UA-73135419-1

29/12/2011

Le Courrier déterre maladroitement Amy

 

amy.jpgA la lecture du Courrier du jour, on pourrait croire que le petit journal genevois a dégoté dans ses fonds de tiroirs une interview inédite d'Amy Winehouse. Que nenni, il s'agit en fait d'un entretien virtuel post-mortem avec la chanteuse disparue il y a quelques mois. Dérangeant. Pour ne pas dire de mauvais goût.

En tant que fidèle abonnée de ce journal, je n'ai pas l'habitude d'en critiquer le contenu, la plupart du temps hautement pertinent. De même, la forme de fausse interview de star disparue, même si éculée, est amusante en soi. Pourtant, dans ce cas précis, le quotidien, peut-être dans un souci de légèreté, a manqué de finesse, sinon de bon sens.

Sachant que ce sont les excès, et plus particulièrement l'alcool, qui ont achevé Amy, Le Courrier aurait pu par exemple éviter de faire dire à la chanteuse au sujet du club des 27:  "C’est assez sympa. On se retrouve tous les mardis soir pour discuter et boire un verre". Les fans encore éplorés apprécieront.

Amy Winehouse est morte tragiquement, et trop jeune, soit. Depuis, elle est devenue un produit marketing très lucratif, surtout en ayant eu la présence d'esprit de disparaître à quelques mois de Noël, laissant tout le temps à sa maison de disques d'inonder le marché d'idées à placer sous le sapin. Et ça n'est pas fini, on va encore nous en servir de l'Amy à foison, sous la forme de galettes d'inédits, de vidéos de concerts, d'un film, de merchandising. Et de tout ce qu'on pourra encore trouver à nous faire consommer.

Certes, Le Courrier dénonce à demi mots à travers le personnage de la chanteuse cette "marchandisation" qu'elle n'apprécierait certainement pas. Le message est louable. La forme, maladroite. Alors, de grâce, laissons Amy Winehouse là où elle est. Et évitons de mettre dans sa bouche des inepties telles que: "Un film? Ah, vous me l’apprenez. Vous savez, je n’ai pas les journaux ici".

Tant mieux, Amy, j'ai envie de dire. Vous ne perdez pas grand chose!

http://www.lecourrier.ch/une_amy_qui_vous_veut_du_bien

 

09/12/2011

Etats généraux des musées en 2012

 

Tableau___Mus_e_De_La_Marine.jpeg

Suite à ma récente note "Genève, une muséographie momifiée", Sami Kanaan confie ses projets concernant la politique muséale de la Ville de Genève.

Première parution en version courte dans le GHI du 8.12.11:  http://www.ghi.ch/node/4686

«Sans partager la sévérité de ce bilan, je confirme le besoin d'agir, aussi pour convaincre les habitantes et habitants de soutenir les projets de développement comme celui du Musée d'Art et d'Histoire», constate Sami Kanaan, conseiller administratif à la Ville de Genève.

Pour mener à bien ce vaste chantier, le patron de la culture planche sur la tenue d'Etats généraux des musées dès 2012, qui associeraient aussi les musées privés. Ces rencontres, devant impliquer aussi bien les responsables que les partenaires et les représentants des différents publics, seraient l'occasion de faire un état des lieux et de mettre en route de nouveaux projets.

En parallèle, à la demande du Conseil municipal qui a abordé le sujet en 2010, Sami Kanaan planche sur la création d'une Nuit des musées. Celle-ci proposerait notamment des expositions simultanées, des horaires d'ouverture élargis, des animations et un accueil festif. Elle pourrait être aussi l'occasion de mieux faire connaître les collections.

En attendant, la Ville renforcera son implication dans la Journée Internationale des musées, qui aura lieu simultanément dans le monde entier en mai 2012. Une bonne occasion pour Genève de s’interroger sur  « le rôle des musées au coeur d’une nouvelle société à l’heure de nouveaux médias, et de découvrir et de redécouvrir comment les musées s’intéressent à l’avenir dans une démarche de développement durable ».

Genève ayant pris un retard certain dans l’intégration des nouvelles technologies dans sa muséographie, on ne peut qu’espérer que certains conservateurs et directeurs genevois de Musées lèvent les yeux à cette occasion de leurs publications scientifiques pour s’intéresser de plus près à l’accueil de nouveaux publics, en particulier les jeunes.

Pour ma part, je rêve de voir la culture genevoise sortir de ses murs: le théâtre, la danse, la musique, mais aussi les collections des Musées. Pourquoi ne pas se laisser inspirer par le projet français de caravane itinérante du Musée Pompidou et sortir les collections des sous-sols du MAH pour les exposer dans des lieux insolites?

01/12/2011

Genève, une muséographie momifiée

 

msxt84tk.jpegDes musées-dépôts de luxe, des touristes délaissés, les sciences négligées, une muséographie d’un autre siècle, des synergies inexistantes… Le bilan de la politique muséale genevoise est alarmant. Notre ville a une décennie de retard, sinon plus. C’est le premier constat que l’on peut poser après une visite des Musées publics genevois.

Le Musée d’Arts et d’Histoire, un dépôt de luxe

La plupart des Musées publics genevois ont aujourd’hui plus une mission de conservation (pour ne pas dire stockage) et d’entretien du patrimoine qu’une vocation pédagogique ou ludique. Ils sont la mémoire de notre canton, certes, mais une mémoire figée.

Le MAH, patchwork des dons des grandes familles genevoises, en est le meilleur exemple : une superposition de collections qui ont été acceptées au fil des décennies sans véritable stratégie. Conséquence ? Les œuvres s’entassent loin des yeux du public, et les conventions passées avec les donateurs pour une exposition régulière ne peuvent pas être respectées. On propose tout et n’importe quoi à ce dépôt de luxe, et l’on se vexe quand son don est refusé, faute de place ou de pertinence.

Le projet d’agrandissement du MAH (si le complément de crédit d’étude de 2.4 Mio est accepté par le Conseil Municipal), offre un grand espoir de voir un jour ces collections enfin valorisées de façon plus aérée et plus ludique, le tout dans un environnement agréable. Il est temps que ce Musée retrouve l’esprit de son architecture d’origine tout en passant au niveau d’attractivité des grands Musées européens, et devienne un atout touristique majeur de notre Ville.

Des touristes délaissés

Les musées genevois souhaitent-ils vraiment attirer les visiteurs de passage? On peut en douter. Un touriste étranger arrivant à Genève et motivé pour faire le tour de nos musées se trouve bien emprunté. À ce jour, aucune carte récapitulative des emplacements des musées n’est à sa disposition. Le visiteur se débrouillera pour établir son propre parcours de visite, sans conseils, en suivant tant bien que mal la signalétique en place. Arrivé enfin au musée de son choix, notre touriste non-francophone se débrouillera encore pour essayer de comprendre ce qu’on lui propose. Car aucun musée public ne propose de visite guidée en plusieurs langues ou avec écouteurs. De même, les panneaux explicatifs sont rarement traduits.

Les sciences négligées

On sait que les jeunes s’intéressent de moins en moins aux filières scientifiques, trop peu valorisées. Les Musées ont là un grand rôle à jouer afin de rendre les sciences plus accessibles et compréhensibles et éveiller l’intérêt des jeunes dans leurs premier pas vers de possibles vocations. Comment ? Avec de l’action, de la démonstration, de l’expérimentation. Sans aller jusqu’à au niveau de la Villette à Paris, on peut citer le Technorama de Winterthur, petit bijou de musée interactif.

Notre pauvre Muséum d’histoire naturelle, lui, s’est calcifié et n’a pas bougé d’un pouce depuis le départ de son crocodile. Si un musée comme le British Museum a réussi avec brio son évolution vers le multimédia, ça n’est pas le cas ici. L’interactivité y est réduite au minimum. Et que dire du Musée d’histoire des sciences à la Perle du Lac ? On regarde, avec la déférence d’usage, des vitrines et des installations. On ne touche pas. On interagit peu. Certes, un effort louable est fait avec les ateliers pour enfants d’un côté et une Nuit de la science biennale de l’autre. Mais il n’empêche que l’intérêt de ces deux musées pour les nouvelles technologies 1 l’expérimentation directe reste faible.

Le Musée d’ethnographie en exemple

S’il y a une exception qui confirme la règle actuelle en matière de muséographie genevoise, il faut la chercher du côté du MEG. Avec peu de moyens et des surfaces jusque-là réduites, ce Musée a toujours su se montrer créatif avec des expositions hors du commun. De véritables installations son et lumière, du multimédia, une approche transversale, ce musée a toujours accordé une importance tant au contenu qu’aux moyens de le valoriser. Son agrandissement offre également de très belles perspectives de retrouver cet état d’esprit dans un espace qui lui laisse les coudées franches.

 

Ajout du 9.12.11: Sami Kanaan confie ses projets concernant la politique muséale de la Ville de Genève http://catherinearmand.blog.tdg.ch/archive/2011/12/09/eta...

 

19:22 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : musées, genève |  Facebook |

21/11/2011

Budget de la culture en Ville de Genève : Un coup de talon aiguille dans la fourmilière

324_moviepanking_tabspanked.jpg

Sur les conseils de mon ami Gérard Mandétune, que je soupçonne de tout faire pour ne pas avoir à supporter plus longtemps mon humeur massacrante et mes claquements de talons rageurs sur notre parquet tout neuf, j’ai décidé de calmer mes nerfs en poussant un coup de gueule au nom de tous les artistes genevois.

Leurs activités en Ville de Genève sont toujours menacées par des politicards gesticulants qui ont récemment tenté de tailler à vif dans les subventions qui les font vivre. Et cela me met autant en colère que lorsque ma route croise celle d'escarpins en vinyle rouge et qu'ils n'ont plus ma taille.

Même si les coupes proposées par certains membres de la Commission des Arts et de la culture sont aujourd’hui heureusement remises en question, Sami Kanaan a encore une fois tiré la sonnette d’alarme ce week-end au forum du RAAC : 250 millions de recettes menacées en Ville de Genève, et une Loterie Romande qui serre la vis.

Alors, chers amis, sortez ! Fréquentez les théâtres, les salles de concerts, les clubs, les cinémas indépendants, les musées, les bibliothèques ! Non seulement vous montrerez à ces arapèdes accrochés à leurs certitudes que vous tenez à la diversité de la culture genevoise, mais en plus vous aurez de la matière pour briller dans les dîners mondains.

Sortez, car en attendant, ce que j’ai à l'oeil, c’est la larme. Mais rassurez-vous, je ne porte que du mascara waterproof de dernière génération. Pas question de laisser ces gastéropodes en costard gâcher une heure de maquillage matinal.

Déborah Dinn, rédactrice masquée de la chronique "Sortez à l'oeil" du GHI

12:18 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : culture, budget, raac, genève |  Facebook |

19/11/2011

La nostalgie du transat

 

39890_1508985598627_1053939925_1449147_8280372_n.jpegTout commence par un pique-nique géant... on s’émerveille de la tarte de ses voisins, parfois on a la chance d’en goûter une tranche offerte avec le sourire, on prête ici un couteau, là un tire-bouchon. Les odeurs de grillades, de fondues nous enrobent.

La journée s’étire, la lumière change, les tensions du travail, de l’école, de la vie en ville s’estompent. Un air de bonheur simple flotte dans l’air. Il y a foule, mais chacun trouve sa place, prend ses aises. On croise toujours un ami, un voisin, un collègue, on se fait de grands signes de loin, on se salue, on se verse un verre. Du côté du lac, on s’amasse petit à petit, on attend son transat en faisant la ola.

Le Mont blanc commence à prendre une teinte orangée, signe qu’il faut commencer à s’installer, à ranger le pain, à caler la bouteille de vin bien entamée à portée de main avant de l’égarer dans la pénombre. Le ciel s’assombrit, la magie du cinéma peut commencer. Mais, soudain, une musique connue résonne, des mots commencent à défiler sur l’écran, la grand-maman à notre gauche chantonne maladroitement «New york New York», prise de court par ce karaoké surprise. La rumeur monte, chacun donne de la voix à sa manière, dans sa tête, ou à tue tête.

Puis, instant suspendu, tout devient noir autour de nous... enfin presque. La rade illuminée vit au loin, les éclairages du Musée veillent sur nous. Le film nous enveloppe, nous transporte... comme on n'est pas dans une salle, on ose réagir, on applaudit le héros, on hue le méchant, on rit, on s’exclame... Pas de «chuuut, taisez-vous» ici! On ne dérange personne, car autour de nous, tout le monde fait de même et se laisse aller à ce partage d’émotions. Une vraie expérience collective.

Quand l’écran s’éteint, on ne bouge pas tout de suite, on ne se dirige pas vers la sortie, car il n’y a pas de sortie, et on est tous encore dedans. On savoure encore un peu le confort du transat, la chaleur de sa couverture, on finit la bouteille, tranquillement. Rien ne presse, pas de salle qui doit fermer ou compter sa caisse. Car pas de caisse non plus.

On se lève à regret... les yeux brillants, on salue encore quelques amis et on s’amuse de leur sourire béat, sans réaliser qu’on arbore le même. On remballe, on range, on plie.... longer le lac jusqu’à son vélo, son bus, sa voiture offre encore un petit répit avant de retourner dans la vraie vie, alors on ne presse pas le pas.

Mais que dis-je, c’était ça, la vraie vie!

Vivement l'année prochaine.