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26/11/2012

Tenez, c'est cadeau!

illusjsa2008.gifVendredi, c'était le "Black Friday" aux USA, et aujourd'hui nous avons droit au "Cyber Monday" sur internet. Deux journées de pure folie acheteuse, symptomatiques de notre société malade. Aveugles et sourds à leurs vrais besoins et désirs, des milliers de consommateurs se ruent dans les magasins dès le petit matin, pour ne surtout pas rater une bonne affaire, n'importe laquelle. A Genève rien de tel encore, mais l'effervescence anxieuse et presque agressive que l'on peut retrouver chaque année dans les rues Basses et centres commerciaux à l'approche des fêtes ne donne pas un bon signal.

Je constate que de nombreuses personnes dans mon entourage s'interrogent, se plaignent de ces obligations mercantiles, et émettent le souhait de sortir de cette spirale infernale. Pourtant peu sautent le pas. Le poids des conventions sociales autour du cadeau reste bien trop fort. Notre société nous laisse croire que notre propre valeur, et la valeur de notre relation aux autres, se reflètent dans le prix de ce que nous offrons. Ne voulant pas passer pour pingre ou peu impliqué émotionnellement, nous tombons dans le panneau et nous nous précipitons à contrecoeur dans des magasins bondés et surchauffés, plus guidés dans nos recherches par la crainte de ne pas plaire que par le désir de vraiment faire plaisir. Est-ce vraiment dans ces conditions que l'acte de donner et recevoir prend son sens? 

Et si l'on cherchait d'autres voies, d'autres idées? Il suffit parfois de ne décaler que légèrement les codes imposés, et d'accompagner le cadeau d'un partage de sa réflexion, de sa démarche… Plutôt qu'un objet de valeur, vous transmettrez ainsi vos vraies valeurs. Le temps perdu à courir dans les magasins à la recherche du "cadeau idéal"? Vos talents ou aptitudes? Des objets chéris, avec une histoire, mais négligés? Offrez-les, tout simplement. 

En ne dépensant rien:

Un livre que vous avez déjà lu, et aimé,
Une bague que vous ne portez plus,
Une écharpe encore habitée par votre parfum,
Un dessin, un poème, une photo, 
Un cahier avec toutes vos recettes de cuisine secrètes et familiales,
N'importe quel objet que vous possédez mais que vous êtes prêt à laisser vivre ailleurs. 

En dépensant peu, mais bien:

Une soirée partagée au théâtre,
Une confiture faite maison, avec une étiquette personnalisée,
Un mélange d'épices que vous avez imaginé comme on peint un tableau,
Une bonne bouteille à déguster ensemble,
N'importe quel cadeau, même modeste, qui laissera un souvenir, des sensations. 

Ce que vous avez de plus précieux, votre temps:

Une longue balade en forêt pour faire découvrir votre coin à champignons,
Un après-midi au musée, en prenant le temps, ensemble, de s'émerveiller, de s'interroger,
Une soirée à garder les enfants de vos amis, pour qu'ils puissent s'offrir un moment en tête à tête,
Vos talents de bricoleur pour des tableaux à accrocher ou une étagère à monter,
N'importe quel moment de votre vie que vous libérez, sans obligations, et surtout sans smartphone, pour être avec l'autre, ou faire quelque chose pour lui/elle. 

Leçon de morale? Peut-être, mais surtout, cri du coeur. Prenez donc ce billet comme un cadeau, il ne m'a rien coûté financièrement parlant, et j'y ai consacré un peu de mon temps. 

 

PS: J'en profite pour vous conseiller vivement la conférence que donnera Paul Ariès ce jeudi soir 29 novembre à 18h15 à Uni Mail (Salle MS 150). Le thème: Une décroissance heureuse, conviviale, et même gourmande! http://www.solidarites.ch/geneve/index.php/agenda/572-29-...

 

20/10/2012

Du bout des lèvres

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On apprend ces jours-ci dans la presse que la chirurgie esthétique du sexe féminin, déjà très pratiquée au USA et en France depuis plusieurs années, est en plein boom en Suisse Romande. On court peut-être avec du retard derrière les tendances les plus délirantes, mais on finit toujours malheureusement par les rattraper. 

L'idéal à atteindre pour les femmes ressemble donc à l'entrejambe d'une fillette de 10 ans. Avec l'épilation intégrale, la vaginoplastie et la nymphoplastie, elles n'ont plus d'excuse pour ne pas exhiber dans l'intimité un sexe lisse, un vagin serré, et des petites lèvres invisibles. L'entrejambe de Barbie sur lequel on aura dessiné un petit trait vertical, en somme. Est-ce à dire que ce sont les hommes qui tendent à imposer ce nouveau standard, et qu'ils sont tous des pédophiles réprimés? Certainement pas. Et eux-mêmes subissent d'ailleurs des pressions similaires quant à la taille de leur sexe et les performances qu'il est censé accomplir.  

En effet, beaucoup de jeunes gens (filles et garçons) ont découvert ce qu'ils croient être la sexualité via la pornographie moderne et en ont fait leur référence, par défaut. A l'aube de leurs premiers ébats, ils sont déjà saturés d'images faussées, et leurs attentes sur le plan esthétique, envers eux-mêmes ou leur partenaire, sont parfois déphasées par rapport à la réalité des corps. 

Du côté des hommes, la taille et l'apparente vitalité permanente des phallus des acteurs X ne sont faits pour les rassurer, et mettent la barre très haut quant à leurs futures prouesses au lit. Au point qu'ils en viennent à singer systématiquement les chorégraphies du porno, par exemple en pratiquant la levrette la main sur la hanche, sans réaliser que c'est principalement destiné, dans les films, à libérer le champ pour la caméra. 

En ce qui concerne les femmes, l'accès facilité à la pornographie grâce à Internet leur a jeté au visage des vulves parfaites, d'ailleurs souvent retouchées quand il s'agit de photos. Couleur uniformisée, petits boutons dus à l'épilation ou au rasage effacés, plis atténués etc. Ces images trompeuses deviennent insidieusement la norme, tout comme les seins pointant vers le plafond même quand la femme est couchée sur le dos, ou encore les comportements de soumission sexuelle, avec éjaculation faciale obligatoire en point d'orgue.  

Le boom de la nymphoplastie s'inscrit dans ce contexte de quête du corps parfait sous toutes les coutures et dans tous les recoins intimes, condition incontournable pour plaire et avoir accès à une sexualité satisfaisante. On ne peut être qu'atterré en se baladant sur les forums consacrés à cette pratique. La majorité des questions ou témoignages émanent de très jeunes filles (15 ans seulement, pour certaines). Elles y parlent de "lèvres malformées", se trouvent "répugnantes" et manifestent systématiquement de la honte, au point de refuser tout contact intime. "Après l'opération, je me suis ouverte sur le monde", dit l'une d'elle (traduction, elle a enfin osé ouvrir les cuisses). Edifiant.

Du côté des cabinets et cliniques de chirurgie esthétique, on n'hésite pas à parler d'"hypertrophie" des petites lèvres, confortant ainsi les jeunes femmes complexées dans leur croyance qu'il s'agit bien là d'une malformation. Alors que les cas de réelle hypertrophie sont finalement rares. Mais on voit mal ces chirurgiens avouer aux patientes qui les consultent que leur sexe est normal, et que plus de 50% des femmes ont les petites lèvres qui dépassent plus ou moins. 

Pourtant, la rébellion est en marche! Le site "Make love not porn" s'est lancé dans une mission d'éducation en confrontant ce qui se passe dans les films pornos à la réalité des relations sexuelles. Des danoises de tous âges exhibent leurs seins non refaits dans le cadre d'une campagne du Conseil des femmes (Kvinderadet), et le sculpteur Jamie McCartney expose 400 moulages de vulves de femmes, toutes différentes, où les petites lèvres saillantes sont nombreuses.

Montrer la réalité des relations sexuelles et des corps, sans tabou ni vulgarité, est peut-être le meilleur moyen de faire revenir sur terre ces jeunes gens complexés ou sous pression, leur faire accepter leur corps avec ses singularités, et leur permettre d'en jouir autrement que du bout des lèvres.

08/10/2012

La provocation de la chair

mac121666361389_art.jpegQue de remue-ménage médiatique pour 200 (selon l'ATS, mais 400 selon la Tribune de Genève) femmes en petite tenue dans les rues genevoises! Presque autant que lorsqu'elles ont fait la queue en sous-vêtements devant le magasin Desigual. Car oui, les femmes revendiquent le droit d'être des salopes sans susciter pour autant des envies de viol, même quand elles montrent leurs miches dans les rues basses pour s'arracher des tenues gratuites. 

Pas le même combat, certes. Mais on peut constater que la chair exposée, par des fashionistas, des Femen ou des "salopes" genevoises, intéresse toujours grandement les médias, dirigés pour la plupart par de "grands mâles blancs". La provocation de la chair fonctionne, quel que soit le message. Et les femmes en jouent. "Mon corps n'est pas une invitation" disent-elles, ce qui ne les empêchent pas de l'utiliser comme vecteur de communication, ou pour se laisser volontairement manipuler par une marque dans le cadre d'une campagne promotionnelle.

"Je suis une salope, mais pas la tienne", disent-elles aussi. Celle de qui alors? Celle de la société de consommation, souvent. Devant un magasin de fringues, en bikini sur les affiches H&M de fin d'année, ou dans les campagnes de grandes marques, dans des poses porno soft-chic. Celle du discours politique, aussi, les seins nus griffonnés de messages. 

Le slogan "Regardez-moi dans les yeux, j'ai dit les yeux" des soutiens-gorge "push up" des années 90 n'est plus d'actualité. Aujourd'hui, c'est "regardez mon corps, je l'expose car j'ai quelque chose à dire". Comme si c'était devenu le seul moyen pour les femmes de faire entendre leur voix. 

Revendiquer sa féminité et le droit de l'exprimer à sa guise, oui, certes. Mais le message passé par les "salopes" n'est-il pas confus? Elles nous démontrent qu'on peut parfaitement l'utiliser pour capter efficacement l'attention des journalistes, qui savent que les photos dénudées attireront le lectorat mâle. Avec les Femen, les fashionistas en mal de chiffons ou les "salopes", il y a des images à ne pas rater. 

Mais attention, pas touche, hein. Messieurs, on n'y pense même pas, on garde le matos au frais dans le pantalon. Car si elles montrent presque tout, c'est pour la bonne cause, et cela ne veut toujours pas dire oui.

24/04/2012

Problèmes à vendre

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Voiture rayée, lave-vaisselle en panne, clés égarées. Le tout sans débourser un centime. De petits problèmes banals, et entièrement gratuits. En dénouant les cordons de la bourse sur le site needaproblem.com, j'aurais pu y ajouter la lecture ardue du Courrier International, une journée les mains dans les ordures avec la voirie, ou même un faux problème technique en avion.

Juste au cas où je trouverais ma vie un peu vide, entre les interminables trajets TPG pour aller traîner toute la journée sur facebook à mon bureau, les mésaventures scolaires de mon fils, les bouchons en ville, la queue à la caisse de la Coop, et la triste galipette programmée du samedi soir, une fois qu'il n'y a plus rien à la télé.

De l'excitation, du sel, de l'aventure que diable! Des problèmes bien cadrés, bien maîtrisés, qui, pendant quelques instants, me feront me sentir vivante! Enfin! D'un simple clic, pourquoi ne ferais-je pas l'expérience vibrante et unique de quelque nouvel obstacle imaginé pour moi, toujours surmontable, et toujours finalement surmonté.

Car c'est bien là le noeud du problème, justement. Dans notre quotidien, nous n'avons pas la solution pour tout, et certaines petites difficultés restent insolubles, nous obligeant à reconnaître notre impuissance à influer sur le cours des choses. Il apparaît donc que la démarche de se voir soumis, puis de maîtriser, de fausses difficultés ou des défis préfabriqués procurerait une sorte d'apaisement, de contentement de soi, et éloignerait le stress généré par nos pauvres vies gâtées d'occidentaux surnourris et surprotégés.

L'autre motivation largement mise en avant par les créateurs de ce concept est l'ennui, tout simplement. Et de citer sans complexe Schopenhauer: "Le plus grand ennemi du bonheur, à l'exception de la douleur, est l'ennui". On s'adresse donc clairement à ceux qui ont l'impression que leur vie est d'un calme plus que plat.

En réalité, en se baladant sur le site, on réalise qu'en dessous d'une certaine somme, il s'agit surtout de relever des petits défis insignifiants ou loufoques. Puis de fièrement exhiber ses exploits sur internet. Jusque-là, bien que l'aspect payant se justifie peu, rien de bien méchant. On peut même faire quelque parallèle avec le projet "This week will change your life" mené en 2010 à Genève.

Mais quand il s'agit, pour de plus gros investissements (entre Fr, 500.- et Fr. 5'000.-), de se voir créer des problèmes personnalisés jouant avec le désir de remplir la vacuité supposée de notre existence, le malaise devient perceptible, et l'indécence n'est pas loin. Le manque de vraies difficultés et d'obstacles majeurs, loin de procurer un bonheur tranquille, à l'abri des guerres, de la famine, des catastrophes naturelles et autres joyeusetés qui accablent une bonne part des habitants de la planète, crée l'ennui, et la diffuse impression que notre vie n'a pas de sens.

Pour ma part, je suis bien tentée de proposer aux créateurs de ce site de lâcher Fr. 1000.- pour qu'on m'organise une journée de mendicité avec des roms dans les rues de Genève. Avec un accompagnateur (on ne sait jamais) et le costume fourni. Se sentir presque vraiment malheureux et abandonné juste quelques heures, le temps de toucher du bout du doigt (frotté à l'antiseptique après coup) la misère humaine. Puis rentrer juste à temps pour l'heure du souper et "The Voice" sur TF1. Quel frisson en perspective.

Sinon, contre rémunération, je suis aussi disposée à faire vivre une sainte journée d'horreur à n'importe qui. "Satisfaction guaranteed", comme ils disent sur le site.

"Etes-vous heureux? Vivez-vous une vie sans soucis? Comme cela peut être ennuyeux. Ce qui vous manque, c'est le contraste. Vous avez décidément besoin de problèmes à résoudre".

www.needaproblem.com

20/04/2012

Nez à nez

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Pas de passage sous la douche ce matin, pas de déodorant "fraîcheur longue durée", pas d'effluves onéreuses en flacon. De la moiteur sous les aisselles, la peau nue de tout artifice. La liberté olfactive, et un échange intense de phéromones entre le corps et le textile. A la fin de journée, la seconde peau savamment sélectionnée dans la fébrilité matinale finira dans un sac plastique.

Nous sommes ce que nous sentons, mais nous l'occultons, le cachons, l'annihilons. Notre odeur naturelle, avec ses variations, est bien trop révélatrice, elle n'a pas sa place dans les relations humaines codifiées et maîtrisées.

Mais ce soir, les odeurs animales emprisonnées seront sa signature, son identité. Elles le définiront. Enfin. Il va séduire et être séduit, et l'organe nasal sera son seul guide. Il sait que tant qu'il n'a pas senti et été senti, il ne peut pas aimer. Pas vraiment.

Son sac sera délicatement ouvert par des mains manucurées, des nez poudrés y plongeront, des poumons enserrés de dentelles se gonfleront, des cerveaux libérés de tous préjugés analyseront, et la comptatibilité chimique se révélera, peut-être. Il fera de même, à l'aveugle. Blonde ou rousse, grande ou petite, peu importe, les exhalations des peaux se choisiront.

Après? C'est une autre histoire. Mais même si elle ne dure que le temps d'un café partagé ou d'un corps à corps éphémère, ils pourront dire: Je l'ai rencontré(e) à une soirée phéromones.

http://www.pheromoneparties.com/