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31/08/2013

La Suisse expliquée aux étrangers, l'essentiel en quatre leçons

Leçon no 1: Le pays aux quatre langues

images.jpegVous le savez sûrement, en Suisse, on parle 4 langues officielles sur un territoire de 7 millions d’habitants: le français, l’allemand, l’italien et le romanche (qui survit péniblement dans 2 ou 3 vallées du canton des Grisons, et dont tout le monde se fout).

 Qu’est ce que cela implique au quotidien quand comme moi on habite Genève ? Rien, me direz-vous… Et pourtant tous les jours, plusieurs fois par jour, chaque suisse côtoie les autres langues nationales, au petit déjeuner, en faisant ses courses, en cuisinant, dans sa salle de bain. Car tout est écrit en trois langues (oui je vous l’ai dit, le romanche tout le monde s’en fout) sur les emballages des produits de grande consommation. Vous imaginez bien que les grands distributeurs ne vont pas fabriquer des emballages différents selon les régions pour un aussi petit pays.

J’apprends par exemple en fixant ma boîte de céréales d’un oeil vaseux au petit matin que le mot "protéine" se dit "Eiweiss" en allemand… Chouette, il faut que je m’en souvienne. Pour quoi faire? Eh bien… Si je suis invitée dans un dîner mondain zurichois, que je suis face à un beau médecin de langue allemande, et qu’on parle alimentation équilibrée… Cela pourrait changer ma vie, allez savoir (ébloui par mes connaissances en mots techniques dans sa langue, il se jette à mes pieds et me demande en mariage).

 Bon ok, je sens que ce nouveau mot ne va pas me servir à grand-chose. Mais insidieusement, pendant des années, ces petits mots allemands ou italiens présents partout sur les produits que j’achète à la Migros ou à la Coop se font une place dans mon petit cerveau, et me rendent ces langues (vaguement) familières. Quel enfant suisse n’a jamais joué à "tu me passes le lait/milch/latte s’il te plaît?".

 Ce qui ne m’a pas empêché d’imaginer 1000 façons d’assassiner Mme Bartz, ma prof d’allemand immanquablement habillée comme une serveuse de la fête de la bière de Munich.

Leçon no 2: La barrière de rösti

Swiss-Cuisine-Rosti-Recipe.jpgOn est le seul pays au monde à avoir une frontière linguistique faite de patates râpées et passées à la poêle. Cette charmante expression symbolise l’énorme fossé culturel qui existe entre les suisses romands et les suisses allemands. Et si c’est une spécialité culinaire qui a été choisie pour représenter ce mur, ça n’est pas pour rien.

 Quand le romand salive devant un bon steak grillé accompagné de frites, le suisse allemand l’émince, le noie sous une sauce brunasse souvent un peu sucrée, et l’accompagne de rösti. Quand il est en forme, le suisse allemand rajoute encore un peu de compote de pomme, de la crème fouettée, ou de la confiture. En Suisse romande, on préfère prendre le dessert après le plat principal, pas sur le plat principal. Ceci dit, c’est peut être pour ça que les Suisses allemands sont plus productifs au travail, ils expédient ainsi le repas de midi plus vite que les romands.



Si ces différences n’étaient que culinaires, on en rirait tous ensemble, suisses totos et welches, autour d’un bon verre de schnaps. Le problème, c’est qu’en Suisse, on ne fait pas que manger, on vote aussi (voir leçon 3). Et là, les résultats des votations sont souvent parfaitement délimités par la frontière linguistique sautée au beurre. A part quelques grandes villes progressistes comme Bâle ou Zürich, à toutes les initiatives auxquelles les romands disent oui (et pour lesquelles le oui semble évident), les alémaniques disent NEIN. Ce qui leur vaut le joli surnom de "Neinsager". 



Mais ne vous y méprenez pas, à part le fait qu’ils portent des chaussettes blanches avec leur costard la semaine, et des chaussettes tout court avec leurs sandales Birkenstock le week-end, les Suisses allemands ont aussi quelques qualités que je dois leur reconnaître: ce sont les champions du bio et des économies d’énergie, ils sont organisés, productifs, disciplinés. Dans les villes, la vie culturelle est souvent riche, ils sont créatifs et audacieux en matière d’architecture ou d’art. Et ils parlent presque tous le français, contrairement aux romands, dont une grande majorité fait une allergie sévère à la langue de Christoph Blocher (ainsi qu’à Christoph Blocher lui-même).

Leçon no 3: La démocratie directe

RTEmagicC_voter-05_01.jpg.jpgNous avons la chance en Suisse de pouvoir voter tout au long de l'année sur tout et n'importe quoi, au niveau fédéral, cantonal et communal. Il suffit qu'une initiative populaire recueille suffisamment de signatures pour que ce soit le "peuple souverain" qui décide, même s'il n'y comprend parfois rien au premier abord. Dès lors, deux choix s'offre à lui: faire ses devoirs et passer des heures à lire et soupeser les arguments des uns et des autres, ou faire confiance à un parti politique en suivant ses consignes de vote. Quel bonheur me direz-vous, vous avez la possibilité de rallonger la durée des vacances et de faire baisser les impôts! Eh bien, ne vous réjouissez pas trop vite: quand on demande son avis au peuple helvétique, il préfère travailler plus et payer plus. Car le Suisse, sur ce genre d'objets, est "raisonnable". Enfin, surtout les Suisses allemands (voir leçon 2).

Le revers de la médaille? La démocratie directe favorise presque toujours le repli national ou l'expression de la peur de l'autre, que ce soit en durcissant la loi sur l'asile ou en interdisant les minarets. On reçoit de jolies enveloppes environ quatre fois par an, on se triture les méninges, on met des petites croix là où ça nous semble juste, puis quand les résultats tombent, on est souvent frustrés, scandalisés, honteux pour la Suisse tout entière. Enfin, surtout les Suisses romands de gauche et ceux qui n'ont pas pris la peine de voter (et ce sont parfois les mêmes).    

Leçon no 4: Le cervelas 

2456042529_small_1.jpgVenons-en maintenant enfin à l'essentiel. Tout suisse qui se respecte a déjà grillé des cervelas au bout d'un bâton sur un feu en pleine nature, en ayant pris le soin de couper les bouts en croix pour les voir avec émerveillement se recroqueviller sous la chaleur. Le cervelas est une saucisse à la chair finement mixée pour qu'on ne sache pas ce qu'il y a dedans (la recette exacte est d'ailleurs un secret d'état, mais ça ne doit pas être loin de ce qu'on trouve dans la pâtée pour chats). Malgré sa composition douteuse, le cervelas est un plat national très apprécié et ma foi pas si mauvais au goût. 

Jusque là, vous me direz, tout va bien, vous les Suisses, mangez vos saucisses pas nettes et basta. Mais non, ça n'est pas si simple. Car le cervelas n'est pas à 100% suisse. La peau qui l'entoure est du boyau de bœuf brésilien, qui donne à notre saucisse préférée un goût particulier et une légère courbure de bon aloi. Sans ce délicat arrondi, le cervelas ne serait plus le cervelas.



Lorsque la maladie de la vache folle a fait un retour en force au Brésil il y a quelques années, la fameuse peau a été interdite d'importation et le cervelas tel qu'on le connaît a bien failli disparaître. C'est un peu de notre culture qui a été menacée. Drame national, l'économie poussait de grands cris (plus de 160 millions de cervelas vendus chaque année quand même), les politiques montaient sur leurs grands chevaux et la population était au bord de la révolution. Depuis, des boyaux alternatifs ont été trouvés, et le cervelas, apprécié tant par les romands que les alémaniques, fait toujours figure de ciment national.

26/08/2013

Sonnez les matines!

Cloche_Saint-Antoine_Murat.JPGL’occupation par une religion de l’espace sonore public jour et nuit est-elle contraire au principe de laïcité? C'est une question que j'ai eu le temps de me poser plusieurs fois, en tentant vainement de dormir dans la ville de Bulle ou dans le village d'Albeuve dans le canton de Fribourg. 

Impossible d'avoir une nuit entière de sommeil quand ces satanées cloches se mettent en branle tous les quarts d'heure entre 22h et 7h du matin. Ce "message" religieux imposé à tous est pourtant bien une véritable nuisance sonore, et un non-respect de la liberté de non-culte, qui devrait être autant respectée que celle de culte. 

Dans notre canton, les sonneries de cloches sont interdites la nuit communes de Genève, Carouge, Chêne-Bourg et Chêne-Bougeries, Dieu soit béni l'article 8 du règlement concernant la tranquillité publique. Ailleurs, on ne voit pas où est le problème, même quand les annonces des quarts d'heures et heures pleines sont doublées à 1 minute d'écart (au cas où on n'aurait pas eu le temps de bien compter les coups) ou complétées par un appel à toute volée de plusieurs minutes à 6h du matin (il y a une messe à cette heure-là, vraiment?). 

Pourtant, un peu partout en Suisse, des plaintes de riverains sont régulièrement déposées contre les sonnailles intempestives. En 2010, un habitant de Gossau (ZH) qui exigeait l’arrêt des sonneries nocturnes (il en avait compté 220 chaque nuit) a été débouté par le Tribunal Fédéral et a dû prendre à sa charge les 4'000 francs de frais de justice. «Les juges ont estimé que les décibels n’étaient pas assez forts pour changer une culture helvétique», nous informait à l'époque la presse locale. Le tribunal fédéral a estimé que "la tradition et l’intérêt général l’emportent sur l’intérêt des particuliers, et il refuse donc d’interdire les cloches durant la nuit, arguant qu’un tel arrêt vaudrait pour tout le pays".

En juin de cette année, à Douanne dans le canton de Berne, les plaintes déposées ont été balayées par une votation à main levée qui s'est tenue dans l'église incriminée, remplie pour l'occasion de paroissiens motivés à maintenir la tradition. "Je suis content d'entendre les cloches la nuit", témoignait un habitant satisfait. "Un son de cloche n'est pas un bruit", argumentait un autre. 

A Winterthur, de nombreuses plaintes ont pu enfin aboutir à un compromis intéressant: les clochers des églises catholiques du Sacré-Cœur et de Saint Joseph seront isolés dans des caissons de verre et de bois afin de réduire le bruit des sonneries. 

Il reste que les plaignants sont souvent considérés comme des "emmerdeurs" et mis au ban du village, ce qui ne facilite pas ensuite leur vie quotidienne, même avec des nuits enfin calmes. Difficile de lutter contre une tradition séculaire, malgré la forte baisse du nombre des membres des églises chrétiennes ces dernières années (selon un sondage de l'Office fédéral des affaires étrangères). 

Alors, c'est décidé, dorénavant je ne dormirai plus hors du canton sans demander au préalable à l'aubergiste qui me reçoit: "les cloches de l'église sonnent la nuit, chez vous?". Question qui risque d'avoir souvent une réponse positive, puisqu'une grande majorité des 5000 églises du pays se rappellent à notre bon souvenir 24 heures sur 24… La laïcité des nuits suisses n'est pas pour demain. 

16/08/2013

J'ai rêvé des Fêtes de Genève

Guinguette_1900.jpg

J'ai rêvé d'une bonne louche de terroir genevois avec un assortiment de spécialités du cru, de buvettes des associations et des milieux culturels plutôt que celles des boîtes de nuit et autres bars à champagne, d'expositions d'art et d'artisanat local, de bière genevoise plutôt que de pisse hollandaise, de longeole plutôt que de kebab.

J'ai rêvé d'une dose de Fête de la musique avec des groupes d'ici plutôt que des groupes de reprises d'ailleurs, de bals où l'on danse jusqu'à l'aube plutôt que de reggaeton assourdissant. 

J'ai rêvé du retour d'un joyeux corso fleuri relifté (avec des véhicules sans moteur), de guinguettes populaires sous des loupiottes de couleur plutôt que de terrasses VIP froides et guindées qui bouchent l'accès au lac. 

J'ai rêvé d'une once de suissitude façon 1er août, de jazz au cor des Alpes, de fanfares et de majorettes, de folklore en costumes, d'accordéon par une société locale.  

J'ai rêvé d'un chouïa de Fête des écoles pour faire briller les yeux des enfants, avec des animations originales au lieu de manèges désuets et bruyants, d'ateliers créatifs, de jeux participatifs et collectifs, de spectacles. 

Mais j'ai surtout rêvé de joie, de sourires, d'émerveillement, de découverte. 

Je me suis réveillée en me disant que c'était là que se retrouveraient sans doute Genevois et touristes, dans ce rêve et dans tous ceux que font aussi bon nombre d'habitants de notre canton au sujet des Fêtes de Genève. Imaginons des Fêtes vivantes, palpitantes, que nous serions fiers de présenter comme uniques et typiques de la région, une vitrine de ce que Genève peut proposer de meilleur, un patchwork de ses talents artistiques, de ses savoir-faire, de ses particularités, de ses engagements sociaux, humanitaires et culturels. 

Mettons-y et montrons-y notre coeur. 

12/08/2013

Je sais

Jean-Leon_Gerome_Pollice_Verso.jpgMieux que quiconque, je sais. Mais je ne suis pas la seule. Tout le monde semble savoir aussi ce qu'a dit une vendeuse zürichoise à une star américaine. On sait qui a tort, qui a raison, qui est coupable, et qui est innocent. On rend son verdict, et on le fait savoir, arguments fallacieux à l'appui, glânés ici ou là dans les journaux, sur Twitter, ou sur Facebook. 

La vérité nous échappe, mais peu importe, on mélange le tout et on la reconstitue, on la sculpte, on la façonne. Le buzz enfle, des clans se forment. Les langues se délient, et comme la bouche reste ouverte à remâcher sans cesse ce qu'on pense savoir, on bave. Une bave acide, inutile, mais corrosive. Les fausses certitudes, les hurlements indignés, les jugements péremptoires, les insultes à peine masquées, s'échangent avec délectation et gourmandise. Tour à tour juge et avocat de la défense, on jubile, on se gargarise de sa propre salive, et on existe. 

La vendeuse zürichoise ne dort plus la nuit, apprend-on. Elle tente de se justifier dans les mêmes journaux qui ont d'abord donné la parole à celle qui a le plus de poids. Elle se défend, mais ses mots se perdent parmi les excuses plates de l'Office national suisse du tourisme. Il ne connaît pas non plus la vérité, l'Office, mais dans le doute et par précaution, il a hâtivement baissé la culotte. Une fois la lune alignée sur le doigt qui la montre, la messe est dite. 

Dans l'autre camp, on trouve là une bonne occasion de fustiger les riches et les puissants, leur superficialité, leur vacuité. Les certitudes n'y sont pas moins fortes. Capricieuse, égocentrique, vexée de ne pas avoir été reconnue, on est tous dans la tête d'Oprah, comme si on la connaissait depuis toujours. Mais attention, c'est une femme noire, il faut donc peser ses mots, pour ne pas être taxés de racisme et de misogynie. 

Nous sommes les spectateurs de l'arène, et comme nous sommes bien nourris, comme nous avons le pain à profusion, ce genre de buzz, qu'il soit international ou local, ce sont les jeux. Nous levons ou baissons le pouce pour décider de la mise à mort virtuelle de l'une ou l'autre. La vérité, elle, tout le monde s'en fout, elle a rendu l'âme depuis longtemps. 

07/08/2013

Vacances de rêve

vacances.jpgRemplir la valise est une souffrance. Comment prévoir ce qu'on va faire, la météo, les envies soudaines de porter cette robe ou cette paire de chaussures en particulier? Faire ses bagages est une épreuve jalonnée de renoncements et de concessions, avec en ligne de mire un futur proche incertain et non maîtrisable. 

La valise est enfin bouclée (en pestant et en s'asseyant dessus pour tenter de la fermer après avoir dû en extraire une paire de bottes qui aurait pu éventuellement être utile mêmes dans les îles), les plantes arrosées (noyées même), les stores baissés, le chat casé chez la voisine, le frigo vidé et éteint (oui, on a pensé à laisser la porte entrouverte), l'alarme enclenchée. Mais on tout de même un petit pincement au coeur en tournant la clef: et si on nous cambriolait, et si nos orchidées tournaient de l'oeil? On vérifie dix fois fébrilement qu'on a bien les passeports, les billets d'avion, le mail de réservation de l'hôtel. 

Arrive le moment où il faut devenir esclave de sa montre. Le bus, le train, l'avion ne nous attendront pas. Et comme on a peur de tous les rater, on se pointe des heures à l'avance. Toujours trop tôt, pour être sûrs de ne pas stresser. Alors on boit des cafés, on vérifie l'heure, on reboit des cafés, et l'attente finit par nous stresser autant que la course évitée avec soin. 

On ne sait pas ce qu'on va trouver au bout du voyage. L'hôtel, la piscine, la plage, la demi-pension, les excursions, seront-ils à la hauteur de nos attentes et de notre investissement? Rien n'est moins sûr. Si on part à plusieurs, on a tous les mêmes angoisses, alors forcément, pour relâcher la pression, on s'engueule. Celui qui a choisi la destination et fait les réservations se ronge les ongles. On le comprend. 

On nous a vendu du rêve sur catalogue, alors on veut du rêve, et on est bien décidés à ne rien lâcher. La moindre craquelure au plafond ou robinet qui fuit dans la chambre ou la location ne seront pas tolérés. Il faut que tout soit parfait. Après tout, on les a attendues toute l'année ces vacances, on les a méritées, merde. 

Et puis, une fois sur place après un voyage forcément infernal (un bébé inconsolable, un vieux qui crache ses poumons, un lourdingue qui enchaîne les cognacs et drague les hôtesses), on rationalise. On a pas le choix. La fente dans le mur, on ne la mentionne pas, l'absence de minibar, on le passe sous silence, le matelas défoncé, on l'ignore. On est en vacances, allez, on profite!

On court le matin pour choper la bonne table pour prendre le petit déjeuner avec vue sur la mer, on court ensuite sur la plage pour choper les chaises longues les plus proches de l'eau. On se badigeonne de coco, on cuit et on recuit, une face, puis l'autre. On écarte un peu les jambes et les orteils pour bronzer partout, pour pouvoir pavaner devant les collègues de bureau, au retour, et prouver, épiderme agressé à l'appui, qu'on a passé de bonnes vacances. Que ça en valait forcément la peine. 

La situation politique et sociale instables du pays? On a rien vu, on était dans un endroit protégé et sécurisé. Même dans les yeux du personnel local, on a rien vu, ils ont été bien briefés. La moindre lueur suspecte gâcheraient nos vacances. Les beautés naturelles et architecturales? Bien sûr, on s'est intéressés, on a fait plein d'excursions, d'ailleurs les preuves… pardon, les photos sont déjà sur Instagram. C'était génial, géant, il a fait beau, on a bien mangé, l'hôtel était magnifique, on a croisé des "locaux" charmants et avenants, on a rencontré des allemands sympathiques, et on a acheté plein de babioles. 

C'était la Turquie, la Tunisie, l'Egypte… qu'importe. Les hôtels, les plages et les cocktails y sont partout les mêmes. Et puis c'était pas cher, une aubaine, une affaire. On rentre un peu tristes, des souvenirs ensoleillés et standardisés pleins la tête. 

On tourne la clef avec appréhension. La maison sent le renfermé mais ouf, on a pas été cambriolés. Le frigo s'est refermé tout seul, cultivant du moisi en notre absence. Il va falloir le laver. On se rue au supermarché avant que ça ferme, on aère, on arrose les plantes, on va récupérer le chat, on vide la valise et on met une lessive (on a pas porté la moitié de ce qu'on avait emmené, mais on lavera tout quand même, vu que le sable s'est infiltré dans les moindres recoins), on poste encore quelques photos sur Facebook pour faire envie, puis on se couche enfin sur un bon matelas, notre matelas, épuisés. Demain, boulot à 8h. Et oui, il faut bien gagner au plus vite de quoi se payer nos prochaines vacances "de rêve".