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14/12/2011

"Buvez, éliminez!": Une nuit de conseil municipal

 

budget-2011-1.jpegA mon grand dam, j'ai raté samedi soir les mea culpa culturels de Michel Chevrolet et Florence Kraft-Babel, avantageusement remplacés, je dois dire, par la vision de Michèle Künzler dansant sur de l'électro au MàD, et écoutant religieusement Greta Gratos lui sussurer "Mobilisez-moi" sur l'air bien connu de Juliette Greco.

Ce lundi soir, pas question de risquer de rater à nouveau un autre moment unique et inattendu de la politique genevoise. J'ai donc accompagné nos élus dans leur marathon budgétaire. Et je dois dire que je ne me suis pas ennuyée une seconde, au gré des amendements qui défilent et des débats qui s'enlisent. Morceaux choisis!

Alexandra Rys, présidente du Conseil municipal, autorise d'une air goguenard "une certaine vivacité de langage". Ce qui n'a pas empêché Grégoire Carasso (PS) de risquer le coup de règle sur les phalanges en plaçant le mot "cunnilingus" dans le débat. Jusqu'à ce qu'une "vasectomie" presque pertinente du PDC ne lui vole la vedette.

La même Alexandra Rys n'hésite pas à bouder bras croisés et yeux fermés, semblant ne plus entendre personne, quand on remet en question sa gestion des débats. Pour ensuite bien faire comprendre à l'assemblée qu'elle avait raison en reprenant la parole avec une voix de "Je-vous-l-avais-bien-dit" et un petit sourire satisfait. Je ne sais pas vous, mais moi j'ai presque entendu un "nanana nanèreuh", à ce moment-là.

Michel Chevrolet (PDC) se pose en grand défenseur des opprimés, des laissés pour compte, des veuves, des orphelins, des associations et des artistes. Bref, de tous ceux qui souffrent en général. Du trémolo dans la voix, le corps secoué de spasmes d'indignation, il me tire presque une larme.

Daniel Sormanni (MCG), au fil de ses multiples interventions choc, me permet de comprendre que je dois vraiment me débarrasser de la veste en cuir trop petite qui traîne encore au fond de mon armoire. Définitivement out. Tout comme les amendements de son parti contre la culture, lâchés par le PLR et le PDC.

Chaque intervention de Jean-Marc Froidevaux (PLR) me ravit. Le ton (modéré) et le verbe (choisi) de ce petit homme délicat me donnent envie d'aller me faire un thé. De Chine, dans de la porcelaine de Limoges, et de le boire en levant le petit doigt bien haut. Finalement, l'envie passe quand Alexandre Wisard (Les Verts) reprend la parole, et ce sera donc une bonne bière.

Sinon, j'ai promis de ne pas me moquer de l'accent de Simon Brandt (PLR). Et je tiendrai parole.

Entre les deuxième et troisième débats, c'est le temps des regrets et des remords, noyés dans le vin de la buvette. On promet de réparer des erreurs et on prévoit déjà quelques vains coups d'éclat pour l'honneur.

A l'aube du troisième débat, Olga Baranova (PS) menace de tuer un chaton pour tout amendement qui sera argumenté trop longtemps. Elle a sûrement fait passer le mot parmi les élus car la trentaine de nouveaux amendements sont expédiés à la vitesse du nouveau tram 14 (non pardon, chers usagers des TPG, mauvais exemple). Personne, surtout le MCG et l'UDC, n'a eu envie de voir mourir des chatons bien blancs nés et vivants à Genève, qui ne réclament aucune subvention ni allocation familiale, et qui n'encombrent pas les structures d'accueil d'urgence. Bien joué Olga!

En parlant des TPG, un amendement surprise voit la Ville se substituer à la Régie publique pour le financement d'un retour de la ligne 32. L'année prochaine, je demande à la Ville de mettre au budget (également par surprise en troisième débat alors que tout le monde somnole) un vol direct Easyjet Genève-Luxembourg pour aller voir ma soeur plus souvent.

On tente une dernière fois d'augmenter le salaire horaire des nettoyeurs, juste avant que ceux-ci ne viennent effectivement ramasser les amendements chiffonnés et briquer les cuvettes des toilettes passablement manquées par des jets avinés ou pressés de retourner voter.

Passons sur les tours de passe-passe, sur la multiplication miraculeuse des économies et des recettes. Après avoir vu Rémy Pagani marcher sur l'eau qu'Esther Alder venait de changer en vin, le budget 2012 est enfin équilibré, et voté.

 

12/12/2011

Des indignés à la croisée des chemins

 

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On a déjà tant écrit sur les indignés des Bastions. Trop peut-être. Certains les trouvent inutiles, ridicules, gênants. D'autres courageux, dignes, inspirants. Ils ne suscitent chez moi qu'une indifférence amusée, parfois teintée d'agacement. Pourquoi ne suis-je pas plus touchée par les tentes et les braseros?

Ils se disent "hors partis, hors tout", nos indignés. Hors tout, vraiment? Quelque chose m'échappe. Que signifie être "hors tout" quand on vit dans un des endroits les plus riches et privilégiés de la planète? Comment s'affranchir de tous les liens politiques, professionnels, de toutes les dépendances matérielles pour "créer des espaces de réflexion nouveaux, introduire de nouveaux mécanismes"?. Mais sans doute suis-je trop pragmatique, trop "dans le rang" pour comprendre.

Leurs derniers projets, confiés aux médias? Une infirmerie, ou encore relier des espaces du camp entre eux. On les penserait presque plus focalisés sur le fonctionnement de leur camp que sur celui de la nouvelle société dont ils rêvent. C'est que le sujet est vaste, insaisissable, impalpable, hors de portée. Un campement, c'est concret, visible. Mais en soi, ça ne signifie rien.

Les indignés sont à la croisée des chemins. Qu'ils finissent par lever le camp à l'approche des fêtes de fin d'année, et on les raillera avec des "Tout ça pour ça" ou encore des "Les petits bourgeois rentrent chez eux pour Noël". Qu'ils s'entêtent et restent, et ils agaceront de plus en plus, jusqu'à la rupture.

Sauront-il transformer leur "micro société reliée par internet aux autres indignés" en un projet concret pour Genève? Car le campement des Bastions aura, tôt ou tard, une fin. Le Conseil administratif de la Ville de Genève ne pourra pas indéfiniment prolonger leur autorisation (pour l'instant non limitée ni dans le temps ni au niveau du périmètre). Les indignés auront alors plusieurs choix: laisser le mouvement se disperser et mourir, trouver un autre campement ailleurs et stagner, ou annoncer que le mouvement des indignés genevois continue, autrement.

La suite logique, après avoir focalisé l'attention des médias et du public, serait de le structurer en association, afin de rallier les bonnes volontés, faire fructifier les idées et leur donner du corps (pour ne pas dire du sens). Car oui, chers indignés, c'est possible sans perdre son âme ou se vendre au "système".

Pourquoi ne pas prendre exemple sur le Réseau d'objection de croissance (ROC)? Ce mouvement est né en novembre 2008 d'une modeste action de "journée sans achats" menée dans les rues de Genève. Il s'est inscrit dans une constellation de mouvements analogues en France et ailleurs en Suisse. Depuis, il a fait des petits dans plusieurs cantons romands, comme Neuchâtel et Vaud et est très actif. Les membres du ROC, issus de tous les milieux et de tous âges, n'ont-ils pas réussi justement à "créer des espaces de réflexion nouveaux" tout en ne rejetant pas en bloc toute la société ou toute hiérarchie?

Même si j'avoue ne pas comprendre le mouvement des indignés au niveau de sa forme, je lui souhaite de trouver le moyen de continuer d'exister, car les utopistes et les rêveurs sont nécessaires dans notre société malade. Ils nous font réfléchir et nous remettre en question. S'ils arrivent en plus à trouver le moyen d'agir efficacement, même au modeste niveau d'une petite ville ou d'un petit canton, alors ils n'auront pas campé pour rien.

17/11/2011

Journal d'une blonde en politique

woman_screaming.jpegEn début d'année, j'ai constaté que les conversations chez ma manucure étaient en train de prendre un nouveau tournant. Les potins de Voici étaient soudain délaissés et on ne parlait plus que de "celui qui faisait le pitre avant à la télé" ou de "celui qui a un nom pas de chez nous et qui ne sourit pas assez".  Pour ne pas passer pour une idiote auprès des autres clientes lors de mes séances de retouches hebdomadaires, j'ai décidé de m'intéresser à la politique en Ville de Genève. Plus encore, de m'y investir.

Restait à choisir une famille politique. Un parti, c'est avant tout des idées, un programme, me direz-vous. Certes, mais avouez que c'est aussi une question de couleurs. Partout des ballons, des banderoles, des affiches, des écharpes. Du rouge, du vert, du bleu, de l'orange... Mon amie Brigitte, qui donne des cours de relooking, m'a donc suggéré de baser mon choix sur une analyse des couleurs qui siéraient le mieux à mon teint, selon la méthode dite des "saisons". Après m'avoir jeté autour du cou toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et leurs dérivés, il s'est révélé que j'étais de type "hiver", et que la couleur "amie de mon teint" était le rouge.

J’ai donc finalement adhéré au PSG, qui a le bon goût d'avoir les mêmes initiales que le Paris St Germain. Avec un peu de chance, les attaquants y auraient également le muscle saillant et le mollet puissant. Et effectivement, tous les samedis matin, place du Molard, quelques très bons joueurs semblaient foncer droit au but en distribuant des ballons. Surtout celui qu'ils avaient racheté à coup de millions au club Al-Ansar de Beyrouth.

Tout s'est compliqué quand j'ai reçu une enveloppe grise remplie de noms et de visages encore inconnus. Grâce au site internet Smartvote, bien mieux conçu que Meetic, j'ai pu découvrir avec lesquels de ces messieurs j'avais des affinités, et plus si Entente. Ayant complété dans les remarques personnelles que j'aimais manger, sortir en boîte et m'amuser, j'ai attendu qu'un certain Michel C. (qui avait sans doute inscrit les mêmes remarques vu notre taux de réponses communes) me contacte.

Mais aucune nouvelle. Il devait être trop occupé à chanter dans des vidéos kitsch. Par dépit, j'ai pensé sélectionner tous les candidats les plus mignons de tous les partis et les réunir sur une liste vierge. Tant qu'à faire, autant que mon destin de citoyenne soit entre les mains de beaux gosses. Mon coiffeur, bien qu'également séduit par cette perspective, m'a ramenée à la raison. il m'a fait remarquer que cela aurait le même effet que s'il me donnait un rendez-vous pour un brushing sans me réserver de fauteuil. J'ai donc voté "compact".

La complexité de cette campagne m'a rappelé un jeu qui s'appelle "Twister". On roule un dé, et on doit faire des grands écarts avec une main sur le rouge, un pied sur le vert, l'autre sur le bleu... certains semblaient avoir choisi la logique de ce jeu pour déterminer leurs alliances. L'embêtant avec Twister, c'est que les positions contre-nature qu'il implique révèlent parfois les dessous. Mieux vaut donc qu'ils soient propres.

Le joueur libanais que je soutenais a finalement marqué. L'ex futur maire de Genève a abandonné la musique, même s'il joue encore du ciseau. Je peux me consacrer aujourd'hui un peu plus assidûment à ma passion première, le shopping chez Louboutin.