UA-73135419-1

03/06/2012

Les états d'âme de Maudet.com

 

jeu%20de%20go%20bis.jpeg«Cette élection est pour moi totalement incertaine. Il y a peu de chances que je réussisse». Quel candidat au Conseil d'Etat a donc ainsi exprimé dans les médias de tels doutes en pleine campagne? Le prophète? Le Pirate? Non, celui dont il est évident qu'il est le seul concurrent sérieux de la socialiste Anne Emery-Torracinta: Pierre Maudet.

Ce découragement apparent à ce stade, alors que rien n'est encore joué, ne peut qu'étonner. On dit Pierre Maudet solide, stratégique, ne laissant jamais rien au hasard. J'ai donc du mal à croire à l'hypothèse d'un cafouillage de la machine Maudet.com. L'homme est partout, dans les médias, et sur le terrain. Souriant, confiant, énergique. Selon un sondage de la Tribune de Genève au lendemain du grand débat à Uni Dufour, il a même été celui qui a le plus convaincu. Ce pas de côté détonne donc au coeur de cette campagne bien huilée, à deux semaines de l'échéance du 17 juin.

En tant que simple citoyenne non spécialiste du jeu politique, il est risqué que je tente une analyse. Mais je peux par contre me mettre à la place de celles et ceux, dans son parti et en dehors, qui croient fermement en sa capacité à être élu. Quel message leur envoie-t-il? Celui de ne pas voter pour lui, ses réelles ambitions étant clairement fédérales? «Si je suis élu le 17 juin, je prendrai une voie qui m’éloignera de Berne» dit-il dans le même article du Matin Dimanche. Ou tente-t-il par cette provocation détournée de réveiller un électorat de droite divisé, alors que seul un ralliement derrière son nom pourrait barrer la route au PS?

La suite, teintée de mélancolie selon le journaliste, me laisse encore plus perplexe: «Ces derniers temps, je me dis souvent que je n’aurai sûrement pas l’occasion de connaître dans ma vie une fonction politique plus exaltante que celle de maire», et encore «(...) Après avoir donné le signal que j’allais partir, comment je vais faire si je me plante?».

L'expression de tels états d'âme ne ressemble pas au Pierre Maudet qui nous est habituellement donné à voir. Il me semble qu'une fois le costume (même serré aux entournures) de candidat accepté et endossé, il ne devrait plus y avoir de place pour les doutes, en tout cas publiquement. Tel Stauffer qui se prend pour King Kong au sommet de la cathédrale, on s'accroche, on fonce, et on fait au moins semblant d'y croire, coûte que coûte. Surtout qu'il n'est pas exclu qu'il puisse être élu, et il faudra alors qu'il entre dans la peau de Conseiller d'Etat avec la plus grande conviction.

 

23/04/2012

Un dimanche aux urnes

292267_3441281304812_1053939925_3112534_1339210535_n.jpeg

Branle-bas de combat matinal. Mon fils de 19 ans est dans les starting blocks pour son premier vote de citoyen français. Mais lui qui n'a jamais vécu ailleurs qu'à Genève se trouve bien emprunté. Les brochures s'étalent dans toute la cuisine, et il se gratte la tête et le menton. Difficile de savoir précisément qui est de quel bord. "Cheminade, il est de gauche ou de droite?" me demande-t-il perplexe.

La brochure de Le Pen finit rapidement en 4 morceaux. "Au moins, là je suis sûr". Soulagement, je n'aurai pas à l'abandonner dans une boîte à bébés. Mon éducation subtilement gauchiste porte tout de même quelques fruits tardifs. Je pose un tasse de café brûlant sur la tronche de Sarkozy, l'air de rien, tout en redressant avec tendresse la brochure de Mélenchon. Allusion subtile. Je sais, je ne devrais l'influencer d'aucune façon. En Suisse, il a toujours voté sans m'informer de ses choix, semblant bien au fait des enjeux.

Mais là, rien n'est simple, et son engagement de citoyen responsable commence mal. Il n'a jamais mis les pieds au Consulat, n'a jamais pris la peine de demander un passeport ou une carte d'identité. Un français fantôme, comme beaucoup de jeunes bi-nationaux nés en Suisse. Bien que tous les membres de ma famille vivent en France depuis leur départ forcé d'Algérie au début des années 60, mon fils ne ressent aucune attache avec cette partie de ses racines. On pourrait même dire que son image de la France est fondamentalement mauvaise.

Arrivés dans l'ambiance feutrée de la patinoire de Sous-moulin parsemée de tables et d'isoloirs, rien à voir avec l'effervescence de 2007. Même à 14h, le calme et la sérénité règnent, et les retraités mobilisés nous accueillent avec le sourire. Tout semble mieux organisé, mieux maîtrisé. Comme si, après avoir lâché nos adresses email à tous les candidats (à la présidentielle comme aux législatives), le Consulat avait ressenti besoin de se racheter en nous évitant les queues interminables subies cinq ans plus tôt.

Cela n'empêchera pas le nouveau citoyen tout frais qui me sert de fils de se faire refouler. Pas en règle. Et les lamentations en tendant le livret de famille breton n'y changeront rien. Eva Joly perdra un jeune voix, sous les regards réprobateurs de nos compatriotes présents. Oui, on aurait pu s'organiser, s'intéresser, s'investir. Nous sommes de mauvais français, soit.

Cet épisode honteux se terminera pas un sms d'une jeune amie, elle aussi double nationale, croisée plus tôt en terrasse: "On a le droit de péter dans l'isoloir?". "C'est pas un isoloir, c'est un pissoir", répondra mon fils. Pas encore gagnée, l'éducation à la citoyenneté.

13:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : élections, france |  Facebook |

01/04/2012

Français hors de France, je vous aime

survivalgreydetail.jpeg

La campagne présidentielle française est lancée auprès des Français vivant à l'étranger. Nos boîtes email, bombardées de messages des candidats, en témoignent. Un grand merci au Consulat de brader nos données personnelles à n'importe qui, soit dit en passant. Chacun, à sa manière, nous rappelle à quel point il nous aime, nous qui sommes si loin de chez nous (sauf quand nous allons faire nos courses à Annemasse, évidemment).

Nous sommes des Français à part entière aux yeux de Bayrou (sans blague), et des ambassadeurs de la culture française dans ceux de Hollande (c'est vrai, je bois du pastis à l'apéro et si je trouve un porte-monnaie par terre, je le garde). Sarkozy, pour sa part, nous appelle la "France forte de l'étranger". Ca fait chaud au coeur.

Petit tour d'horizon des techniques d'approche.

François Bayrou joue subtilement la carte du vendeur au porte à porte de shampoing pour moquette. En gros: laissez-moi entrer, je ne veux rien vous vendre, juste enlever quelques taches, et ensuite on discutera. Pas un seul appel à voter pour lui. Il estime que "notre regard sur la France est probablement parmi les plus avertis et les plus objectifs qui soient". Mieux que quiconque, selon lui, nous voyons les forces et les faiblesses de notre pays. Notre expérience et notre vision depuis l'étranger sont précieuses, et il ne souhaite que recueillir notre avis et notre analyse. Et c'est tout. Si, si, juré. Je me sens soudain tout à fait compétente pour analyser la situation de la France et aider ce cher Bayrou à y comprendre quelque chose. Il me ferait presque pitié, tiens.

François Hollande commence par nous rappeler, en bavant d'envie, que nous sommes 2.5 millions. Il a fait ses calculs d'épicier, le socialiste. Pour vite nous faire oublier que nous ne sommes à ses yeux que des chiffres, il mise ensuite sur l'émotion: Il compatit à notre souffrance, celle que nous vivons au quotidien depuis 5 ans, en tant qu'ambassadeurs (bien malgré nous, mais qui osera le lui dire?) de notre beau pays. Oui, nous avons souffert de la dégradation de l'image de la France, et de l'absence d'une Présidence qui illustre les principes et valeurs du pays. Il nous tend un mouchoir en forme de bulletin de vote, en nous couvant d'un regard paternel et réconfortant.

Encore secoués de sanglots après cette séance libératrice chez le psy Hollande, le mail râpeux de Nicolas Sarkozy nous frappe de plein fouet. Après nous avoir rappelé, juste pour capter notre attention, que nous formions le peuple français, "avec son caractère, son génie, son panache", il passe directement au "Moi je" (ce qu'il maîtrise le mieux), pour nous faire un descriptif détaillé de son agenda des semaines écoulées, et nous en mettre plein la vue. C'est bien simple, toutes les phrases, absolument toutes, commencent par JE. On a dû lui dire à l'école que ça remplaçait avantageusement les points.

Moi...

j’ai immédiatement interrompu ma participation à la campagne présidentielle pour assumer pleinement mon devoir de Président.
je me suis rendu le jour même à Toulouse.
j’ai réuni, ensemble, en signe d’unité nationale, des représentants de la communauté juive et du culte musulman.
j’étais à Montauban pour rendre un hommage solennel à nos trois soldats français abattus.
j’ai tenu également à rendre hommage aux hommes du RAID.
je me suis rendu jeudi, à Strasbourg, pour parler des valeurs morales qui sont le fondement de notre Nation.
j’étais avec Jean-Louis Borloo à Valenciennes.
j’ai défendu à Rueil Malmaison mon projet d’une France forte.

Bref, il fait plein de trucs importants Sarkozy, il court partout, et c'est pour cela qu'il nous demande de voter pour lui. Malgré notre sale caractère, notre génie pour tirer au flanc et le panache qu'on peut se mettre au cul, comme Coluche.

Mélenchon et Le Pen n'ont de leur côté pas encore profité des listes consulaires pour nous draguer, nous les Français hors de France. Mais ça va venir, j'en suis sûre. J'ai hâte.

29/03/2012

Titanic en 3D, le trailer

titanic3.jpeg

Il n'est pas encore sorti, mais on a déjà la bande annonce, en avant première genevoise. Chaussez les lunettes, enfoncez-vous dans votre siège, c'est parti...

On y voit le Titanic PLR s'enfoncer dans les flots, doucement mais inexorablement. L'iceberg était pourtant visible de loin, mais l'inertie du navire et le manque d'anticipation de l'équipage le mènent maintenant à sa perte.

Les passagers UDC, relégués en 3è classe (leur odeur épicée dérangeait dans les beaux salons, paraît-il), ont néanmoins trouvé le moyen de rejoindre le chalutier du MCG, qui voguait justement à proximité, tout à fait par hasard. "Ca sent le poisson à bord, mais au moins ça flotte", se disent-ils en s'éloignant, abandonnant le Titanic à son sort.

Les quelques verts libéraux invités sur la croisière ont préféré tenter leur va-tout et sauter dans l'eau glacée, même s'ils ne savent pas encore bien nager. Des rescapés leur lanceront-ils des bouées? Suspense. La noyade semble programmée, mais ils se débattront jusqu'au bout.

Parmi l'équipage du navire en perdition, c'est la débandade. On a vu un mousse influent rejoindre seul la lointaine rive PS (un abandon de poste, certes, mais tout de même un exploit courageux), alors que d'autres tentent de rattraper à la nage le chalutier MCG/UDC. La plupart ne savent plus quelles tâches leur sont dévolues dans cette situation de crise. Les exercices d'urgence ont probablement été bâclés, par excès de confiance. Après tout, le Titanic PLR, construit récemment, avait été annoncé insubmersible.

Un des jeunes cuisiniers, commis aux épluchures mais caressant le rêve de coiffer la toque de chef, refuse de croire que son destin risque de prendre l'eau. Il reste derrière ses fourneaux, apparemment imperturbable. Toute cette agitation sur le pont s'apparente pour lui à de la mauvaise tambouille. Sa recette est prometteuse, il en est certain. Reste à trouver l'opportunité de la cuisiner, et de la servir, sans boire la tasse.

Seul dans la cabine de pilotage, le jeune capitaine s'indigne et s'insurge de voir son équipage perdre ses nerfs, et les chaloupes s'éparpiller sur les flots sans aucune coordination. Il s'accroche à la barre devenue inutile, et serre les dents.

Sur le pont, l'orchestre du PDC reste fidèle au poste, et accompagnera le naufrage jusqu'au bout. Il n'a nulle part où aller, il faut dire, alors il joue.

Ah, ça donne envie de voir le reste du film! C'est quelque chose, la 3D.

26/03/2012

Qu'on ne dise pas que je n'aime pas les femmes

 

47938741.jpegPeut-on être femme, militante socialiste, et ne pas être intimement réceptive au chant des sirènes prônant la parité à tout prix? Dérangeant de devoir se l'admettre, et politiquement peu correct de le verbaliser.

Et pourtant, j'ose...

...Avouer que j'ai ressenti un profond malaise devant l'argument massue "Si vous n’élisez pas une femme aujourd’hui, il n’y en aura pas dans la campagne", avancé samedi au congrès du Parti socialiste Genevois, et largement ovationné. Novice en politique, je me suis alors naïvement demandée si la mission du PS était donc d'être le garant d'une parité absolue, même en dehors du parti. Les quatre autres partis lorgnant sur le siège vacant ont tous choisi des hommes, soit. S'il est évident que c'est par défaut (aucun n'avait le choix d'une femme apte à figurer dans cette campagne), est-ce de la responsabilité du PS de rétablir une portion d'équilibre, quitte à prendre le risque de ne pas remporter l'élection?

...M'attrister de l'éviction sans appel de Manuel Tornare. Encore une fois souffleté par le gant du féminisme, le candidat le plus dangereux pour la droite s'en retourne donc dans "la fosse aux ours", comme il dit avec un humour désabusé. Samedi à Carouge, on avait presque le sentiment de le voir partir pour le cimetière des éléphants. Dieu sait s'il faisait pourtant le poids pour écraser ses concurrents. Même la droite l'avoue a posteriori, entre deux soupirs d'un soulagement quelque peu prématuré.

...M'étonner que le genre reste un critère en soi, dans une élection complémentaire (forcément délicate, vu le contexte) fortement basée sur la notoriété, la personnalité, la capacité à rassembler et rassurer. J'ai découvert il y a deux jours, un peu dans la douleur, qu'on ne faisait pas de petits arrangements avec la parité, au PS. La ligne est maintenue, coûte que coûte. Mais on pourrait dire que c'est finalement assez noble, en comparaison de la perte d'odorat du candidat du P(L)R.

...Regretter que le mot "femme", dans la déclaration "Il est temps que les femmes aillent au gouvernement", ait été préféré à "personne compétente et fiable". Car c'est bien de cela dont notre République a grand besoin. D'un/e Conseiller/ière d'Etat hautement compétent/e, avant tout. Quitte à ce que cela soit éventuellement une femme, bien évidemment, si elle répond à ce critère.

Mais qu'on ne dise pas que je n'aime pas les femmes. Je ne les aime simplement pas plus, ni moins, que les hommes (du moins en politique). Et je voterai bien entendu pour Anne Emery-Torracinta, avec conviction, respectant le choix de mon parti. Comme l'ensemble de la gauche, unie pour l'occasion comme un seul homme, si j'ose dire. Les regrets personnels, une fois exprimés et purgés, n'ont ensuite plus leur place dans une campagne qui s'annonce féroce, et qui a déjà porté ses premiers coups bas, à peine lancée.