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28/01/2014

Cher Antonio...

0_ac05f_6ba6ff56_L.jpgJe sais, on est pénibles, nous les citoyens de ce canton. Vous avez à peine lâché le t-shirt cool et le jeans élimé pour le costume cravate qu'on vous embête déjà. Vous avez commencé tranquillement à prendre connaissance de vos dossiers en prenant celui qui est au-dessus de la pile, mais voilà qu'on vous exhorte à considérer celui qui tout en dessous. Ou au fond du tiroir. 

Les logements vides, la LDTR, la possibilité qui est vôtre de décider d'une expropriation temporaire en cas de vacance suspecte de plus de 3 mois, on vous envoie tout à la figure sans ménagement. Du coup, des vacances, on espère que vous n'allez pas en prendre tout de suite, car vous avez du boulot, là. Une première liste de 114 logements vides douteux identifiés par des citoyens concernés (et excédés) vous est parvenue début janvier, établie en quelques jours seulement. Aujourd'hui, une nouvelle liste de 102 adresses vous a été envoyée, alors que nous n'avons aucune nouvelle de vous en ce qui concerne la première. 

Votre vie de Conseiller d'Etat en charge du logement ne va pas être un long ruisseau tranquille, vous devez le pressentir. Tout comme celle de votre ancienne co-listière ne l'a pas été non plus, se transformant même en roman-fleuve, parce que les citoyens ne se sentaient pas entendus. 

J'ai voté pour vous, parce que je vous considérais comme jeune, dynamique, humain. Que de clichés favorisés par votre sourire charmant, vos yeux pétillants et votre enveloppe avantageuse. Des enveloppes, vous en avez dorénavant deux sur votre bureau. Ouvrez-les, lisez-les attentivement, remémorez-vous le jeune militant fougueux que vous étiez il n'y a pas si longtemps, et de grâce, prenez les choses en main, en faisant analyser sans concessions les cas identifiés. 

Ah, vous allez vous faire quelques ennemis parmi de puissants lobbies, et on vous met peut-être en garde, on vous dit sans doute qu'il vaut mieux ménager la chèvre et le chou, surtout en début de mandat, alors que vous n'avez pas encore fait vos preuves et que votre parti a perdu de sa superbe. Je comprends votre dilemme… Caresser les milieux immobiliers dans le sens du poil ou répondre concrètement aux préoccupations de la population? Qui peut vous mettre le plus de bâtons dans les roues? Eux? Nous? Michèle Künzler pourra peut-être vous éclairer sur ce point, elle a une certaine expérience des bâtons. 

Votre silence, votre gêne face à cet acte citoyen que vous nommez "délation" en faisant la grimace, nous déçoivent déjà. Ne nous décevez pas davantage, je vous en prie. Certes, nos voix ne pourront pas tomber dans l'urne avant quelques années, mais le temps passe si vite… Vous avez là une occasion unique de vous positionner comme un jeune Conseiller d'Etat fort et indépendant, et qui agit concrètement en faveur du logement à Genève, ne la ratez pas. 

Vous devez nous trouver bien présomptueux de vous suggérer comment mener votre barque, mais n'oubliez pas que c'est nous qui l'avons construite de nos voix, nous qui avons fourni les rames, alors ramez, maintenant! 

Avec mes salutations respectueuses,
Catherine Armand

Pour info: le groupe Facebook "Appartements vides à Genève":  http://www.facebook.com/groups/appavid

27/01/2014

Une nouvelle nuisance: le clubbing d’altitude

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Pour convaincre les jeunes adultes de se remettre aux sports d'hiver, certaines stations, en France comme en Suisse, ont trouvé la solution: transformer les terrasses de leurs bars d'altitude et le bas de leurs pistes en boîtes de nuit à ciel ouvert.

La neige se faisant plus rare et la crise aidant, le nombre de skieurs, qui était en forte progression depuis 30 ans, est en train de stagner, et a même drastiquement diminué en ce qui concerne les jeunes (-30% en dix ans). Attirer une nouvelle clientèle, pour les grands domaines qui ont fait des investissements lourds, est parfois devenu une question de survie. 



Eh oui, il faut divertir, occuper, proposer des activités "fun". Les jeunes ne vont pas à la montagne pour y trouver de la tranquillité et y entendre les marmottes, mais pour s'y amuser. Partout, sur les pistes comme au bas de ces dernières, on est assailli par la musique techno et entouré de jeunes fêtards déchaînés. Les bars extérieurs avec plancher pour danser y sont devenus monnaie courante, tout comme les "Snow parcs" envahis de décibels agressifs dont les basses se diffusent sur toutes les pistes attenantes. En haut, on boit (beaucoup), puis c'est le ballet des motoneiges et des pisteurs pour redescendre les skieurs avinés, devenus dangereux sur les pistes. En bas, les after se prolongent, et ça hurle jusqu'à point d'heure dans les rues des stations.

Skieurs alcoolisés

Certains grands domaines skiables sont même devenus de véritables parcs d'attraction. Pour exemple, la "Folie douce", un célèbre bar d'altitude de Val Thorens (www.lafoliedouce-valthorens.com), où se déroulent d'immenses after ski parties quotidiennes avec DJS stars, dancefloor, musique à fond, alcool coulant à flots, et jolies filles en petite tenue. Ce concept connaît un tel succès depuis quelques années qu'il a même essaimé sous forme de franchises dans d'autres grandes stations comme Méribel ou Val d'Isère. Et après les fiestas, c'est une mer de canettes, verres et mégots digne des plus grands festivals qui témoigne de la folie techno de la journée.

Conséquence directe de cette nouvelle façon d'envisager les sports d'hiver? Une nette augmentation de skieurs alcoolisés sur les pistes, avec chaque année, en France comme en Suisse, des hypothermies ou des accidents graves lors des retours en station, dus à la consommation d'alcool et de cannabis. Le Bureau de prévention des accidents (BPA) s'inquiète d'ailleurs de ce phénomène et de la multiplication des bars sur les pistes, sachant qu'une grande majorité des skieurs se rend dans les stations en voiture.

Mais il est vrai que cette tendance concerne surtout les "usines à ski". Pour éviter ces lieux de clubbing et de beuverie d'altitude, il suffit de privilégier des stations plus familiales et plus tranquilles (car heureusement, il en reste encore). D'ailleurs, dorénavant, j'irai batifoler dans la neige à La Fouly. Trois télécabines, pas de gros son, pas de folie. Juste la montagne!  

La Folie Douce de Val Thorens: 

Texte publié le 17.1.2014 sur www.bluewin.ch via ATCNA

24/01/2014

La lente agonie des buffets de gare

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Les buffets de gare sont en voie d'extinction en Suisse. Ils meurent les uns après les autres au gré des rénovations, dans l'indifférence générale. Adieu les mets de brasserie, les boiseries, l'ambiance sombre et feutrée, les banquettes en cuir usé, les peintures murales ou les hauts plafonds.

Dans la plupart des grandes villes de notre pays, les voyageurs fatigués et encombrés de valises ont perdu ces havres de paix hors du temps, remplacés par des bars-lounge, des self-service sans âme, ou des usines à hamburgers, dans lesquels on ne s'attarde qu'à contrecœur en attendant son train, résigné. Les retraités qui tapaient le carton, les ouvriers qui ouvraient leur journée à la bière ou au ballon de blanc n'osent plus trop y mettre les pieds. Ces lieux de vie et de rencontres improbables sont devenus aseptisés et impersonnels.

Avez-vous déjà bu un café dans le bistrot qui fait désormais office de buffet de gare à Genève? Le concept hybride avec sa décoration mi-italienne mi-américaine (façon route 66) laisse songeur. Il a, pour le pire, remplacé une cafétéria qui fichait déjà le bourdon. Alors, pour vous remonter le moral, allez donc faire un tour au buffet de la gare de Lausanne, encore préservé, où l'on peut déguster de la tête de veau ravigote à toute heure sur des nappes immaculées, sous l'œil attentif de serveurs aguerris magnifiquement habillés de grands tabliers blancs.

Quand par chance, dans une autre ville du pays, vos pas vous guident vers un vrai buffet à l'ancienne, prenez votre temps, savourez ce lieu peut-être lui aussi menacé d'être remplacé par une chaîne plus rentable, commandez un bœuf bourguignon ou une choucroute, et au besoin, ratez votre train. Des trains, il y en aura toujours. De vrais buffets, plus pour longtemps.

Texte publié sur www.bluewin.ch le 9.12.13 via ATCNA
Photo: Stéphane Guex-Pierre 

21/11/2013

Chronique d'une journée aux Urgences

hug_zoom945.jpgSept heures. C'est le temps qu'il m'a fallu pour lire deux livres entiers, aux Urgences des HUG, en attendant patiemment qu'on me dise que je n'étais pas en train de mourir d'un AVC. Cela faisait plus de 10 ans que je n'avais pas mis les pieds dans ce service où se côtoient la souffrance, la misère, l'inquiétude, ou simplement le besoin d'attention. 

A l'entrée déjà, le cadre est posé. Vous faites la queue, debout, en attendant de raconter vos petits bobos, ou vos vrais malheurs. Comme la réception est à quelques mètres seulement de l'entrée, la file s'étire et se tord pour ne pas se retrouver happée par la porte tournante automatique. Chancelante et prise de vertiges, vous vous demandez pourquoi on ne pourrait pas imaginer -soyons fous- un automate qui cracherait des numéros, et qui permettrait de s'asseoir en attendant son tour. Mais ce concept (ô combien révolutionnaire) n'a pas encore franchi le seuil de l'hôpital. Dans 20 ans, peut-être, quand il aura bien fait ses preuves ailleurs, à la Poste, aux guichets des TPG ou à ceux des CFF. En vous faisant ces réflexions audacieuses et créatives, vous avancez tout de même, à petit pas, vers la prise en charge. Non, pardon, pas encore. Vers le dispatching qui va vous trier selon la gravité de votre cas. 

Au bout de 30 minutes d'attente sur vos deux pattes peu fiables, l'infirmière vous hèle d'un "Suivant!" très réconfortant et chaleureux. Vous avez mal ici, vous avez mal là, tout est noté. Puis vous attendez, encore, cette fois affalée dans un coin sur une chaise roulante, l'inscription administrative. Après avoir décliné votre identité, assurance et domicile d'une voix chevrotante, cartes à l'appui, vous voilà sommée de suivre la ligne orange. Enfin! Si on vous attribue la couleur orange, c'est que votre cas va être traité rapidement, vous dites-vous, pleine d'espoir. L'orange n'est-il pas la couleur du danger? Comme vous vous imaginez en train de saigner du cerveau depuis votre arrivée, vous vous sentez enfin comprise. 

Vous suivez donc la ligne orange, un petit bracelet autour du poignet. Ca y est, vous êtes dans le système, fichée… Vous existez en tant que malade à l'article de la mort (selon vous). Mais au bout de la fameuse ligne orange, vous ne trouvez pas le paradis. Juste un couloir, avec des fauteuils. Ils sont tous occupés, certains malades en occupant même deux, endormis ou tendus dans la douleur. Tous ont l'air fossilisés. Après une heure d'attente, debout, puis de guerre lasse assise à même le sol, à regarder de jeunes internes passer et repasser sans vous jeter un regard, vous avez compris. Vous êtes là pour longtemps, très longtemps. Pour tenter de distraire votre esprit de ce possible AVC en train d'inonder votre cerveau, vous sortez votre liseuse, pensant avancer d'un chapitre ou deux dans votre dernier bouquin en cours. 

Quand vous arrivez à la dernière page, deux heures plus tard, votre nom résonne enfin dans le couloir. On vous appelle, on va s'occuper de vous! Tout de même, à Genève en 2013, on ne va pas vous laisser mourir seule dans un couloir sous des néons blafards! On vous parque dans un box, où vous attendez encore une bonne trentaine de minutes en comptant les trous du faux plafond. Le jeune interne qui finit par arriver n'a pas encore réussi à faire pousser sa barbe, mais il semble fier de sa blouse blanche (il doit la porter depuis hier, vous dites-vous). Après quelques questions dont les réponses semblent le laisser perplexe et des jeux amusants à se toucher le nez, marcher sur une ligne invisible et suivre un stylo des yeux, il décide de vous confier à une neurologue. 

De nouveau 30 minutes à compter cette fois les failles du mur. Puis une jeune femme blonde à l'accent allemand vous repose les mêmes questions et souhaite vous faire repasser les mêmes tests. "J'ai déjà tout dit à votre collègue, c'est écrit dans le dossier bleu, là", osez-vous avancer, avant de vous taire et d'obtempérer sous la menace d'un regard noir. 

Pour vous punir de votre effronterie, on vous renvoie à nouveau dans le couloir encombré. "Non! Pas dans le couloir de la mort!", criez-vous intérieurement, un brin hypocondriaque tout de même. Pendant les deux heures qui suivent, vous entamez votre deuxième bouquin. Votre liseuse électronique et son immense bibliothèque intégrée est votre meilleure amie, surtout depuis que votre téléphone portable est mort (le lâche). Vous ne pouvez même pas vous apitoyer sur votre sort sur votre profil Facebook et susciter de la compassion virtuelle. Vous êtes malade, vous êtes seule, et vous attendez. Jamais le mot "patient" n'a eu pour vous autant de sens. 

Vous êtes arrivée à midi, il est maintenant 18h30, et toujours rien. On vous ignore royalement, vous et votre terrible AVC en puissance. Sur une impulsion, vous vous emparez de votre manteau, foncez à la réception de la "zone orange", et déclarez que vous vous en allez. Vous avez faim, vous avez des choses à faire, et puis c'est tout (et vous avez envie de fumer une cigarette, mais chut). Autant mourir à l'air libre, ou à la maison, si vous arrivez jusque-là. Ah, votre coup de gueule déclenche enfin un appel téléphonique pour vous faire passer un scanner. Miracle!

A 19h30, vous voilà enfin libre. Au milieu de la rotonde, vous inspirez, et vous allumez cette cigarette dont vous rêvez depuis 7 heures. Avec pour seul bagage un "anévrisme sentinelle pas complètement écarté", vous marchez la tête haute, espérant ne pas avoir à revenir aux Urgences avant très longtemps. En reconnaissant toutefois que, même s'il vous a fallu poireauter pendant presque une journée entière, vous avez pu avoir accès à un médecin, un neurologue et un scanner. En arrachant votre bracelet en plastique, vous vous dites que vous avez de la chance, après tout. 

21/10/2013

Censurée par Facebook pour avoir publié la photo de l'amende d'Eric Grassien

1374629_10201456175380332_1225909280_n.jpgSuite à mon dernier billet informant de l'amende de CHF 1'060.- reçue par Eric Grassien, le tétraplégique qui avait campé plus de 50 jours sur la place des Nations cet été, j'ai eu l'outrecuidance de publier sur mon profil Facebook la photo de ce document, afin de confirmer le contenu de mon billet. Mal m'en a pris! Moins de 24h plus tard, cette publication était signalée et dénoncée au réseau social en tant que "contenu inapproprié" et supprimée. Dans la foulée, mon accès a été bloqué pendant douze heures. 

L'anonymat des personnes en dénonçant d'autres sur Facebook étant garanti, je n'ai aucun moyen de savoir qui a signalé cette publication ni pour quels motifs. Mais le plus étrange est qu'une simple amende que le destinataire avait accepté de voir publiée et ne mentionnant pas son adresse ne semble pas correspondre aux critères permettant un retrait, à savoir (selon les conditions générales): 

Violence et menaces
Suicide ou blessures à son propre encontre
Intimidation et harcèlement
Discours incitant à la haine
Nudité et pornographie
Identité et confidentialité (coordonnées ou d’autres informations personnelles)
Propriété intellectuelle
Hameçonnage et courrier indésirable

Pourtant, le couperet est tombé et j'ai été censurée sans préavis. J'en déduis que le fait de rendre public cette image (pourtant largement relayée par d'autres membres du réseau et également publiée sur le blog d'Haykel Ezzeddine) a fortement dérangé. Qui? Mystère! Pourquoi? Si on peut admettre que "la loi est la même pour tous" et qu'Eric Grassien, tout handicapé qu'il soit, ait effectivement "refusé de circuler" (notez l'ironie de la chose), le hasard du calendrier n'arrange certainement pas tout le monde, même si le service des Contraventions continue de faire son travail (et bien heureusement) sans tenir compte des enjeux électoraux. 

Cette affaire de censure que j'estime injustifiée a eu autant de retentissement que celle de l'amende elle-même et a été relayée et commentée par de nombreuses personnes, y compris par les médias. Entretemps, Eric Grassien a fait opposition. Affaire à suivre, donc. 

RSR La Première, le 12:30: http://www.rts.ch/audio/la-1ere/programmes/le-12h30/52860...

RTS1 Téléjournal de 19:30: http://www.rts.ch/video/info/journal-19h30/5305956-eric-g...

RSR La Première, la chronique satirique de Pascal Bernheim: http://www.rts.ch/video/la-1ere/pascal-bernheim/5305449-s...

Photo: ©Haykel Ezzeddine