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10/01/2012

Kiwi le lapin a commenté votre photo

 

yummy2.jpgFacebook n'a plus aucun secret pour moi. J'y passe trop de temps, on est d'accord. Parfois, alors que je tapote comme une folle sur le clavier en gloussant (mais uniquement quand je chatte avec ma copine Stéphanie, les gloussements), Alfy, mon Cavalier King Charles de 6 ans, me toise d'un air réprobateur. Il me regarde, trotte vers la porte, revient vers moi, aboie un coup, repart, mais rien n'y fait. J'ai le nez collé à l'écran.

Il ne peut pas comprendre, évidemment, l'attrait qu'exerce sur moi ce réseau social hautement chronophage. Et pourtant, grâce à mon fils cadet, mon chien a lui aussi son propre profil. Ne levez pas les yeux au ciel, il n'est pas le seul animal de compagnie à être présent sur facebook, loin de là.

Mais il faut le reconnaître, au milieu de tous ces humains, son profil passe inaperçu, et ce n'est pas une photo tagguée de temps à autre et quelques statuts typiquement canins qui vont changer ça. Son nombre d'amis facebook stagne lamentablement à 62 (tous des copains de mon fils), et parmi eux, pas un seul autre chien. Les points communs et opportunités d'échanges sont donc limités.

Heureusement, tout va enfin changer pour nos animaux de compagnie. Car ils ont désormais leur propre réseau social: Yummypets.

Comment résister à la tentation? Je pousse le vice jusqu'à prendre Alfy sur mes genoux pour qu'il puisse suivre la création de son profil. Le site compte déjà quelques 4000 "membres", et ce nombre augmente de 150 tous les jours, selon ses créateurs. Chats, chiens, lapins, chevaux, chèvres, mais aussi serpents, iguanes, poissons, criquets, et j'en passe.

Ca y est, nous sommes inscrits et pouvons commencer mon chien et moi, comme sur facebook, à parcourir les profils, aimer les photos, faire des demandes d'amitiés, et même publier des statuts. "Publier un statut POUR Alfy" nous propose-t-on. Ah tout de même, on reconnait sur Yummypets que mon chien va avoir du mal à écrire tout seul avec ses petites pattes. C'est rassurant.

Alfy suggère immédiatement "Ouaf!", simple et direct. Ou alors, c'est qu'il a faim, vu qu'il est 18h, l'heure de ses croquettes. Tiens, à retenir pour un futur statut: "Je mange mes croquettes à 18h". C'est bon ça, ça va plaire. Peut-être que d'autres chiens nous feront également part de leurs habitudes alimentaires... que de discussions passionnantes en perspective.

En quelques clics, mon tas de poils baveux est ami avec Afflelou le poisson rouge et Rosa le criquet. Au bout de quelques minutes, un lapin nain nommé Kiwi commente déjà notre photo de profil d'un "salut Alfy bienvenue parmis nous!". Poli et accueillant le lapin, mais mauvais en orthographe. Il est tellement mignon avec ses petites oreilles blanches qui tombent, qu'on lui pardonnera bien vite cette erreur.

C'est quand j'ai appelé mon chien pour lui dire "Alfyyyy, un lapin te souhaite la bienvenue, viens voir!" que j'ai compris que j'étais déjà allée trop loin. Alors, tu ne m'en voudras pas mon pote, mais je ne vais pas passer mon temps à faire l'intermédiaire entre tes nouveaux amis et toi... pas de doigts pour écrire, pas de réseau social.

"Je préférerais aller gambader dans la forêt et humer le postérieur de mes congénères" semblent de toute façon me dire ses grands yeux globuleux. Soit. J'appuie sans regret sur le bouton rouge "Supprimer cet animal". Allez, viens Alfy, on sort.

20/12/2011

Nue dans le "journal"

 

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Aujourd'hui, la ligne de vie n'est plus dans la main, mais sur Facebook. Depuis quelques jours, la Timeline (ou journal en français), vous permet de transformer votre profil en une frise chronologique présentant un condensé de votre vie depuis la naissance. Non, pas de votre VIE, juste de l’histoire de votre vie connue de Facebook, telle que vous avez bien voulu la dire.

La Timeline démarre donc par votre naissance. Pour ensuite volontairement afficher un énorme trou entre celle-ci et votre inscription à facebook, laissant le sentiment qu'avant votre arrivée sur le réseau social, vous n'avez pas vraiment existé. Ce trou perturbant, vous pouvez même le combler, publier vos photos d'enfance, reconstituer votre vie pré-internet. Nourrir le monstre Facebook de tout ce qu'il n'a pas pu encore attraper, de tout ce qui a précédé son avènement. Car Facebook n'aime pas que vous ayez existé avant lui, c'est évident.

Ainsi, entre 1966 et fin 2007, pas d'amis virtuels, pas de partage de mes humeurs, de mes photos, de mes situations amoureuses. Et je suis bien heureuse d'avoir vécu les moments les plus marquants de ma vie à ce jour (mon mariage, la naissance de mes enfants) sans réseaux sociaux pour s'en faire l'écho. Etant une "hypercommunicatrice" (c'est mon métier après tout), je n'aurais certainement pas résisté à la tentation de tout partager online... bébé no1 qui se renverse un yaourt sur la tête, bébé no2 qui barbote dans la piscine, mari no1 qui pose devant un coucher de soleil. Tous ces souvenirs sont à moi, et uniquement à moi, bien rangés dans des albums physiques, sur une étagère. Et quand mes amis viennent à la maison, je ne les leur mets pas sur les genoux pour qu'ils les parcourent.

Oui, j'ai existé entre 1966 et 2007. Non, vous n'en saurez rien.

Mais plus j'avance en âge, plus mon passé (celui d'avant 2007 donc) devient flou, et les repères moins nombreux. Mes souvenirs se focalisent de plus en plus autour des photos, des lettres. Certains moments de vie dont il ne reste pas de trace physique commencent à se dissoudre et se perdre. Dès lors, ma Timeline rend ces dernières années d'une clarté que je n'ai jamais connue. Chaque publication est le point de départ d'une multitude de souvenirs, d'émotions partagées. Et les petits trous entre deux publications sont plus facilement comblés par mon cerveau stimulé par les impulsions de cette biographie numérique.

Ce passage de mon profil facebook à la forme de "journal intime" aura eu au moins un mérite: celui de m'ouvrir les yeux sur la quantité d'informations personnelles que j'ai pu partager volontairement avec mes (trop) nombreux amis virtuels. Inspirée par un de mes amis dont la Timeline est entièrement vide et qui supprime ses statuts après quelques heures, grande est la tentation de l'imiter, de tout effacer, tout vider.

En attendant, petit à petit, je nettoie cette Timeline indécente qui me met à nu. Je la purge des états d'âmes, des états amoureux, des émotions, pour n'y laisser que des informations sans conséquences. Un jour, je l'effacerai entièrement. Ce sera un lâcher-prise salutaire, lorsque j'aurai admis que ce que je suis va bien au-delà de ce que je montre. Et que ne rien montrer ne signifie pas ne pas être.

 

12/11/2011

Facebook ou la mise en scène de sa propre vie

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Son existence triée sur le volet, élaguée des mauvaises herbes pour se faire envier.

Ou au contraire épanchement malsain de tous ses maux pour se faire plaindre et croire se faire consoler.

Les compliments qu'on se fait, les approches amoureuses qu'on tente, les rendez-vous qu'on se donne, les lendemains qu'on commente, les conflits qu'on étale, les ruptures qu'on consomme. Sans pudeur, sur un mur.

Sa vie amoureuse notifiée au gré des fluctuations des "en couple" et des "célibataire", qui se suivent, se colportent.

Avouer que "c'est compliqué", comme si ça ne l'était pas toujours.

Ses photos de vacances, étalées comme dans une nostalgie des soirées diapos interminables des années 80, avec des amis pris en otage, sourires figés et commentaires contraints faussement émerveillés.

Ses enfants, son chien (mais plus souvent son chat), sa moto, son couple... choisis pour se définir, se profiler d'entrée.

Ses amis, étiquetés et catégorisés selon le degré d'intérêt qu'on leur porte. Devoir s'avouer ainsi qu'on se fout de ce que certains qui nous apprécient ont à dire, à montrer.

Ses ennemis, tout autant triés, dont on suit le flux pour y déceler des failles et s'y engouffrer.

Le lieu où "j'aime" ne veut plus rien dire. Aimer, aimer tout et surtout n'importe quoi, tout le temps, partout, chez n'importe qui.

Sauver d'un click la planète, les océans, les enfants qui meurent de faim. Ne pas oser ne pas cliquer, de peur de passer pour un salaud sans coeur.

Dénoncer les injustices et s'indigner sans effort, mais surtout pour que ça se voie.

(Se) promouvoir, (se) vendre, s'autocongratuler, en boucle.

Cirer des pompes, lécher des culs... pour se faire un "réseau".

Une marée d'autoportraits dans des miroirs, de films de soi face à la webcam.

On est là pour soi, uniquement pour soi, pour façonner son visage à son gré dans ce livre virtuel à compte d'auteur.

Et c'est dans les méandres de ce réseau-là que ces mots ont été tout d’abord publiés. Mise en abîme. Vertige. Dégoût.

Mais on y retournera demain.

 

04:02 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : facebook |  Facebook |