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27/01/2014

Une nouvelle nuisance: le clubbing d’altitude

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Pour convaincre les jeunes adultes de se remettre aux sports d'hiver, certaines stations, en France comme en Suisse, ont trouvé la solution: transformer les terrasses de leurs bars d'altitude et le bas de leurs pistes en boîtes de nuit à ciel ouvert.

La neige se faisant plus rare et la crise aidant, le nombre de skieurs, qui était en forte progression depuis 30 ans, est en train de stagner, et a même drastiquement diminué en ce qui concerne les jeunes (-30% en dix ans). Attirer une nouvelle clientèle, pour les grands domaines qui ont fait des investissements lourds, est parfois devenu une question de survie. 



Eh oui, il faut divertir, occuper, proposer des activités "fun". Les jeunes ne vont pas à la montagne pour y trouver de la tranquillité et y entendre les marmottes, mais pour s'y amuser. Partout, sur les pistes comme au bas de ces dernières, on est assailli par la musique techno et entouré de jeunes fêtards déchaînés. Les bars extérieurs avec plancher pour danser y sont devenus monnaie courante, tout comme les "Snow parcs" envahis de décibels agressifs dont les basses se diffusent sur toutes les pistes attenantes. En haut, on boit (beaucoup), puis c'est le ballet des motoneiges et des pisteurs pour redescendre les skieurs avinés, devenus dangereux sur les pistes. En bas, les after se prolongent, et ça hurle jusqu'à point d'heure dans les rues des stations.

Skieurs alcoolisés

Certains grands domaines skiables sont même devenus de véritables parcs d'attraction. Pour exemple, la "Folie douce", un célèbre bar d'altitude de Val Thorens (www.lafoliedouce-valthorens.com), où se déroulent d'immenses after ski parties quotidiennes avec DJS stars, dancefloor, musique à fond, alcool coulant à flots, et jolies filles en petite tenue. Ce concept connaît un tel succès depuis quelques années qu'il a même essaimé sous forme de franchises dans d'autres grandes stations comme Méribel ou Val d'Isère. Et après les fiestas, c'est une mer de canettes, verres et mégots digne des plus grands festivals qui témoigne de la folie techno de la journée.

Conséquence directe de cette nouvelle façon d'envisager les sports d'hiver? Une nette augmentation de skieurs alcoolisés sur les pistes, avec chaque année, en France comme en Suisse, des hypothermies ou des accidents graves lors des retours en station, dus à la consommation d'alcool et de cannabis. Le Bureau de prévention des accidents (BPA) s'inquiète d'ailleurs de ce phénomène et de la multiplication des bars sur les pistes, sachant qu'une grande majorité des skieurs se rend dans les stations en voiture.

Mais il est vrai que cette tendance concerne surtout les "usines à ski". Pour éviter ces lieux de clubbing et de beuverie d'altitude, il suffit de privilégier des stations plus familiales et plus tranquilles (car heureusement, il en reste encore). D'ailleurs, dorénavant, j'irai batifoler dans la neige à La Fouly. Trois télécabines, pas de gros son, pas de folie. Juste la montagne!  

La Folie Douce de Val Thorens: 

Texte publié le 17.1.2014 sur www.bluewin.ch via ATCNA

24/01/2014

La lente agonie des buffets de gare

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Les buffets de gare sont en voie d'extinction en Suisse. Ils meurent les uns après les autres au gré des rénovations, dans l'indifférence générale. Adieu les mets de brasserie, les boiseries, l'ambiance sombre et feutrée, les banquettes en cuir usé, les peintures murales ou les hauts plafonds.

Dans la plupart des grandes villes de notre pays, les voyageurs fatigués et encombrés de valises ont perdu ces havres de paix hors du temps, remplacés par des bars-lounge, des self-service sans âme, ou des usines à hamburgers, dans lesquels on ne s'attarde qu'à contrecœur en attendant son train, résigné. Les retraités qui tapaient le carton, les ouvriers qui ouvraient leur journée à la bière ou au ballon de blanc n'osent plus trop y mettre les pieds. Ces lieux de vie et de rencontres improbables sont devenus aseptisés et impersonnels.

Avez-vous déjà bu un café dans le bistrot qui fait désormais office de buffet de gare à Genève? Le concept hybride avec sa décoration mi-italienne mi-américaine (façon route 66) laisse songeur. Il a, pour le pire, remplacé une cafétéria qui fichait déjà le bourdon. Alors, pour vous remonter le moral, allez donc faire un tour au buffet de la gare de Lausanne, encore préservé, où l'on peut déguster de la tête de veau ravigote à toute heure sur des nappes immaculées, sous l'œil attentif de serveurs aguerris magnifiquement habillés de grands tabliers blancs.

Quand par chance, dans une autre ville du pays, vos pas vous guident vers un vrai buffet à l'ancienne, prenez votre temps, savourez ce lieu peut-être lui aussi menacé d'être remplacé par une chaîne plus rentable, commandez un bœuf bourguignon ou une choucroute, et au besoin, ratez votre train. Des trains, il y en aura toujours. De vrais buffets, plus pour longtemps.

Texte publié sur www.bluewin.ch le 9.12.13 via ATCNA
Photo: Stéphane Guex-Pierre 

26/11/2013

Triste trait

bitstrips-un-lendemain-de-soiree-assez-particulier-en-version-bd_137213_w460.jpgVous avez toujours rêvé d'être un héros de bande dessinée? Voilà que Facebook vous offre cette possibilité -au moins celui de votre propre vie telle que vous l'imaginez- avec la nouvelle application Bitstrips. Vous créez votre avatar, au plus proche de votre physique, quelques rides et kilos en moins (on ne va pas se priver de s'améliorer un peu à bon compte). Puis vous choisissez parmi un certain nombre de situations formatées, dans lesquelles votre visage et ceux de vos amis donnent vie aux personnages. Vous ajoutez des dialogues, une légende dans laquelle vous parlez de vous à la troisième personne, et le tour est joué. Vous voilà effectivement héros de bande dessinée. 

Le trait est grossier, les couleurs trop vives, et les décors forcément très américains, mais qu'importe, en une case, vous partagez d'une façon "sympathique" votre humeur ou votre journée. A priori, tout cela n'est pas bien méchant, et ne fait de mal à personne, sinon à votre flux Facebook, envahi d'avatars aux traits déformés ou figés. Mais franchement? C'est très moche, et à mon sens sans aucun intérêt. Du statut Facebook "j'ai mangé une pomme", on passe à "Regardez-moi, mal dessiné, manger une pomme". Bitstrips donne l'illusion de la créativité et de l'humour, mais le tout est tellement prémâché que cela en devient dérangeant. 

Même si nos "amis" réussissent à créer de avatars plus ou moins ressemblants, je ne peux m'empêcher d'y voir une uniformisation de la pensée, et de la façon de la régurgiter. Après les "panneaux" de pensées profondes et de citations célèbres évitant à celui qui les partage le côté fastidieux de la retranscription et de la réflexion personnelle, on atteint avec Bitstrips le sommet de l'ennui. Car la multiplication des publications et photos de profils en Bitstrips finit très vite par lasser. Alors oui, ceux qui me trouveront pète-sec diront que je peux facilement masquer complètement l'application, soit (c'est déjà fait), mais les photos de profils en BD nous restent imposées. 

Cette mode de l'auto-BD a déjà convaincu, paraît-il, plus de 20 millions d'utilisateurs dans le monde. Des millions de petits personnages-marionnettes aux traits trop lisses et aux corps trop raides évoluant dans des situations inintéressantes au possible, au bureau, à l'école, à la maison. Ils font leur lessive ou la cuisine, regardent des photos de chats sur Internet (vous voyez la mise en abîme, là?), mangent, dorment, et j'en passe.

En plus, je ne sais pas vous, mais à moi, avec leurs grands yeux vides de toute expression, ils me font un peu peur les avatars Bitstrips… Vivement que cette mode du moment passe, même si, à n'en pas douter, elle sera bientôt remplacée par d'autres applications facilitant soi-disant le partage de ses émotions et expériences, de façon (toujours, c'est important) "ludique".

facebook,bitstrips

15/10/2013

La marge humaine

indemini_1_0.jpgLe récent aveu de "burn out" du comédien Thierry Meury dans la presse m'interpelle par son courage et sa sincérité. Il devrait nous permettre de nous remettre en question et nous poser toutes et tous cette question essentielle: "Et moi, est-ce que je cours le risque d'un burn out?".  Quel que soit notre domaine d'activité, ayons la lucidité de réaliser que la réponse sera, sauf si l'on s'est entièrement extrait du monde dit moderne, presque toujours "oui". 

Il est en effet de bon ton dans notre société trépidante de "poursuivre ses rêves", de "tout donner", et pas seulement au niveau professionnel. Nos vies peuvent difficilement être abordées en dilettante ou avec une certaine paresse, sous peine de se voir accusés de "ne pas faire les choses à fond", ou de "ne rien faire jusqu'au bout". Au-delà de la productivité que l'entreprise peut nous réclamer, nous nous imposons également de plus en plus d'être compétitifs dans tous les aspects de nos vies. La perfection est notre pire ennemi, et nous la nourrissons au quotidien de notre propre vitalité. 

Au-delà des enjeux professionnels, les réseaux sociaux peuvent également jouer un rôle dévastateur dans la spirale qui mène au burn out. Nos comptes Facebook, Twitter, Tumblr (et j'en passe) se doivent d'être alimentés, nourris, tels une bête féroce jamais rassasiée. Pourquoi? Parce que nos profils virtuels sont notre image donnée au monde, une image qui se doit d'être dynamique, productive, curieuse, avec des opinions, des prises de positions, des indignations, des loisirs, des amis, de bon repas, de belles vacances, des réussites professionnelles, des amours flamboyants. Ces leurres peuvent être, pour les plus fragiles d'entre-nous, des bouées qui maintiennent notre estime de nous-même à flot. 

Alors, en renonçant à des engagements et en s'éloignant pour s'offrir un espace de solitude, Thierry Meury a pris la bonne décision. Se donner du temps pour vivre, développer son imaginaire et sa créativité, ne rien faire ou même mal faire, est essentiel. Mais cela impose d'abandonner le culte des valeurs matérielles, de renoncer à certaines rentrées financières, et d'aller vers une certaine frugalité. 

On souhaite souvent à la victime de burn out de "se requinquer" et "revenir en pleine forme", c'est-à-dire de pouvoir reprendre le rythme effréné que ses engagements lui imposaient avant la "rupture". Mais comme pour un régime efficace sur le long terme, rien ne sert de s'affamer pour reprendre ensuite une alimentation riche, car le corps se "vengera" en réagissant violemment et nous entraînant dans une spirale dont il sera difficile de sortir. Oui, l'effet "yo-yo" ne touche pas seulement le corps, mais aussi l'esprit. C'est donc un changement de vie profond qui devrait s'imposer, avec de nouvelles valeurs. Savoir dire "non" ou "stop" avec comme seule justification que l'on veut se préserver, et garder du temps pour la paresse, les divagations et les errances. 

L'utopie, le rêve à atteindre, ne seraient-il pas une certaine bienveillance envers nous-mêmes et nos faiblesses? Notre éthique personnelle pourrait être de s'accorder cette "marge humaine" chère à Romain Gary, ce refuge dans lequel l'approximation est reine. Elle nous permettrait de lutter contre une société envahissante et de nous protéger contre la tentation d'une ambition dévorante. La maladresse, l'à-peu-près, le renoncement, l'abandon, ne seraient-ils pas au fond nos vraies libertés, dans le sens où ils nous accordent un espace pour exprimer notre humanité et conserver notre dignité? 

"Saboteur de l’efficacité totale et du rendement absolu, iconoclaste de la sueur et du sang érigés en système de vie, il allait faire tout son possible pour que l’homme demeurât à jamais comme un bâton dans ces roues-là. Il défendait une marge où ce qui n’avait ni rendement utilitaire ni efficacité tangible mais demeurait dans l’âme humaine comme un besoin impérissable, pût se réfugier".

Romain Gary, Les racines du ciel

Source d'inspiration (à lire absolument): "Romain Gary ou l'humanisme en fiction" de Nicolas Gelas (éditions L'Harmattan). 

04/10/2013

Au bistrot…

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- T'as voté, toi?

- Pour qu'on envoie pas l'armée aux chiottes? Ah ça oui!

- Non, je te parle de ce week-end, pour élire les Guignols qui nous gouvernent!

- Ah ouais, je me disais, il y a de plus en plus de mendiants qui tendent des prospectus… Mais au moins ils sourient. 

- Bah ils se forcent pour que tu votes pour eux…

- Mais j'ai pas bien compris, on choisit quoi? Les Maires? J'ai vu la tête de Salerno sur une affiche, mais elle ne l'est pas déjà, maire? 

- C'est pour l'Etat, pas pour la Ville. Tu ne lis pas le journal ou quoi? 

- Ben si, Le Matin, quand j'en trouve un sur une table. 

- C'est ce que je dis, tu ne lis pas le journal. Dimanche c'est pour les deux Conseils, là… Zut, je ne sais plus comment ils s'appellent. 

- Ah là où on s'envoie des verres d'eau à la figure? 

- Oui, celui-là, et l'autre, où il y a la Künzler qui fout le bordel avec les TPG. 

- Ah ben je vais voter, ils sont marrants, tous. 

- Ouais, on a bien rigolé ces dernières années, hein? 

- Mais à part ceux qui nous font rire, je ne connais personne, je choisis comment?

- Prend ceux qui ont une bonne tête sur les affiches! 

- Mais attend, tu crois que j'arrive à retenir les noms juste en voyant leurs tronches dans la rue? T'es marrant toi. 

- T'as raison, en plus j'ai regardé sur les bulletins, il n'y a pas de photos. 

- Bon, laissons-les se démerder entre eux, va. Tu reprends un ballon?