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01/05/2012

Dans les choux et sur les roses

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Les blogs sont un excellent baromètre de l'air du temps... Ils sont l'écume qui remonte à la surface des préoccupations des citoyens, quand l'actualité bout. Quant aux citoyennes, c'est une autre histoire. Lorsqu'elles sont blogueuses, le classement par catégories de certaines plateformes ou annuaires de blogs, principalement français, les renvoient dans les choux. Ou plutôt sur les roses, là où elles sont censées avoir pris naissance.

Ces catégories "Femmes", censées mettre en lumière les thèmes principaux qui nous passionnent, sont éloquentes: Beauté, mode, cuisine, enfants, chirurgie esthétique, sexualité et séduction, conseils nettoyages, régimes, grossesse... Bref, comme le dit la baseline d'une de ces plateformes au sujet de la catégorie femmes/famille (notez le regroupement thématique): "Des conseils utiles pour les femmes qui cherchent des réponses aux questions fondamentales ou essentielles qui les préoccupent". Edifiant.

Par contre, pour trouver des blogs féminins parlant de politique, d'économie, d'actualité, ceux-ci représentant un pourcentage moindre que ceux des hommes consacrés aux mêmes sujets, c'est comme chercher un tube de rouge à lèvres au fond d'un sac à main. Il faut farfouiller, quitte à se casser un ongle.

Trois paragraphes, et je tombe déjà dans les clichés, je sais. Je vous parle de rouge à lèvres et de manucure, pendant que les plumes testostéronées squattent la tête du classement en refaisant le monde. Dure, la vie de blogueuse.

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18/04/2012

La capture

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Il y a celles qui semblent saisies juste après un moment vécu. Ces images témoignent de la sérénité comme de la tristesse de l'achevé. Mais elles acquièrent ainsi une pudeur, une distance, qui nous empêchent de ressentir le malaise qui pourrait surgir s'il nous laissait pénétrer son intimité.

Il y a celles qui trahissent l'ennui, prises au hasard, et qui s'attardent sur l'insignifiant. Comme pour donner à tout prix du sens. Et miraculeusement, ce sens naît de la capture. Il sublime l'objet un instant, l'éclaire, le rend vivant. Même si on sait que dès que son regard ou son intérêt se seront détournés, celui-ci redeviendra vide, inutile. En attendant, il le met à notre portée dans son essence. Sans lui, il ne nous parlerait pas.

Il y a celles qui ne saisissent que les détails. Comme s'il refusait de voir le reste du monde, comme si le découpage du corps le protégeait contre l'attachement à l'âme. Et pourtant, réalise-t-il que dans ces infimes portions de peau, dans ces silhouettes incomplètes, il nous montre tout?

Je désire qu'il capture de son regard particulier ne serait-ce qu'un petit bout de moi. Car pendant cet instant, je serai tout, et j'aurai un sens nouveau. Différent de celui que je me donne, un sens qui lui appartient. Quitte à le voir se détourner ensuite, pendant cette seconde où il m'aura interprétée, j'aurai été éternelle.

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08/04/2012

Censures et dérapages

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La lecture des derniers billets de Grégoire Barbey et des nombreux commentaires qui y sont attachés, certains pertinents, d'autres intolérables (et néanmoins acceptés), m'inspire quelques réflexions.

Présente depuis quelques mois seulement sur les blogs de la Tribune de Genève, j'y ai découvert un monde fascinant, riche, mais aussi parfois d'une grande violence. A l'approche de mon 70e billet, vous êtes environ 4000 lecteurs uniques par mois à me suivre, en consultant environ 25'000 pages. Dès lors, j'ai une responsabilité.

Car dès le premier billet, il faut faire un choix. Celui des limites que l'on souhaite poser entre la liberté d'expression de ses lecteurs, et sa propre liberté de gérer à sa guise cet espace personnel, sur lequel on s'expose, se confie, se met en danger, aussi. Donner publiquement son opinion sur des sujets sensibles n'est pas anodin, sachant que les blogs de la TdG sont extrêmement bien référencés sur Google, et qu'ils sont toujours, malgré leur relégation dans les bas fonds de la page d'accueil du site du journal, finalement très lus.

Premier choix: Ne pas autoriser les commentaires sur certains billets sensibles. Soit parce qu'on n'aura pas le temps de les modérer, soit parce qu'on souhaite s'exprimer sans manifester d'intérêt pour ce que les autres en penseront. C'est respectable, quoiqu'on en dise. Le dialogue n'est pas une obligation, rien n'empêche un blogueur d'imposer le sens unique. Je dis, vous lisez. Point. Pour ma part, je n'ai encore jamais recouru à cette solution extrême. Mais, ayant peu de confiance en la capacité d'auto-censure de certains commentateurs, je ne l'exclus pas.

Deuxième choix: Modérer les commentaires en ne publiant que ceux qui sont favorables ou neutres, en rejetant toute critique. Il paraît que c'est monnaie courante, si on en croit les hauts-cris que poussent les commentateurs au sujet de certains blogs. C'est une solution confortable et valorisante, mais peu intéressante, car biaisée et finalement très narcissique. Autant se créer quelques pseudos et se commenter soi-même, de façon outrageusement élogieuse.

Troisième choix: Accepter la critique constructive, tout en refusant les commentaires qui portent atteinte à la vie privée (la sienne ou celle des autres), aux droits fondamentaux, ou qui pourraient faire l'objet de plaintes pénales. Cela semble l'évidence, et pourtant certains trouveront toujours le moyen de crier à la censure, ne sachant pas eux-mêmes se mettre des limites, refusant de réaliser que leurs commentaires sont haineux, non respectueux de celui qui a eu le courage de partager une opinion. Parle-t-on alors d'édition, de suppression, ou de censure? Pour ma part, c'est la solution que j'ai choisie, et "censurer" (rarement) des commentaires ne me pose aucun problème moral ou éthique. Mon blog est mon espace, mon territoire, et ceux qui veulent y entrer doivent y respecter mes règles. Et même si j'y confie parfois des éléments de ma vie privée, de façon détournée ou limpide, je peux ne pas accepter qu'on les commente en me manquant de respect. C'est mon droit. C'est notre droit à tous.

Quatrième choix: Laisser les commentaires entièrement ouverts, sans modération, et s'interdire la censure. C'est un choix très dangereux, bien qu'il trahisse une forme d'idéalisme. Celui qui choisit cette solution a soit une foi sans faille en l'être humain, soit des tendances clairement suicidaires, ou prend un plaisir malsain à créer la polémique, à attiser la haine. Il y a autant de commentateurs intelligents et pertinents, ayant le courage de s'exprimer sous leur vrai nom, que de sombres personnages avançant masqués et se permettant tout et n'importe quoi sous couvert d'anonymat. Ne pas les modérer peut non seulement rendre le blogueur, mais également la Tribune de Genève, pénalement responsables.

Nous en arrivons donc aux nombreuses attaques contre la plateforme, et contre son gestionnaire, Jean-François Mabut. Là aussi, la Tribune de Genève a-t-elle l'obligation de laisser cet espace public autogérer ses excès et ses dérives, ou doit-elle les censurer au besoin, en tant qu'hébergeur? La blogosphère a évolué à un rythme si rapide, ici et ailleurs, que les règles semblent encore floues et appliquées au cas par cas, dans l'urgence. Elle est devenue une sorte de monstre difficile à contrôler, débordant de toutes parts de l'espace dans lequel on tente de le maintenir. Les attaques personnelles, les arguments ad hominem, les calomnies, les propos racistes, homophobes ou antisémites pourrissent les débats. Les anciens "trolls" des forums (en perte de vitesse depuis l'avènement des réseaux sociaux) y ont fait leur nid, et de nouveaux noms doivent être trouvés pour les nombreux dérivés du point Godwin.

La Tribune de Genève y est souvent attaquée, traitée de torchon ou de censeur, par les blogueurs comme par les commentateurs. On y mord la main qui nous nourrit (de lecteurs), mais on continue paradoxalement de s'y exprimer. Car, toute critiquable et opaque qu'elle puisse être dans sa gestion, la plateforme offre une tribune unique à nos idées, à nos mots. D'un autre côté, les blogueurs sont des contributeurs bon marché qui apportent une circulation non négligeable sur le site, ils doivent donc être respectés et le dialogue avec eux se doit d'être transparent et constructif. Aucune censure, aucune relégation hors des rubriques "Invités" ou "blogs citoyens", ni surtout aucune suppression de blog ne devrait à mon sens avoir lieu sans négociation et argumentation, si possible en face à face, avec l'auteur. Car ce sont des décisions qui, même si justifiées, sont d'une grande violence psychologique.

Je vais continuer de suivre de près l'évolution des relations entre Grégoire Barbey, ses commentateurs, et la Tribune de Genève. Nous devrions y porter la plus grande attention, car nous sommes tous concernés. Nous pouvons déraper, être rappelés à l'ordre ou muselés. Nous offusquer et subir des représailles. A nous de trouver l'équilibre, entre nous, et avec Jean-François Mabut.

Ecrivons, informons, débattons, polémiquons, confions-nous, indignons-nous, dénonçons, mais avec respect. Naïve, candide? Certainement. Au plaisir de vous lire, et de ne pas avoir à vous censurer!

04/04/2012

Derrière le rideau

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Face à soi-même dans cet isoloir sans pitié. Impersonnel et terriblement objectif, il ne renvoie que ce qu'on veut bien lui donner. C'est un ancien modèle, un vestige des années 90, un des derniers en Suisse. Quatre poses différentes, format vertical, en noir et blanc. Pas encore le choix de refuser le cliché, et de recommencer. Ce qui est fait, est fait.

Le premier flash nous surprend presque. On le regrette aussitôt. On va tenter de faire mieux. Un sourire plus franc, un regard moins vide, un air moins crispé. La dernière pose sera peut-être à sauver. On l'espère, car on n'a plus assez de monnaie.

 

Pose no1:

Il a 16 ans, et moi 15. C'est le caïd de l'école, blouson de cuir, cheveux longs, prénom bosniaque. Je ne parle pas sa langue, bien qu'on tente de me l'inculquer depuis quatre ans déjà. Au désespoir de mon enseignante autrichienne, rien ne rentre. Puis, soudain, là, dans la cour de cette école allemande, mon coeur s'emballe, les mots me manquent, et je me triture le cerveau pour y rouvrir des tiroirs où j'espère que quelques "Wörter" se sont entassés pêle-mêle contre mon gré. J'accède à "Ich liebe dich", mais comme entrée en matière, ça n'est pas très recommandé. Les mains, les bouches et les corps finiront par parler. Puis, malgré les lettres enflammées péniblement traduites, ils se perdront. Trente ans plus tard, l'anglais permettra de combler les vides entre deux baisers, entre deux corps à corps. Mais il n'effacera jamais la distance entre nos villes, nos quotidiens, nos vies déjà trop vécues. L'odeur de naphtaline finira par devenir écoeurante. La photo est retournée dans la boîte, au fond d'un tiroir. D'où elle n'aurait jamais dû sortir.

Pose no2:

L'envie de donner du sens. N'importe lequel, et avec n'importe qui. J'ai transgressé toutes les limites, pris frontalement tous les murs, en espérant que la douleur me rende enfin vivante, réelle, tangible. Je me sens vide, et c'est donc mon ventre que je décide de remplir. De vie, de battements de coeur, de liquide amniotique. Le sens, ce corps qui trimballe une âme inutile le trouvera là, dans le don de la vie. Le don? A qui? Au monde? A l'humanité? Non, à soi. A l'autre, aussi, parce qu'on croit l'aimer. Il cherchait du sens lui aussi, n'importe lequel, et avec n'importe qui. On s'est donné mutuellement un enfant, puis deux, pour exister ensemble. Ils ne suffiront pas. La photo de nous quatre, entassés, hilares, dans la cabine exiguë, finira dans un album que je n'ose plus parcourir.

Pose no3:

Il évolue au milieu des diamants. Il me dit que je suis une pierre brute, encore à tailler, à ciseler pour en extraire la vraie beauté. Il s'y attelle, avec patience, mais dans l'ombre et le secret. Ces moments furtifs, volés à une autre femme, le rongent pourtant. Torturé, il finira par s'infliger une mort lente, une cellule rebelle après l'autre. Sur la photo, son sourire est éclatant, éternel.

Pose no4:

Il semblait impossible qu'il entre dans la cabine. Encore moins de le voir s'asseoir, s'immobiliser un instant, se regarder et se sourire. Me sourire. Il abhorre les résultats prévisibles, d'autant plus s'ils doivent être obtenus dans un espace clos, pourvoyeur de portraits normalisés. Il voulait fuir, alors au moment de la photo, il a bougé. Il ressemble ainsi à un fantôme, dont le regard se perd au-delà du rideau. Mais le cliché est là, et je le garde précieusement. C'est une preuve.

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24/03/2012

Je te quitte

 

cm-expo-3.jpegToi et moi, ça a toujours été une histoire compliquée, une histoire d'amour-haine.

Je sais, notre rencontre a été flamboyante, un coup de foudre comme il en existe peu. Tu n'étais pas d'or ni de platine, mais j'ai vu plus loin que l'apparence. Tes nombreuses qualités m'ont immédiatement sauté aux yeux. Tu sais ce qu'on dit? Le véritable amour est censé t'ouvrir de nouveaux horizons et de nouvelles perspectives, te faire voir le monde autrement. Eh bien, oui, je l'ai ressenti cet amour.

Ensemble, nous avons vécu tant de belles choses. Tu étais toujours disponible pour moi, toujours en lice pour les aventures les plus folles. Nous avons voyagé, fait du shopping, mangé dans les meilleurs restaurants, nous nous sommes lovés dans les draps des plus beaux hôtels. Te souviens-tu de notre coup de folie, un matin, quand nous avons craqué en gloussant, les yeux brillants, sur une paire d'escarpins rouges à 350.-, et sa sacoche assortie à 200.-? Nous étions alors dans l'insouciance, et nous en avons bien profité.

Mais cela fait des mois maintenant que notre histoire est au point mort. Nous tournons en rond, nous n'évoluons plus. Tu as atteint tes limites, et moi les miennes. Nous ne partageons plus rien. Nous n'avons plus les mêmes buts dans la vie, plus les mêmes valeurs, je dois maintenant te l'avouer.

Je sais qu'au fond de toi tu m'aimes encore. Tu as d'ailleurs tenté de me retenir avec une lettre d'amour, et de belle facture, je le reconnais. Ah, tu sais y faire pour essayer de raviver la flamme. J'imagine que tu adorerais qu'ensemble nous regardions une comédie romantique sur une tv à écran plat, blottis dans un canapé tout neuf. Et je suis tentée, comment ne pas l'être?

Mais j'ai enfin compris que notre relation était toxique et sans avenir. Tu es machiavélique, et j'ai enfin vu clair dans ton jeu manipulateur. Sous prétexte de vouloir réaliser tous mes désirs, tu m'aliènes. Tu as une mauvaise influence sur moi.

Tu as beau me dire que je ne peux pas partir comme ça, que je dois te rendre des comptes, te rembourser tous tes cadeaux, et avec les intérêts, cela n'y changera rien. Je le ferai, petit à petit, je n'ai pas le choix. Et je penserai toujours à toi avec nostalgie et un pincement au coeur en portant mes escarpins rouges. On n'efface pas d'un coup tant d'années de passion. Mais il n'en reste pas moins, chère carte Visa, que je te quitte.

"Nous apprécions hautement votre fidélité et désirons vous exprimer notre reconnaissance en vous proposant une augmentation de la limite de dépenses de votre carte. Grâce à cette amélioration, vous pourrez organiser votre quotidien à votre aise et financer confortablement de plus importantes acquisitions".