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10/02/2013

Coupable!

url.jpegJe suis gênée. 

Bien sûr, j'apprécie d'étirer la nuit entourée d'amis sur le trottoir de la Bretelle ou du café de la Plage. Comme tout le monde, parfois je ris, je parle fort, je m'exclame. Les effets de la chaleur humaine combinée au Chardonnay bien frais me font parfois oublier que nous ne sommes pas seuls au monde. 

Car ensuite, quand on a enfin réussi à nous chasser du trottoir après avoir grapillé quelques moments supplémentaires de conversations devant les vitrines éteintes avec notre dernier verre transvasé dans un gobelet en plastique, je rentre chez moi, dans une calme et cossue commune périphérique, où aucun noctambule ne met jamais les pieds. 

Là, dans la nuit silencieuse et cotonneuse, fenêtre ouverte sur le bruissement d'un ruisseau, je m'endors le sourire aux lèvres, sans aucune pensée coupable, et sans empathie pour ceux qui continuent de subir les cris et les conversations animées, là-bas, sur les trottoirs du centre ville. Ma réalité s'est simplement déplacée, du bitume de la rue Vautier ou de la rue des Etuves, à mon cocon protégé de toute nuisance. 

Aujourd'hui, j'y repense. Combien d'habitants de ces rues ai-je involontairement agressés, exaspérés par mon insouciance? De combien d'entre eux ai-je gâché la nuit, puis par extension la journée du lendemain? Certes, les tenanciers des établissements que je fréquente ont souvent chuchoté à mon oreille, me rappelant la présence d'habitants ensommeillés. Certes, j'ai alors toujours baissé le ton… mais pendant combien de temps, avant la prochaine blague, la prochaine chanson révolutionnaire entonnée a capella? Je ne sais plus. 

Je n'ose pas m'insurger, me sachant coupable. Oui, à un moment où à un autre, j'ai été coupable d'égoïsme, d'excès d'alcool, de rire sonore. Je pourrais promettre de me faire discrète, de parler tout bas, mais n'est-il pas trop tard? Certains parmi mes bars préférés fermeront leur portes à minuit, la punition est tombée, et je la mérite, sans doute. La mort du centre ville n'est pas une fatalité pourtant, il suffirait de savoir faire preuve d'un peu de respect et d'intelligence. Si seulement ces deux qualités n'étaient pas solubles dans la boisson alcoolisée et les élans de l'amitié. 

20/12/2012

Ce n'est pas la fin du monde...

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Ce n'est pas la fin du monde… 
…Ou peut-être que si. 

Quand vous vous levez et qu'il n'y a plus de café,
quand il y a encore du café, mais plus de cigarettes. 

Quand les escarpins de vos rêves sont hors de prix,
quand ils sont en solde et qu'il n'y a plus votre taille. 

Quand vous êtes en retard alors que personne ne vous attend,
quand vous arrivez enfin et que personne ne vous remarque.

Quand vos aisselles vous trahissent quand vous levez les bras,
quand vos amis font de même et que vous les baissez. 

Quand vous craignez de le croiser sans être maquillée,
quand le maquillage coule car vous ne le croisez plus. 

Quand il est toujours trop tôt ou trop tard,
quand le bon moment ne s'est jamais présenté.

Quand vous n'aviez plus rien à vous dire, 
quand vous n'avez pourtant pas su vous taire. 

Quand vous criez mais qu'on ne vous entend pas,
quand vous courez mais n'avancez pas. 

Quand la légèreté l'emporte sur la profondeur,
quand la gravité l'emporte sur la légèreté.

Quand votre coeur s'enflamme en vain,
quand il faut l'écraser pour l'éteindre. 

C'est la fin du monde…
…Ou peut-être que non. 

26/11/2012

Tenez, c'est cadeau!

illusjsa2008.gifVendredi, c'était le "Black Friday" aux USA, et aujourd'hui nous avons droit au "Cyber Monday" sur internet. Deux journées de pure folie acheteuse, symptomatiques de notre société malade. Aveugles et sourds à leurs vrais besoins et désirs, des milliers de consommateurs se ruent dans les magasins dès le petit matin, pour ne surtout pas rater une bonne affaire, n'importe laquelle. A Genève rien de tel encore, mais l'effervescence anxieuse et presque agressive que l'on peut retrouver chaque année dans les rues Basses et centres commerciaux à l'approche des fêtes ne donne pas un bon signal.

Je constate que de nombreuses personnes dans mon entourage s'interrogent, se plaignent de ces obligations mercantiles, et émettent le souhait de sortir de cette spirale infernale. Pourtant peu sautent le pas. Le poids des conventions sociales autour du cadeau reste bien trop fort. Notre société nous laisse croire que notre propre valeur, et la valeur de notre relation aux autres, se reflètent dans le prix de ce que nous offrons. Ne voulant pas passer pour pingre ou peu impliqué émotionnellement, nous tombons dans le panneau et nous nous précipitons à contrecoeur dans des magasins bondés et surchauffés, plus guidés dans nos recherches par la crainte de ne pas plaire que par le désir de vraiment faire plaisir. Est-ce vraiment dans ces conditions que l'acte de donner et recevoir prend son sens? 

Et si l'on cherchait d'autres voies, d'autres idées? Il suffit parfois de ne décaler que légèrement les codes imposés, et d'accompagner le cadeau d'un partage de sa réflexion, de sa démarche… Plutôt qu'un objet de valeur, vous transmettrez ainsi vos vraies valeurs. Le temps perdu à courir dans les magasins à la recherche du "cadeau idéal"? Vos talents ou aptitudes? Des objets chéris, avec une histoire, mais négligés? Offrez-les, tout simplement. 

En ne dépensant rien:

Un livre que vous avez déjà lu, et aimé,
Une bague que vous ne portez plus,
Une écharpe encore habitée par votre parfum,
Un dessin, un poème, une photo, 
Un cahier avec toutes vos recettes de cuisine secrètes et familiales,
N'importe quel objet que vous possédez mais que vous êtes prêt à laisser vivre ailleurs. 

En dépensant peu, mais bien:

Une soirée partagée au théâtre,
Une confiture faite maison, avec une étiquette personnalisée,
Un mélange d'épices que vous avez imaginé comme on peint un tableau,
Une bonne bouteille à déguster ensemble,
N'importe quel cadeau, même modeste, qui laissera un souvenir, des sensations. 

Ce que vous avez de plus précieux, votre temps:

Une longue balade en forêt pour faire découvrir votre coin à champignons,
Un après-midi au musée, en prenant le temps, ensemble, de s'émerveiller, de s'interroger,
Une soirée à garder les enfants de vos amis, pour qu'ils puissent s'offrir un moment en tête à tête,
Vos talents de bricoleur pour des tableaux à accrocher ou une étagère à monter,
N'importe quel moment de votre vie que vous libérez, sans obligations, et surtout sans smartphone, pour être avec l'autre, ou faire quelque chose pour lui/elle. 

Leçon de morale? Peut-être, mais surtout, cri du coeur. Prenez donc ce billet comme un cadeau, il ne m'a rien coûté financièrement parlant, et j'y ai consacré un peu de mon temps. 

 

PS: J'en profite pour vous conseiller vivement la conférence que donnera Paul Ariès ce jeudi soir 29 novembre à 18h15 à Uni Mail (Salle MS 150). Le thème: Une décroissance heureuse, conviviale, et même gourmande! http://www.solidarites.ch/geneve/index.php/agenda/572-29-...

 

20/11/2012

Le nématodegate

CMmiQoLbyJz6ANw6EzfYYjl72eJkfbmt4t8yenImKBVaiQDB_Rd1H6kmuBWtceBJ.jpegUne lectrice de 20 Minutes, trouvant un ver dans son saumon cru, a eu l'excellent réflexe de prendre des photos et de les envoyer au journal. En étant bien évidemment disponible pour se faire interviewer au sujet de cette effroyable aventure, qui a, peut-être, mis sa vie en danger.

Qui n'a pas tremblé en lisant ce témoignage poignant: "Cela fait bizarre de se sentir peut-être habitée". "Mon Dieu", vous êtes-vous dit, "cela aurait pu m'arriver à moi!", des images du film Alien surgissant devant vos yeux. "Je surveille mes selles pour voir si on y aperçoit des traces de vers", disait encore la journaliste d'un jour en se plaignant de maux de ventre, alors que le pauvre nématode incriminé est totalement inoffensif pour l'homme. Du coup, inquiets, vous surveillez dorénavant les vôtres aussi, on ne sait jamais. 

Et croyez-moi, vous avez raison d'avoir peur. Car aujourd'hui, cette nouvelle vitale en matière de santé publique est également en Une du Matin. Ce qui est bien une preuve, s'il en est, que c'était une information importante. 

Grâce aux "lecteurs reporters" et autres "reporters mobiles" qui sévissent désormais dans presque tous les quotidiens romands, nous restons ainsi constamment à la pointe de l'actualité. Et ces "journalistes citoyens" font leur boulot avec diligence et même enthousiasme. Outre les vers grouillants, nous savons tout des feux de cave ou de scooters, des tôles froissées, des arbres tombés.

A vrai dire, qui ne voudrait pas pouvoir parader devant ses collègues de boulot le matin en brandissant le 20 Minutes: "ehhh tout le monde, je suis dans le journal!". Et peu importe si c'est pour y dire que vous inspectez vos déjections. L'essentiel étant d'y être. D'ailleurs, depuis la révélation du nématodegate, deux autres lectrices sont montées au créneau, apportant leurs propres témoignages.

Il semble ainsi clair, grâce à un journalisme de proximité extrêmement attentif et réactif, que nous sommes à l'aube d'un incident alimentaire majeur, pire que la vache folle ou la volaille tueuse. Heureusement, grâce aux efforts conjugués des journalistes citoyens et des journalistes RP, qui travaillent désormais main dans la main, nous sommes bien informés.

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20/10/2012

Du bout des lèvres

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On apprend ces jours-ci dans la presse que la chirurgie esthétique du sexe féminin, déjà très pratiquée au USA et en France depuis plusieurs années, est en plein boom en Suisse Romande. On court peut-être avec du retard derrière les tendances les plus délirantes, mais on finit toujours malheureusement par les rattraper. 

L'idéal à atteindre pour les femmes ressemble donc à l'entrejambe d'une fillette de 10 ans. Avec l'épilation intégrale, la vaginoplastie et la nymphoplastie, elles n'ont plus d'excuse pour ne pas exhiber dans l'intimité un sexe lisse, un vagin serré, et des petites lèvres invisibles. L'entrejambe de Barbie sur lequel on aura dessiné un petit trait vertical, en somme. Est-ce à dire que ce sont les hommes qui tendent à imposer ce nouveau standard, et qu'ils sont tous des pédophiles réprimés? Certainement pas. Et eux-mêmes subissent d'ailleurs des pressions similaires quant à la taille de leur sexe et les performances qu'il est censé accomplir.  

En effet, beaucoup de jeunes gens (filles et garçons) ont découvert ce qu'ils croient être la sexualité via la pornographie moderne et en ont fait leur référence, par défaut. A l'aube de leurs premiers ébats, ils sont déjà saturés d'images faussées, et leurs attentes sur le plan esthétique, envers eux-mêmes ou leur partenaire, sont parfois déphasées par rapport à la réalité des corps. 

Du côté des hommes, la taille et l'apparente vitalité permanente des phallus des acteurs X ne sont faits pour les rassurer, et mettent la barre très haut quant à leurs futures prouesses au lit. Au point qu'ils en viennent à singer systématiquement les chorégraphies du porno, par exemple en pratiquant la levrette la main sur la hanche, sans réaliser que c'est principalement destiné, dans les films, à libérer le champ pour la caméra. 

En ce qui concerne les femmes, l'accès facilité à la pornographie grâce à Internet leur a jeté au visage des vulves parfaites, d'ailleurs souvent retouchées quand il s'agit de photos. Couleur uniformisée, petits boutons dus à l'épilation ou au rasage effacés, plis atténués etc. Ces images trompeuses deviennent insidieusement la norme, tout comme les seins pointant vers le plafond même quand la femme est couchée sur le dos, ou encore les comportements de soumission sexuelle, avec éjaculation faciale obligatoire en point d'orgue.  

Le boom de la nymphoplastie s'inscrit dans ce contexte de quête du corps parfait sous toutes les coutures et dans tous les recoins intimes, condition incontournable pour plaire et avoir accès à une sexualité satisfaisante. On ne peut être qu'atterré en se baladant sur les forums consacrés à cette pratique. La majorité des questions ou témoignages émanent de très jeunes filles (15 ans seulement, pour certaines). Elles y parlent de "lèvres malformées", se trouvent "répugnantes" et manifestent systématiquement de la honte, au point de refuser tout contact intime. "Après l'opération, je me suis ouverte sur le monde", dit l'une d'elle (traduction, elle a enfin osé ouvrir les cuisses). Edifiant.

Du côté des cabinets et cliniques de chirurgie esthétique, on n'hésite pas à parler d'"hypertrophie" des petites lèvres, confortant ainsi les jeunes femmes complexées dans leur croyance qu'il s'agit bien là d'une malformation. Alors que les cas de réelle hypertrophie sont finalement rares. Mais on voit mal ces chirurgiens avouer aux patientes qui les consultent que leur sexe est normal, et que plus de 50% des femmes ont les petites lèvres qui dépassent plus ou moins. 

Pourtant, la rébellion est en marche! Le site "Make love not porn" s'est lancé dans une mission d'éducation en confrontant ce qui se passe dans les films pornos à la réalité des relations sexuelles. Des danoises de tous âges exhibent leurs seins non refaits dans le cadre d'une campagne du Conseil des femmes (Kvinderadet), et le sculpteur Jamie McCartney expose 400 moulages de vulves de femmes, toutes différentes, où les petites lèvres saillantes sont nombreuses.

Montrer la réalité des relations sexuelles et des corps, sans tabou ni vulgarité, est peut-être le meilleur moyen de faire revenir sur terre ces jeunes gens complexés ou sous pression, leur faire accepter leur corps avec ses singularités, et leur permettre d'en jouir autrement que du bout des lèvres.