, les collaborateurs peuvent y déposer des objets dont ils n’ont plus l’usage et qui pourraient faire plaisir à un collègue au lieu de les jeter ou de les détruire. Ainsi, ces objets entament un second cycle de vie. 

Ce projet a tout d’abord vu le jour dans les rues, à destinations des habitants d’un même quartier. Lancées à Genève fin 2012 par l’association « Tako Propagande culturelle », plus de 30 boîtes d’échange entre voisins ont depuis été installées avec succès dans toute la Suisse romande. C’est sur la suggestion d’une collaboratrice s’exprimant à travers la boîte à idées interne de SIG que les toutes premières « boîtes d’échange entre collègues » ont vu le jour à l’automne 2014 dans l’entreprise. 

 « Un projet novateur très humain »

« Les objets qui sont déposés dans la boîte d’échange ont souvent une histoire. Lorsqu’on passe à proximité des boîtes à SIG on imagine l’émotion que tel livre a pu donner à son ancien propriétaire ou alors l’histoire de ce beau sac à main déposé tôt un matin. », souligne Caroline Santoro, responsable événementiel à SIG. La jeune femme a porté avec enthousiasme ce projet innovant auprès de sa direction, malgré ses craintes initiales. Comment ce concept, conçu pour l’espace public, la rue, allait-il s’adapter au monde institutionnel de l’entreprise? Que faire si du contenu inadéquat ou indésirable est déposé, alors que l’on est dans un cadre professionnel, où des clients et partenaires sont accueillis? Qui va surveiller la vie des boîtes, afin qu’elles restent propres et bien rangées? 

Toutes ces questions ont été partagées à SIG entre les trois collaboratrices qui ont œuvré pour ce projet. Quelques mois plus tard, Caroline Santoro est plus que satisfaite du résultat: «Cela a été une très bonne surprise. Dès le lendemain de l’installation des boîtes, elles étaient déjà pleines d’objets intéressants et en bon état, et elles ne désemplissent pas depuis: j’y ai vu passer des sacs à main de marques, des chaussures neuves. Mais il est vrai qu’on y trouve principalement des livres».  A sa plus grande satisfaction, les boîtes d’échange ont été immédiatement adoptées par les collaborateurs. Elles sont remplies, vidées, rangées… en bref, elles vivent en bonne autonomie. 

Un pont pour les relations inter-personnelles

Avec les boîtes d’échange entre collègues, les relations inter-personnelles s’intègrent dans la vie professionnelle: on apporte quelque chose de chez soi que l’on donne à ses collègues de travail, ou on emporte chez soi quelque chose mis à disposition par un de ses collègues. « Quand on dépose ou on choisit un objet, on donne une information sur ses goûts en matière de lecture ou de musique, ou sur ses hobbies, ses passions, ce que tout le monde n’a pas forcément envie de partager avec ses collègues spontanément», souligne Caroline Santoro. C’est pourquoi les boites d’échange ont été placées dans des lieux de passage adéquats au sein de l’entreprise. Cela permet aux collabarateurs de les utiliser à leur bon gré. SIG préserve ainsi le besoin de discrétion légitime de certains collaborateurs.

Un outil de RSE

Dans le cadre d’une politique de responsabilité sociale des entreprises (RSE), les boîtes d’échange entre collègues constituent un outil de communication innovant et de marketing RH qui favorise un climat social respectueux. Elles consolident les liens de confiance et participent à faciliter la collaboration entre collègues. Adaptable et modulable dans son déploiement dans l’entreprise, autour de la boîte d’échange entre collègues peuvent se décliner les différentes mesures de stimulation de l’innovation sociale en entreprise. Un nouveau sentiment d’appartenance prend forme autour des opportunités d’échange, de rencontres et de plaisir à partager et créer du sens pour les valeurs de la culture de l’entreprise. 

Cet article est initialement paru dans la Revue HR Today no 6, février-mars 2015

27/07/2014

Impuissance

Gaza, Israël, guerreOn n'ose plus se plaindre de rien. Ni de la météo, ni de nos petits bobos. Tout cela devient futile, indécent, face à l'horreur. 

On n'ose pas avouer ne pas y comprendre grand chose. La désinformation et la manipulation sont partout, dans les médias, sur le net. On ne sait plus. On n'a jamais vraiment su. 

On est submergés par les publications, les indignations, les cris et les manifestations de rue de ceux qui pensent savoir. On envie leurs certitudes. 

On n'ose pas participer aux débats, de peur de dire des bêtises, ou de se faire virtuellement poignarder par un camp, ou l'autre. 

On est paralysés, tétanisés devant les images, les chiffres. Le décompte des morts est quotidien, et il nous assaille dès le saut du lit. Le chiffre du jour nous suivra partout, jusqu'au lendemain.

On se sent impuissants, et on l'est. On peut manifester, alerter son gouvernement pour qu'il agisse, pour qu'il condamne, mais n'est-il pas lui-même impuissant? 

Un frisson nous parcourt… 

Il pleut. 

Nos bobos se réveillent.

On se tait. Sur tout.

20/07/2014

Le trou de la serrure

FacebookJe ne te connais pas, tu ne me connais pas.

Le lien virtuel est ténu, pour ne pas dire inexistant. Je suis un nom et un visage figé parmi des centaines d'autres, et tes publications apparaissent parfois par hasard sur mon mur Facebook. Je ne suis pas ton amie, je n'ai aucun conseil à te donner, et pourtant je te tutoie. Car ton nom qui passe dans ce flux incessant fait partie, dans une moindre mesure, de ma vie virtuelle. Au gré de tes coups de gueule et de tes états d'âme, tu m'as donné de quoi te connaître un peu, ou en tout cas de connaître ce que tu veux bien montrer de toi. 

Et c'est là le noeud du problème. Pourquoi partages-tu avec moi, et les autres, des choses qui devraient rester de l'ordre de l'intime? Tu as le coeur brisé, et tu le cries. Tu ne sais pas que je suis là, mais je t'entends. Ou plutôt je te lis. Les détails affluent au gré des commentaires. Je pourrais être assise à côté de toi dans le bus, et t'entendre malgré moi raconter ta rupture au téléphone à ta meilleure amie. J'en serais tout aussi gênée, mais au moins je n'entendrais pas les réponses. Là, je vois tout, je sais tout. Tes doutes sur ta capacité à être aimée, le manque de dialogue, l'incompréhension suite à son départ, tes résolutions manifestées sous l'emprise de la colère, les réactions outrées ou rassurantes à ton égard, les conseils qui partent dans tous les sens, les petits coeurs qu'on t'envoie pour te consoler. Tout. 

Tu as volontairement, par ta publication et tes réponses de plus en précises aux nombreux commentaires, impliqué des inconnu-e-s dans ta souffrance. Elle m'a sauté au visage en ce dimanche cotonneux sans que je puisse m'en protéger. Mais je te l'avoue, au lieu de zapper, j'ai lu. J'ai regardé par le trou de la serrure. Je m'en veux un peu de ma curiosité mal placée, certes, mais le trou est immense, et ne laisse que peu de zones d'ombres. 

Que puis-je en faire, que dois-je en faire? Ajouter ma voix (ou plutôt mes mots) à la cacophonie des conseils? Ou me taire, embarrassée de ce partage qui ne me regarde pas? J'ai choisi de te parler indirectement dans ce billet, sans te nommer. Pour te dire d'appeler tes amis, de les voir, pour qu'ils te prennent dans leurs bras et te consolent. Pour qu'ils te disent que, oui, tu peux être aimée. Moi je ne peux pas le faire, je ne te connais pas, tu ne me connais pas.

29/04/2014

Danse urbaine impromptue

montage_cote.jpgTouch ‘n Dance ! C’est un appel à la spontanéité, à la rencontre, à de l’impromptu et aux sourires. Touch ‘n Dance, c’est de la danse dans un contexte inattendu, par celles et ceux qui sont là par hasard: les passants.

On prépare sa musique, on réunit quelques amis ou on invite les passants et la piste sera à nous le temps de notre chanson préférée. Deux interrupteurs placés de part et d’autres de la scène doivent être reliés par une chaîne humaine pour créer le contact, lancer la musique choisie, et déclencher le compte à rebours d’un cancan impromptu, d’une chorégraphie patiemment répétée ou d’une disco endiablée. Le contact crée la danse ! Alors on appelle autour de soi, on forme la chaîne et c’est parti pour un moment de danse, de plaisir collectif et complice. Un univers se crée, une bulle éphémère… Jusqu’à ce que la musique s’arrête et que l’on reforme une chaîne, encore et encore. Cette installation est totalement libre et à disposition de la population. C’est elle qui l’investit, qui la fait vivre, la fait vibrer. Elle ne fonctionne que par son appropriation par le public.

COMMENT CA MARCHE ?
On vient avec son propre lecteur mp3 ou son téléphone portable et on le branche sur le système de son. Une chaîne humaine est nécessaire pour relier physiquement les deux interrupteurs et faire passer à travers les participants un très faible courant électrique (imperceptible) qui suffira à lancer la musique.

INFOS PRATIQUES
Dates :
Jeudi 1er mai, 18:00 (inauguration) – 23:00
Vendredi 2 mai, 10:00 – 23:00
Samedi 3 mai, 10:00 – 16:00
Dimanche 4 mai, 18:00 – 22:00
Lieu : Plaine de Plainpalais, à proximité du skatepark.
Entrée libre.

UNE INITIATIVE DE DAN ACHER
Dan Acher est un « artiviste » genevois, pour qui la création de sens passe par l’émotion vécue. Focalisé sur la création de « villes heureuses » (Happy Cities), il utilise la ville comme un canevas pour créer des situations et des événements qui génèrent des expériences puissantes et participatives, qui invitent l’individu à investir le moment présent et se sortir de sa routine. Créatives et novatrices, les réalisations de Dan prennent des formes variées, comme la réunion de grandes foules avec leurs pique-niques pour des films gratuits en plein air (CinéTransat), ou l’installation de dizaines de pianos dans les rues et parcs (Jouez, je suis à vous, sur une idée originale de l’artiste anglais Luke Jerram). Parmi de nombreux autres projets participatifs, Il est aussi à l’origine des hordes de joueurs essayant d’échapper à l’apocalypse annuelle zombie (« Don’t Be Zombies ! ») et des « Boîtes d’échanges entre voisins » qui créent d’innombrables rencontres entre étrangers.