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23/05/2012

Pianos de rues, le retour

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Juin 2011, vous vous souvenez? Vous vous êtes levés un matin, et vous avez découvert dans les rues de votre ville des pianos posés ça et là, sans explication.

En se les appropriant, en jouant, en écoutant, en chantant, en applaudissant, de ces simples instruments sortis de leur environnement, les Genevois ont fait un événement, une rencontre, un générateur d’émotions fortes. Chaque piano s'est élevé au rang de sculpture musicale, remettant en question la notion de propriété et les règles d’utilisation et de partage de l’espace public.

Oui, c'était une provocation de les poser là, dans les rues, sans surveillance. De gros doutes planaient quant à la capacité de la population à les respecter, à ne pas les abîmer, les voler, les détruire. Mais en misant sur la confiance, en invitant le public à s’engager, à se parler, à prendre possession de l'objet exposé à tous les risques, il est devenu le leur, et le miracle a eu lieu. Pas un seul incident à relever, ni même un seul tag. Juste de merveilleuses histoires, glanées ça et là, et que, à moins d'un mois du retour de 20 pianos dans nos rues, j'ai le plaisir de partager avec vous dans ce billet.

Deux pianos, deux pianistes, deux cannes blanches

"Deux pianistes, tous deux handicapés de la vue, se sont rencontrés par hasard autour du piano au Jardin Anglais. L’un est Anglais, l’autre Suisse et ils ont une différence d’âge de plusieurs décennies. Ils ont joué des morceaux, avec un public de visiteurs japonais devant l’Horloge fleurie. Ensuite, ils ont traversé ensemble le Pont du Mont Blanc pour retrouver un piano tout seul, suspendu entre Pont et Lac. Et là, le plus jeune a joué un morceau du Clavier bien tempéré, de Johann Sébastian Bach, et son aîné a interprété des chanson de Serge Gainsbourg : Elisa et La Javanaise.  Le hasard – ou le piano – fait bien les choses".

Une nuit au Grand Théâtre

"Un homme a joué pendant 4 à 5h sans partitions, avec un sourire et une joie, un tel plaisir de partager, c'était incroyable! Il y avait une jeune femme de Barcelone qui chantait apparemment dans une chorale, une amie chanteuse, un Chilien, une Colombienne, 2 jeunes Suisses allemands, et quelques genevois. Sont également passés des jeunes collégiens, deux touristes japonais et des Siciliens. Nous étions un groupe de 8 à 10 personnes d'âges différents, de nationalités différentes. Personne ne connaissait personne, et on s'est retrouvés à chanter, à danser, de la salsa, du tango, des valses lentes... On a chanté des chansons des Beatles, de la chanson française, "Ti amo" et autres chansons italiennes à tue-tête. Cela a été un moment exceptionnel, magique, une parenthèse suspendue, à la Fellini! Un jeune a dit "je ne sais pas si vous réalisez, mais c'est unique ce qu'on vit là, c'est de l'ordre du miracle de la rencontre par le biais de la musique".

Des notes en robe de chambre

"J'ai assisté à une scène surréaliste en sortant de l'hôpital. Il y avait un petit jeune, en robe de chambre et pantoufles et... il jouait du piano! Il y avait un piano au milieu de la place, devant l'hôpital! C'était génial, un instant hors du temps!".

La Genève que l'on aime

"Nous avons vu des étudiants du conservatoire jouer devant le Grand théâtre, des junkies sur le piano devant la gare, des dealers pianoter au milieu de Plainpalais, écouté du jazz magnifique au même endroit, des concertos devant une petite foule au rond-point de Plainpalais, de superbes images un peu partout au bord du lac, des envolées lyriques aux Bains, des enfants étonnés des sons émis, de la pure beauté aux Bastions et pleins de moments de complicité, de partage, de respiration et d'espace apparaissant partout en ville... Merci à vous touTEs pour autant de beauté! C'est la Genève que l'on aime; elle est là, tout le temps. A nous de la faire jaillir plus souvent!".

Plus de témoignages sur: http//:www.jouezjesuisavous.com

 

Jouez, je suis à vous, Genève/Carouge/Onex/Vernier/Cologny, du 18 juin au 1er juillet.

Pour soutenir ce projet, et lui permettre de se pérenniser, rendez-vous sur www.tako.ch. Une opération de "crowdfunding" y est en cours.

Photo ©Laurent Guiraud

21:32 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pianos, rues, genève |  Facebook |

04/02/2012

L'invasion de l'EasyJetSet

 

Berghain3.jpegIls prennent un vol low cost comme d'autres prennent un taxi. Leur point commun? Ils vont faire la fête. Mais là où les seconds ne font que quelques kilomètres pour rejoindre un des clubs de leur ville, les premiers écument les grandes villes européennes où l'on sait s'amuser: Barcelone, Amsterdam, et surtout Berlin.

Pas fauchés mais un peu quand même, ces fêtards qui peuplent, souvent bruyamment, les vols d'EasyJet préfèrent s'offrir un aller-retour à Berlin ou Barcelone de temps en temps plutôt que de fréquenter tous les week-ends les clubs locaux, parfois peu attractifs ou hors de prix.

Ainsi, chaque fin de semaine, la compagnie aérienne transporte dans certaines grandes villes à la réputation festive des milliers de fêtards friands de techno ou d'électro, venus de toute l'Europe.

Le phénomène est tel qu'il a même un nom: l'EasyJetSet, contraction des mots EasyJet et Jet-Set. C'est dans les rues de Berlin que le néologisme a vu le jour. Il a ensuite été repris et "officialisé" par le journaliste musical Tobias Rapp, dans son livre "Lost and Sound: Berlin, Techno und der Easyjetset" paru en 2009, et qui aborde ce nouveau courant, entre analyse sociologique et reportage de terrain.

Car il faut se garder de sous-estimer cette tendance au clubbing nomade : en une dizaine d'années, l'EasyJetSetter est devenu un acteur déterminant de la culture nocturne européenne. A Berlin, ils sont aujourd'hui plus de 10'000 (selon une estimation de Tobias Rapp) à se déverser toutes les fins de semaine dans des clubs mythiques comme le Berghain ou le Tresor, sous les regards perplexes ou carrément hostiles des habitants. Mais comme le tourisme (fortement basé sur la vie nocturne) participe de façon significative à l'économie berlinoise, difficile de ne pas s'accommoder de cette tribu internationalisée de "fêtards de 72 heures".

Mais qui sont donc les EasyJetSetters? De jeunes européens branchés, avec peu d'argent mais une grande endurance, prêts à faire la fête et à se saoûler plusieurs jours durant, en se délestant si possible de tous les interdits qui leur sont imposés chez eux. Ils écument les bars et les clubs, vomissent, jettent leurs bouteilles et crient dans la rue, avant de retourner dans leurs hôtels bas de gamme pour récupérer pendant la journée. Ce ne sont pas des touristes ordinaires, ils ont peu d'intérêt pour les villes elles-mêmes, leurs monuments ou leurs musées, et ne se gênent donc pas pour mal se comporter, sachant qu'ils reprendront l'avion dès le lendemain ou le surlendemain.

On peut constater avec quelques années de recul que l’existence de l’EasyJetSet a également eu des conséquences visibles sur le développement des villes concernées. Une multitude de bars, de clubs et d'hôtels eux aussi low cost ont poussé dans certains quartiers, transformant complètement leur ambiance ou leur aspect. C'est le cas du Kreutzberg de Berlin, où les petits commerces disparaissent de plus en plus pour laisser la place à des bars lounge colonisés principalement par les jeunes étrangers en goguette.

Derrière cette évolution urbaine locale (une forme de gentrification au profit du touriste nocturne) se cache un phénomène à une échelle plus globale. Certaines villes européennes ont pris, parfois malgré elles, le rôle de "downtown" à forte densité de lieux festifs, pendant que d'autres villes (celles dont sont originaires les fêtards voyageurs) jouent le rôle des banlieues ou quartiers résidentiels où l'on rentre se coucher, en avion, après avoir fait la fête.

Combien de temps cette tendance durera-t-elle, et jusqu'où ira-t-elle? Malgré l'apport économique important de cette nouvelle forme de "sous-culture" nomade, on constate une lassitude et une inquiétude certaines des habitants et des responsables politiques de ces cités devenues des clubs géants. A terme, c'est probablement l'augmentation du prix du kérosène, et donc la disparition de l'aviation vraiment low cost, qui sonnera le glas de ces comportements perturbateurs. On assistera alors dans certaines villes européennes de taille moyenne au retour des fils prodigues et, espérons-le, à un renouveau d'une vraie vie nocturne de proximité.

04:09 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : easyjet, clubbing, europe |  Facebook |

03/02/2012

O, scandale!

 

bv000021.jpegOliviero Toscani, le photographe des campagnes choc de Benetton avait élevé la provocation au rang d'art. Censuré.

L'humoriste Stéphane Guillon fait dans l'allusion politique transparente avec "En mai 2012, Stéphane Guillon s’en va aussi", affiche de son prochain spectacle. Censuré.

Dujardin et Lellouche font dans l'humour potache et machiste sur les affiches promotionnelles du film "Les infidèles". Censurés.

Scandale, scandale et encore scandale.

Oui, mais. Avec les affiches du film "Les infidèles", pas de démarche artistique ou politique, juste de la vulgarité et du mauvais goût, certainement à l'image du film associé. Oh, ne vous méprenez pas, je défendrai toujours tout ce qui permet de se dire qu'on échappe, même pour un instant, à l'asepsie généralisée et à la morale rampante.

Mais là, la provocation est si énorme qu'on ne peut pas imaginer que ses conséquences n'aient pas été calculées. La course au buzz, passant par l'injuste censure qui permet de crier au scandale au nom de la liberté d'expression, semble évidente. Et ça marche. Une fois le lièvre levé par "plusieurs" plaintes (on ne saura pas combien il en faut pour faire frémir l’autorité de régulation professionnelle de la publicité), les esprits s'échauffent, les féministes fulminent, les libertaires contre attaquent, le net propage, le buzz grandit, l'ARPP cogite, et finalement l'afficheur anticipe et censure "à titre préventif".

La tendance naturelle des internautes à condamner à bon compte toute injustice sur les réseaux sociaux, et celle des médias à relayer la moindre micro non information (quelques plaintes contre les affiches d'un nanar sans importance) permettent un relais assuré des visuels, du titre du film et de sa date de sortie. Partout sur le net et dans les journaux, on s'offusque, et on publie.

Oh, on tente bien parfois vainement de recadrer le débat, en sommant l'opinion publique de s'indigner de choses plus vitales, comme la récurrence de l'image de la femme au foyer dans les publicités pour lessives, ou la violence du jeu Call of duty, apparemment bien plus nocif pour la jeunesse que quelques allusions sexuelles. Mais le troupeau si prévisible des féministes, journalistes, blogueurs ou forumeurs fonce tête baissée et cerveau en berne dans la brêche ouverte pour eux sans subtilité par Dujardin et Lellouche, et étrangement, aucun ne semble se sentir manipulé ou instrumentalisé par ce marketing bien huilé de la censure anticipée.

La presse en vient même à trembler pour l'Oscar, pourtant acquis d'avance, de Dujardin. Un homme en pleine ascension vers la gloire pour avoir osé le muet en 2011, si heureux en amour (il le clame dès qu'il peut), si jalousé et envié par ses pairs, se voyant transformé en martyr et symbole de la liberté d'expression bafouée, l'histoire est trop belle.

Et pourtant. Une campagne entière (même posée pour un seul jour avant d'être arrachée), peut être sacrifiée volontairement et sans regret sur l'autel de la censure, en regard de l'exposition médiatique et du buzz intenses qui ne manquent pas de suivre. L'essentiel étant qu'on en parle. Vous ne me ferez pas croire, avec le poids de Dujardin aujourd'hui dans l'industrie d'un cinéma français sous perfusion, que quoi que ce soit qui concerne l'acteur en terme de communication puisse être laissé au hasard. Trop d'enjeux, et de gros sous en jeu.

Le pire scénario finalement pour "Les infidèles" aurait été que l'appât soit boudé et que la campagne s'affiche sur les murs dans l'indifférence générale. Pourtant, je vous le dis, messieurs les "gloires montantes du cinéma français", votre comédie mineure et vos affiches lourdingues, posées ou censurées, on s'en fout. Royalement.

26/01/2012

La grande braderie

 

dyn009_original_675_450_jpeg_2567952_89021df16f15e676358a34b9a476f237.jpegOn apprend que le journal en ligne américain Huffington Post (qui s'installe en France sous la coupe d'Anne Sinclair) a décidé d'axer sa stratégie de contenu sur les blogs, sans rémunération. Ce "scandale" attise la polémique qui fait rage sur le sujet des blogueurs gratuits, ces "contributeurs zélés en mal de visibilité", dont la presse en ligne peut profiter, et parfois abuser.

La position du Huffington Post est en effet paradoxale. D'un côté, il reconnaît la valeur de ces contributions libres (en recrutant activement des blogueurs de qualité), de l'autre il refuse de la valider par un paiement ou un contrat en bonne et due forme. Est-ce à dire que leur prose est jugée assez utile pour dynamiser à bon compte une publication en ligne, mais pas assez sérieuse ni assez fiable pour être rémunérée, même modestement?

Ce système apparemment "win/win" de visibilité contre contenu, même s'il est en soi insatisfaisant et sournois, semble avoir de beaux jours devant lui, et pas seulement dans le domaine de la rédaction.

On le trouve également bien implanté dans le monde de la musique, dans lequel les artistes cherchant des lieux où se produire, et faire ainsi découvrir leur travail, se voient proposer de jouer dans des bars ou des événements (les fêtes de la musique ou les tremplins de festivals par exemple), sans aucun cachet. Ils enrichissent ainsi les programmes de ces événements ou permettent d'animer un lieu et y attirer du monde qui consomme au bar, tout en devant se considérer heureux qu'on leur offre une tribune et l'accès à un public.

Selon Eric Mettout, rédacteur en chef de Lexpress.fr, "l’échange est égal et s’il ne l’était pas, les blogueurs nous fuiraient". La même tentative de rationalisation existe du côté des programmateurs de festivals et de salles de concert. Evidemment, un artiste peut toujours choisir de jouer dans son jardin devant ses amis, ou un blogueur d'ouvrir son propre espace d'expression perdu dans les méandres du net, mal référencé. Ils ont la liberté de le faire, et de rester peu écoutés, et peu lus. Personne n'oblige les uns et les autres à diffuser leurs notes ou leurs mots sur des scènes ou des plateformes qui les prennent en otage en échange d'un peu de notoriété.

Mais, à terme, cette grande braderie ne met-elle pas en danger à la fois la profession de journaliste et celle de musicien qui tente de vivre de son art?

Lire aussi le billet de Jean-Noël Cuénod sur le même sujet

04/01/2012

Transformer sa ville!

6010_1201698756648_1053939925_626878_5781904_n.jpegLa reconnaissance des visages humains et des émotions qu'ils affichent est une des premières capacités développées par les bébés. Celle-ci reste tellement fortement ancrée que l'être humain a une tendance naturelle à identifier des visages partout. Les yeux et la bouche sont les repères que nous utilisons, et tout objet, élément naturel ou forme abstraite présentant même très vaguement les caractéristiques d'un visage (deux arrondis au-dessus d'un trou ou d'un trait horizontal) sera repéré immédiatement par notre cerveau.

Celui-ci est tellement performant dans ce domaine que des différences minimes dans la forme des "yeux" et de la "bouche" nous permettent d'un coup d'oeil de savoir si le "visage" est bienveillant ou menaçant, et d'y interpréter une émotion particulière. Qui n'a pas déjà vu un visage dans un nuage, un tronc d'arbre, sur le devant d'une voiture...

Beaucoup d'artistes pratiquant le "street art" exploitent cette disposition de notre cerveau, et deux simples petits cercles collés ou dessinés judicieusement sur le mobilier urbain peuvent donner vie à une multitude de petits personnages amusants ou inquiétants. Un moyen simple de transformer sa ville, de faire vivre l'espace urbain autrement, en lui donnant une âme... En voici quelques exemples, glanés à Genève dans le cadre du projet "This week will change your life", et ailleurs!

 

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01:12 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : street art |  Facebook |