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12/08/2012

Cafouillages à tous les étages

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Vous vous opposez à la surélévation de votre immeuble? Vous êtes donc contre les efforts humanistes et désintéressés des propriétaires pour lutter contre la pénurie de logements à Genève. CQFD. Mais au bout chemin de la Montagne à Chêne-Bougeries, le projet de surélévation des trois immeubles bordant la Seymaz prend l'eau de partout.

Les habitants s'opposent, la Commune est plus que réticente, et les propriétaires SwissLife et Crédit Suisse envoient au front un intermédiaire au fort accent suisse allemand (le meilleur moyen de rendre nerveux d'emblée ses interlocuteurs), lâchant au compte-goutte des informations à géométrie variable, tout en refusant de transmettre les documents techniques, et notamment les plans.

C'est une simple lettre envoyée juste avant Noël dernier aux locataires des 550 appartements des immeubles situés aux alentours du centre commercial qui a déclenché les hostilités, annonçant sans préavis et sans aucuns détails des augmentations de loyers, dues à un important projet de transformation immobilière. Une entrée en matière plus que maladroite.

En allant d'eux-mêmes à la pêche aux infos, les habitants, constitués en association et assistés d'un avocat, ont découvert avec inquiétude l'ampleur du projet: surélévations de deux étages pour créer des duplex haut de gamme (ce que les propriétaires avouent en séance avec l'association des locataires, puis passent sous silence dans les procès verbaux mis en ligne), transformations intérieures majeures des appartements existants (et suppression pure et simple de certains), aménagement de deux nouveaux parkings souterrains et abattage d’une quarantaine d’arbres.

Les désagréments du chantier (deux ans de travaux de surélévation, puis un mois sans cuisine, puis un mois sans salle de bain, puis des hausses jusqu'à 70% pour les loyers actuels les plus bas) "sont le prix à payer pour que les locataires actuels puissent continuer à profiter de leur appartement après les travaux de rénovation et de surélévation". Cette menace à peine voilée de résiliation des baux des locataires récalcitrants revient régulièrement, en conclusion de chaque question qui fâche, dans les FAQ du site d'information des propriétaires www.montagne2016.ch. Maladroit, encore.

Mais les travaux ne commenceront pas comme prévu à l'automne 2012. Les observations sur le projet de changement de zone sont encore à l'examen au sein du Département de l'urbanisme et n'ont pas encore été transmises à la Ville de Chêne-Bougeries, et la demande d'autorisation de construire n'a pas été publiée dans la Feuille d'avis officiel. De leur côté, les locataires (dont je fais partie depuis bientôt 20 ans) continueront de se battre contre la construction de duplex peu adaptés aux besoins de la classe moyenne, contre l'abattage des arbres du quartier (11 ont déjà pu être sauvés via une pétition), et surtout contre les hausses massives des loyers. Vu comme c'est parti, les propriétaires devraient directement acheter le nom de domaine www.montagneauxcalendesgrecques.ch. C'est plus prudent.

07/07/2012

Souvenirs d'une immigrée illégale

UDC-Affiche-Moutons.jpgMarseillaise adoptée par la Suisse en 1972, j’ai obtenu le passeport rouge à croix blanche en 1991. Entre-temps, j’ai découvert que les helvètes ne rigolaient pas avec l’immigration.

Alors que je rentrais de mon super boulot dans le marketing, que je rejoignais mon très mignon petit appartement avec jardinet dans ma jolie Golf offerte par mes parents, bref, que ma petite vie en Suisse coulait comme de la fondue sur un morceau de pain, je reçus par courrier recommandé un avis d’expulsion du territoire, avec un préavis d’un mois.

Pourtant je n’avais commis aucun crime majeur, comme me moquer des suisses allemands ou dire publiquement que le gruyère a des trous. Je n’avais pas l’accent marseillais, préfèrais le vin vaudois au pastis et disais "de bleu de bleu" au lieu de "o fan de chichoune". Une intégration parfaite, en somme. Et pourtant…

Je suis la fille d'un douanier français installé à l'époque à Vallorbe. A la faveur d'une convention franco-suisse, ces fonctionnaires (et leurs familles) avaient le choix de vivre sur le territoire suisse, toucher leur salaire en francs suisses, scolariser leurs enfants en Suisse, et ce sans permis officiel d'aucune sorte. Une sorte de statut d’ambassade du pauvre, quoi. Je volais depuis mon arrivée en Suisse sur cette convention comme sur un tapis volant, et un simple petit papier collé dans mon passeport français m’ouvrait toutes les portes de ce petit eldorado.

Sauf qu'un jour, la Confédération réalisa soudain que je n'étais plus la fifille à son papa. Majeure et plus aux études, la convention magique ne me protégeait plus, et je devenais une immigrée illégale. Pas de permis, pas de statut. Un mouton noir, comme celui qui se prend des coups de pieds au cul par ceux, bien blancs, de l’UDC.

L'incident diplomatique fut finalement évité, après quelques échanges de courriers bien sentis entre le gouvernement français et la Confédération. Une jurisprudence rédigée à la hâte m'accorda un permis B (pas C, faut pas pousser non plus, je restais une étrangère suspecte devant faire ses preuves). Il faut croire qu'avant moi, tous les enfants de ces douaniers au statut étrange avaient choisi de s'établir en France, et que le "cas" ne s'était jamais présenté.

Il n'empêche qu'en attendant l'aboutissement des négociations internationales, j’ai vécu quelques mois dans la crainte d'une expulsion, plus rien dans ma vie n’étant stable ou garanti. Mon employeur montrait quelques signes de nervosité, malgré mes "je vous jure, j'aurai bientôt le droit de travailler légalement chez vous... enfin, si tout va bien". Je pouvais être à tout moment sortie de mon lit à 6 heures du matin par la police pour être mise de force dans un avion pour le tiers-monde (Annemasse ou Pontarlier), menottes aux poignets.

Comment aurais-je survécu dans ce pays dont je suis issue mais dont je ne maîtrise aucune des subtilités linguistiques (SICAV, UMP, PAF, GDF)?

23/06/2012

Vidange au PS: spectaculaire!

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La vidange du lac de retenue du PS modifie le paysage de la gauche genevoise. Les sédiments et la vase sont mis à jour, et le spectacle attire les curieux. Sur les vastes berges, quelques militants trouvent refuge dans les flaques, et dans la vase, des poules d’eau hagardes errent déboussolées. Du côté du parti, on peut en revanche descendre en aval pour voir les trombes de critiques s’écouler par les vannes grandes ouvertes.

En suivant la procession des journalistes et commentateurs et les odeurs de vase, on arrive au pied du malaise. Là, les règlements de comptes bouillonnent, limoneux et déchaînés, en soulevant des nuages de bruine dignes des chutes du Niagara.

Encore plus en aval, vers l’embouchure du PS, c’est aussi l’effervescence. Mais c’est ici un autre public qui afflue depuis le 17 juin. Les caciques se relaient au chevet de la crédibilité du parti. Car la vidange est une véritable hécatombe. Ceux qui ne sont pas emportés par le fort courant risquent de s’asphyxier dans une eau grisâtre saturée en sédiments.

Des centaines de militants ont déjà été capturés préventivement depuis deux semaines afin d’être relâchés une fois le calme revenu. Mais c’est ce week-end que la cote d’alerte a atteint son paroxysme avec la montée au front de Manuel Tornare. Et il est sous haute surveillance: isolé des eaux du fleuve, il peut se transformer en piège mortel pour le parti. On vérifie régulièrement son taux d’oxygène et sa température, quitte à ajouter de l’eau froide pour garder celle-ci en dessous de 22 degrés.

Malgré ces opérations de sauvetage, la majorité des électeurs des communes périphériques présents au moment de la vidange est condamnée, trop fragile pour être capturée. «J’espère que ce que nous arrivons à sauver n’est pas trop symbolique», lâche un élu réaliste et désabusé. «Que voulez-vous, quand on est obligé d’accompagner une catastrophe…».

Les médias attrapent une élue d'un parti allié qui tourne en rond dans une gouille. Ils se précipitent pour la mesurer, la peser, la répertorier et lui voler une écaille pour des analyses génétiques. Car il faut déjà repartir vers l'élection complémentaire au Conseil administratif. Des promeneurs y ont signalé des candidats PDC et PLR piégés dans un étang. Courage, les secours arrivent!

Léger détournement de l'article d'Antoine Grosjean (Tribune de Genève du 10 juin) sur la vidange du barrage de Verbois.
http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/rhone-vide-devoil...

Photo: ©Tribune de Genève

14/06/2012

Le dîner épicène

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Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s lecteurs/trices,

Vous êtes des humain-e-s intelligent-e-s. Ou du moins me plais-je à le penser. Vous ne devriez donc pas être démuni-e-s ni perdu-e-s devant l'affiche de la campagne de promotion du langage épicène. Non, certainement pas. Tout devrait être clair.

Rien que le mot "épicène", vous le pratiquez dans les dîners depuis quelques temps déjà. Oralement, vous vous êtes évertué-e-s à accueillir vos invité-e-s d'un "Bienvenue cher-e-s ami-e-s" marquant bien les tirets d'une respiration certes un peu saccadée et robotique, mais de circonstance. Même votre placement à table ne respecte plus la règle "un homme, une femme" destinée à faciliter les rencontres et à mélanger les sujets de conversation. Non, vous êtes un-e maître-sse de maison épicène et politiquement correct-e, vous aussi, et on s'assoit donc chez vous sans distinction de sexe.

Vous vous êtes pourtant malgré vous éloigné-e-s de vos conversations asexuées habituelles lorsque vous avez découvert cette fameuse affiche, affichant la "volonté" de la Ville de Genève. Elle vous a scotché-e-s. Car vous qui êtes si attentifs/tives à ne pas déraper, à placer consciencieusement des tirets partout pour y insérer de "e", vous vous êtes montré-e-s perplexes.

Vous y lisez "é = ée". Et vous vous êtes légitimement interrogé-e-s. Vous n'avez jamais été fort-e-s en maths, mais vous connaissez la signification du symbole "=". Ou, au pire, vous vous êtes référé-e-s à Wikipedia: "indique, en mathématiques, l'identité entre les expressions qu'il sépare".

Et le dîner a mal tourné. Vous, humain-e-s civilisé-e-s, vous vous êtes écharpé-e-s. Deux écoles, deux camps se sont créés (nda: je suis désolée, là je ne peux rien faire, la grammaire est formelle, le mot "camp", masculin, l'emporte sur le mot "école", féminin, pour l'accord).

D'un côté, ceux/celles pour qui le message était évident, limpide. Vous étiez de l'autre côté, et n'avez rien compris à leurs explications alambiquées. Pour vous, si "é = ée", cela signifie que le masculin suffit à désigner les deux genres. "Je lis que si j'emploie seulement -é, cela vaut aussi pour -ée", puisque le premier est promu comme égal au second!", vous êtes-vous exclamé-e-s dans le brouhaha général.

Vous vous êtes tou-te-s (tous/toutes?) quitté-e-s fâché-e-s, campant sur vos avis et positions respectifs (nda: je n'ai pas pu résister au plaisir pervers de vous refaire le coup de la grammaire sexiste). Depuis, les dîners épicènes, c'est terminé.

PS: pardonnez-moi les éventuel-les mauvais emplois de barres latérales ou fautes de tirets présents (encore cette satanée grammaire qui bafoue les femmes...) dans ce billet, ma maîtrise du langage épicène étant pour le moins approximative.

03/06/2012

Les états d'âme de Maudet.com

 

jeu%20de%20go%20bis.jpeg«Cette élection est pour moi totalement incertaine. Il y a peu de chances que je réussisse». Quel candidat au Conseil d'Etat a donc ainsi exprimé dans les médias de tels doutes en pleine campagne? Le prophète? Le Pirate? Non, celui dont il est évident qu'il est le seul concurrent sérieux de la socialiste Anne Emery-Torracinta: Pierre Maudet.

Ce découragement apparent à ce stade, alors que rien n'est encore joué, ne peut qu'étonner. On dit Pierre Maudet solide, stratégique, ne laissant jamais rien au hasard. J'ai donc du mal à croire à l'hypothèse d'un cafouillage de la machine Maudet.com. L'homme est partout, dans les médias, et sur le terrain. Souriant, confiant, énergique. Selon un sondage de la Tribune de Genève au lendemain du grand débat à Uni Dufour, il a même été celui qui a le plus convaincu. Ce pas de côté détonne donc au coeur de cette campagne bien huilée, à deux semaines de l'échéance du 17 juin.

En tant que simple citoyenne non spécialiste du jeu politique, il est risqué que je tente une analyse. Mais je peux par contre me mettre à la place de celles et ceux, dans son parti et en dehors, qui croient fermement en sa capacité à être élu. Quel message leur envoie-t-il? Celui de ne pas voter pour lui, ses réelles ambitions étant clairement fédérales? «Si je suis élu le 17 juin, je prendrai une voie qui m’éloignera de Berne» dit-il dans le même article du Matin Dimanche. Ou tente-t-il par cette provocation détournée de réveiller un électorat de droite divisé, alors que seul un ralliement derrière son nom pourrait barrer la route au PS?

La suite, teintée de mélancolie selon le journaliste, me laisse encore plus perplexe: «Ces derniers temps, je me dis souvent que je n’aurai sûrement pas l’occasion de connaître dans ma vie une fonction politique plus exaltante que celle de maire», et encore «(...) Après avoir donné le signal que j’allais partir, comment je vais faire si je me plante?».

L'expression de tels états d'âme ne ressemble pas au Pierre Maudet qui nous est habituellement donné à voir. Il me semble qu'une fois le costume (même serré aux entournures) de candidat accepté et endossé, il ne devrait plus y avoir de place pour les doutes, en tout cas publiquement. Tel Stauffer qui se prend pour King Kong au sommet de la cathédrale, on s'accroche, on fonce, et on fait au moins semblant d'y croire, coûte que coûte. Surtout qu'il n'est pas exclu qu'il puisse être élu, et il faudra alors qu'il entre dans la peau de Conseiller d'Etat avec la plus grande conviction.