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24/02/2012

Une bougie pour les Syriens

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Une entrée d'immeuble barricadée, un hall gardé 24 heures sur 24 par une police portant des gilets pare-balles, des autorités syriennes sur les dents, des hommes armés dans les étages, et régulièrement, un panier à salade devant la porte.

Des heurts, des manifestations, des saccages de locaux, des tentatives d'intrusion par le toit, des escalades de corniche, des arrestations musclées.

Nous ne sommes pas à Homs, mais bien à Genève. Nous sommes toutefois presque en Syrie, au 50 de la rue Rothschild, siège de la Mission permanente et du Consulat général de la République Arabe Syrienne.

Jour après jour, je les croise, ces fonctionnaires de police genevois qui montent la garde devant cette extension du pouvoir syrien. Ils me suivent des yeux quand j'ouvre la boîte aux lettres, froncent les sourcils quand je sors lentement un paquet de cigarettes de ma poche. Ce hall est devenu leur deuxième maison. Ils s'y sont installés, autour d'une petite table et deux chaises, avec un radiateur, un thermos de café et des sandwichs, au milieu des extincteurs et du matériel anti-émeutes.

Et hier, un homme seul, sur le trottoir d'en face. Grave, une bougie à la main, il fixe la façade, sans bouger. Une manifestation personnelle, silencieuse, un moment de recueillement. Le vent souffle un peu, et il tente de protéger de sa main la flamme vacillante. Dans le hall, derrière les portes vitrées, les policiers, indifférents, passent le temps en regardant une comédie américaine, posés devant un ordinateur.

Ainsi va la vie au 50 de la rue Rothschild, sur ce petit morceau de territoire syrien surprotégé par nos autorités. Pendant ce temps, là-bas, on meurt. La bougie est morte aussi, l'homme baisse la tête, et s'en va.

19/02/2012

La voie du bas couture

396944_2986827759997_1541142577_32843702_2135314966_n.jpegAttiré par l'escarpin vertigineux, son regard s'arrête sur le talon. Ce n'est pas celui d'Achille, mais c'est néanmoins le point faible, la faille, la fracture. Autant appuyer dès le début là où ça fait mal. Pour voir. Si la douleur est supportée, si la fuite n'est pas instantanée, il relâchera l'étreinte, rassuré.

La couture du bas lui indique le chemin à suivre, le long du mollet. Une escalade périlleuse jusqu'au creux du genou. Une zone tendre, vulnérable, où l'on peut sentir battre le coeur. En une caresse, il en saisit l'affolement.

Il fait un bond en arrière, comme foudroyé. Le bas n'était pas censé palpiter. Il semble soudain animé d'une vie propre, et la couture lui évoque une cicatrice mal refermée, prête à rompre sous les assauts, pourtant infimes, de cette vie intérieure.

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14/02/2012

La bave de la colombe

 

crapaud1.jpegC'est la Saint Valentin, mais je ne vous parlerai pas d'amour. Non, je laisserai ce plaisir aux médias et aux grandes surfaces, qui ne manqueront pas ce jour de vous balancer sous le nez les symboles des affres de cet affolement musculaire sous la forme d'un article sucré ou d'une boîte de chocs à CHF 14.90.

Et pourtant, il y aurait tant à dire. Mais cela signifierait parler de moi. Faire un choix entre le jardin secret et la décharge publique est aisé.

Je ne vous parlerai pas d'amitié non plus. Comme ce sentiment a miraculeusement réussi à ce jour à échapper à la récupération commerciale, la Migros ne vous en parlera pas plus. Ca n'est pas vendeur l'amitié, c'est trop stable, trop fort, trop vrai, trop pur. Ah si, sur le petit écran parfois, on tente de la capturer dans des fromages virilement partagés après une rando ou des crèmes légères qu'on balance dans la sauce aux champignons pendant que les potes se marrent au salon. Mais ça reste anecdotique, même pas digne d'avoir sa propre Saint Machin.

Et pourtant, il y aurait tant à dire. Mais cela signifierait parler de moi, et d'eux, d'elles. Qui sont là, quoiqu'il arrive. Et de ceux qui sont partis, qui me manquent, malgré tout.

C'est la Saint Valentin, et je vous parlerai de haine. De la mienne, et de celle des autres. La mienne est un poison, un parasite que mon corps et mon esprit ne sont pas conçus pour abriter. Elle glissera, ne trouvant aucune prise pour s'accrocher et s'attarder. Celle des autres a fait son nid pour l'hiver, après avoir patiemment rassemblé de quoi s'étaler confortablement, un beau lit de méchanceté, de frustrations, de certitudes, de bêtise. De quoi tenir longtemps, à alimenter les rumeurs et les fantasmes.

Je chérirai ce dont je ne vous parlerai pas, et je cracherai sur le reste. La bave de la colombe.

09/02/2012

Un anthropomorphisme qui fait du bien

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Un musher (conducteur de chiens de traîneau) victime d'un malaise cardiaque et tombé inconscient dans la neige a été "sauvé" par ses animaux, l'un le protégeant du froid tandis que d'autres partaient chercher du secours, a-t-on pu lire récemment dans la presse. Intelligents, aimants, protecteurs, héroïques même. Mais quels sont les faits bruts? Les huskies de l'attelage sont revenus seuls au point de départ, pendant que le cocker se couchait sur son maître. Sur le parking de départ du circuit, un autre musher voit l'attelage abandonné et part à la recherche de son conducteur.

Alors, les premiers ont-ils vraiment pris la décision d'aller chercher du secours pendant que le second a voulu sauver son maître en lui transmettant sa chaleur, sachant qu'il risquait la mort?

Ah c'est une belle histoire qui réchauffe le coeur, comme les aiment les médias et les amoureux des animaux. "Un fait divers qui nous réconforte dans l'idée que le chien est le meilleur ami de l'homme". C'est surtout un joli cas d'anthropomorphisme galopant!

Oh, vous me direz, où est le mal? C'est mignon comme tout, et ça ne mérite pas vraiment de s'en offusquer sur la blogosphère! Emerveillons-nous de l'intelligence et de la fidélité de la race canine, poussons un petit soupir accompagné d'un sourire béat, et passons à des sujets plus graves.

Mais ce petit fait divers démontre bien à quel point les nuances de langage choisies par les médias peuvent donner un éclairage particulier à un fait, prompt à faire fondre les mémés à toutous. Prenons quelques phrases glanées ça et là dans les médias français à ce sujet:

"Ils (les chiens) trouvent un musher polonais sur le parking de départ et l'alertent d'un problème en aboyant". Les faits? Les chiens sont revenus à leur point de départ, ils sont donc sur le parking où se trouve cet autre musher, ce qui ne veut pas dire que les chiens l'aient cherché et trouvé dans un but précis. Les aboiements, sans doute générés par le stress de la situation anormale, sont vite interprétés comme une alerte volontaire pour signaler à l'homme un problème spécifique. Cette situation banale devient soudain le très dramatique et émouvant "Ils sont allés chercher du secours".

On lit également que "l'un des chiens était resté avec lui pour le couvrir et le protéger du froid". En l'occurence le chien de compagnie de l'homme, ne faisant donc pas partie de l'attelage. Et si c'était le contraire? L'instinct de survie peut avoir poussé l'animal à chercher une source de chaleur, celle-ci étant son maître inanimé. Que ça l'ait sauvé? Sans doute. Mais cela signifie-t-il que le cocker ait eu un comportement volontairement protecteur, sachant que la chaleur de son corps allait maintenir l'homme en vie? On aimerait tant le croire.

Autre fait divers du jour impliquant un chien "héroïque", et même dérive: A Herseaux, en Belgique, un chien a réveillé ses maîtres et leurs deux enfants alors que la maison était en proie aux flammes. La famille a pu sortir à temps, mais l’animal a péri, intoxiqué. "Le chien de la famille était heureusement là pour protéger ses proches. Le brave animal restera dans le coeur de cette famille comme celui qui a donné sa vie pour sauver la leur" lit-on. On en a les larmes aux yeux (mais c’est peut-être à l’évocation de la fumée). Le fameux toutou -paix à son âme canine- aurait-il pu aboyer seulement parce qu'il était paniqué et angoissé par le danger? Non, il a voulu, au péril de sa vie, réveiller à tout prix la famille pour qu'ils fuient les flammes. Soit.

Grâce à notre tendance naturelle à l’anthropomorphisme (qui consiste à attribuer des comportements ou des pensées humaines aux animaux, notamment), nous donnons du sens aux réactions instinctives et naturelles de nos compagnons à poils et leur prêtons volontiers des émotions, des ressentis, des sentiments et des intentions qu’ils n’ont peut-être pas.

Mais tant que cela nous permet de nous raconter de belles histoires…

12/01/2012

Les colporteurs

 

colportage.jpgOn a eu beau leur répéter que la dextérité de l'ouvrier l'emporte sur la grosseur de l'outil, leurs certitudes s'expandent jusqu'à s'ériger en verités triomphantes. Cette masse critique leur donne l'illusion de maîtriser les débats, persuadés qu'ils sont de tout savoir des ébats.

Ils n'hésitent pas à violer les esprits faibles et vulnérables de leur turgescence lexicale et grammaticale. Sachant ces molles consciences propres à la fécondation, ou à la contamination, ils en suintent d'autosatisfaction pré-éjaculatoire.

Puis, encouragés par les stimulations des lèche-culs qui les suivent, ils finissent par cracher de façon répétée et spasmodique leur sauce visqueuse, qui coule, s'étale, et se fige. Et les traces de leurs colportages sont tenaces, tout comme l'odeur rance qui s'en dégage.

A la longue, ce verbiage masturbatoire peut provoquer chez eux un priapisme de l'égo. Puisse-t-il aller jusqu'à la thrombose, ou mieux, la gangrène.

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