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15/02/2015

Cordon ombilical

smartphone, autonomie, batterieLa faible autonomie de la batterie des smartphones ne nous permet plus, aujourd'hui, de passer une journée entière sans les relier régulièrement à leur cordon ombilical. L'angoisse pour l'utilisateur en déplacement? Trouver une prise électrique, et vite.

Quand j'ai pris possession de mon premier téléphone portable en 1997, on me promettait la liberté. Et on ne me mentait pas, à l'époque. Ces petits appareils avec pour seule fonction de téléphoner étaient peu gourmands en énergie et pouvaient rester au fond de notre sac pendant plusieurs jours sans montrer de signes de faiblesse. Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, mon téléphone est "smart", mais paradoxalement, il ne peut plus survivre plus de quelques heures sans être relié à une prise électrique. De coureur de fond, il est devenu sprinter, c'est-à-dire puissant et rapide, mais sur une très courte distance.

Du sentiment de liberté des débuts, on est passé à l'angoisse de la batterie à recharger. J'ai beau le mettre sous perfusion toute la nuit, si j'ai devant moi une longue journée en déplacements, mon appareil si intelligent me lâchera avant le soir. Sauf si je l'ignore, ne l'utilisant que pour passer quelques coups de fils, comme au bon vieux temps. Mais comment résister à la tentation de consulter mes emails, de nager dans le flux Facebook, de jouer au Scrabble en ligne, de consulter les horaires CFF ou de poster quelques photos sur Instagram?

Alors, partout où je vais, je traque les prises électriques. Dans le train, au restaurant, au salon de coiffure, chez mes amis, je les repère au premier coup d'œil, et avec un soupir de soulagement, je branche mon smartphone. Je vais gagner quelques pour-cent de batterie, de quoi tenir un petit peu plus longtemps...

Malgré tout, le moment tant redouté finit toujours par arriver. Mon smartphone, avec une petite vibration, rend son dernier souffle. L'écran noir reflète mes traits sous tension. Vivant, il me connectait au monde. Mort, il fait office de miroir, me mettant face à ma dépendance. Je vous le dis, la prochaine grande révolution en termes de téléphones portables ne sera ni dans la forme, la taille, l'épaisseur, ni dans les fonctions. Ce que le monde connecté attend aujourd'hui, c'est juste une batterie qui l'accompagne du matin jusqu'au soir.

20/07/2014

Le trou de la serrure

FacebookJe ne te connais pas, tu ne me connais pas.

Le lien virtuel est ténu, pour ne pas dire inexistant. Je suis un nom et un visage figé parmi des centaines d'autres, et tes publications apparaissent parfois par hasard sur mon mur Facebook. Je ne suis pas ton amie, je n'ai aucun conseil à te donner, et pourtant je te tutoie. Car ton nom qui passe dans ce flux incessant fait partie, dans une moindre mesure, de ma vie virtuelle. Au gré de tes coups de gueule et de tes états d'âme, tu m'as donné de quoi te connaître un peu, ou en tout cas de connaître ce que tu veux bien montrer de toi. 

Et c'est là le noeud du problème. Pourquoi partages-tu avec moi, et les autres, des choses qui devraient rester de l'ordre de l'intime? Tu as le coeur brisé, et tu le cries. Tu ne sais pas que je suis là, mais je t'entends. Ou plutôt je te lis. Les détails affluent au gré des commentaires. Je pourrais être assise à côté de toi dans le bus, et t'entendre malgré moi raconter ta rupture au téléphone à ta meilleure amie. J'en serais tout aussi gênée, mais au moins je n'entendrais pas les réponses. Là, je vois tout, je sais tout. Tes doutes sur ta capacité à être aimée, le manque de dialogue, l'incompréhension suite à son départ, tes résolutions manifestées sous l'emprise de la colère, les réactions outrées ou rassurantes à ton égard, les conseils qui partent dans tous les sens, les petits coeurs qu'on t'envoie pour te consoler. Tout. 

Tu as volontairement, par ta publication et tes réponses de plus en précises aux nombreux commentaires, impliqué des inconnu-e-s dans ta souffrance. Elle m'a sauté au visage en ce dimanche cotonneux sans que je puisse m'en protéger. Mais je te l'avoue, au lieu de zapper, j'ai lu. J'ai regardé par le trou de la serrure. Je m'en veux un peu de ma curiosité mal placée, certes, mais le trou est immense, et ne laisse que peu de zones d'ombres. 

Que puis-je en faire, que dois-je en faire? Ajouter ma voix (ou plutôt mes mots) à la cacophonie des conseils? Ou me taire, embarrassée de ce partage qui ne me regarde pas? J'ai choisi de te parler indirectement dans ce billet, sans te nommer. Pour te dire d'appeler tes amis, de les voir, pour qu'ils te prennent dans leurs bras et te consolent. Pour qu'ils te disent que, oui, tu peux être aimée. Moi je ne peux pas le faire, je ne te connais pas, tu ne me connais pas.

26/11/2013

Triste trait

bitstrips-un-lendemain-de-soiree-assez-particulier-en-version-bd_137213_w460.jpgVous avez toujours rêvé d'être un héros de bande dessinée? Voilà que Facebook vous offre cette possibilité -au moins celui de votre propre vie telle que vous l'imaginez- avec la nouvelle application Bitstrips. Vous créez votre avatar, au plus proche de votre physique, quelques rides et kilos en moins (on ne va pas se priver de s'améliorer un peu à bon compte). Puis vous choisissez parmi un certain nombre de situations formatées, dans lesquelles votre visage et ceux de vos amis donnent vie aux personnages. Vous ajoutez des dialogues, une légende dans laquelle vous parlez de vous à la troisième personne, et le tour est joué. Vous voilà effectivement héros de bande dessinée. 

Le trait est grossier, les couleurs trop vives, et les décors forcément très américains, mais qu'importe, en une case, vous partagez d'une façon "sympathique" votre humeur ou votre journée. A priori, tout cela n'est pas bien méchant, et ne fait de mal à personne, sinon à votre flux Facebook, envahi d'avatars aux traits déformés ou figés. Mais franchement? C'est très moche, et à mon sens sans aucun intérêt. Du statut Facebook "j'ai mangé une pomme", on passe à "Regardez-moi, mal dessiné, manger une pomme". Bitstrips donne l'illusion de la créativité et de l'humour, mais le tout est tellement prémâché que cela en devient dérangeant. 

Même si nos "amis" réussissent à créer de avatars plus ou moins ressemblants, je ne peux m'empêcher d'y voir une uniformisation de la pensée, et de la façon de la régurgiter. Après les "panneaux" de pensées profondes et de citations célèbres évitant à celui qui les partage le côté fastidieux de la retranscription et de la réflexion personnelle, on atteint avec Bitstrips le sommet de l'ennui. Car la multiplication des publications et photos de profils en Bitstrips finit très vite par lasser. Alors oui, ceux qui me trouveront pète-sec diront que je peux facilement masquer complètement l'application, soit (c'est déjà fait), mais les photos de profils en BD nous restent imposées. 

Cette mode de l'auto-BD a déjà convaincu, paraît-il, plus de 20 millions d'utilisateurs dans le monde. Des millions de petits personnages-marionnettes aux traits trop lisses et aux corps trop raides évoluant dans des situations inintéressantes au possible, au bureau, à l'école, à la maison. Ils font leur lessive ou la cuisine, regardent des photos de chats sur Internet (vous voyez la mise en abîme, là?), mangent, dorment, et j'en passe.

En plus, je ne sais pas vous, mais à moi, avec leurs grands yeux vides de toute expression, ils me font un peu peur les avatars Bitstrips… Vivement que cette mode du moment passe, même si, à n'en pas douter, elle sera bientôt remplacée par d'autres applications facilitant soi-disant le partage de ses émotions et expériences, de façon (toujours, c'est important) "ludique".

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29/09/2013

Désuète, l’écriture manuelle?

cursive2-774480.gifArticle paru dans Bilan, sous le titre "Le digital mine l’écriture manuelle".

"Je ne sais plus écrire à la main!" s'inquiétait récemment le blogueur Matthias Lüfkens sur la plateforme Internet de Bilan, invitant les lecteurs à se questionner au sujet de leurs propres aptitudes au maniement du stylo. 

Certes, nous sommes encore capables de faire une liste de courses sur un post it, de laisser une instruction sur le bureau d’un collègue ou de prendre quelques notes pendant une réunion. Mais qu’en est-il de l’écriture, sans ratures et de manière lisible, d’une vraie lettre ou d’un long texte? A l’ère des traitements de texte, des emails, des agendas électroniques, des blogs et des réseaux sociaux, nous exprimons principalement notre pensée via un clavier d’ordinateur, un ipad ou un smartphone. Et c’est une réalité qui ne concerne pas seulement les jeunes. 

Notre dextérité manuelle s’est déplacée du stylo qui glisse aux phalanges qui tapotent, et l’écriture manuscrite est de moins en moins utilisée au quotidien. Au placard, nos pattes de mouche ou cœurs en guise de points sur les i. Les mots sensuellement tracés à la main sur un joli papier à lettres ont pris un coup de vieux. Mais le tout à l’informatique n’est pas seul responsable. Le besoin de transmettre rapidement des informations, de pouvoir éditer ses textes sans ratures, de corriger automatiquement son orthographe, nous sont devenus indispensables dans le monde du travail. Sortie de la prise de note personnelle, notre communication avec les autres a entièrement intégré ces fonctions. La productivité se doit aujourd’hui de passer avant le plaisir du geste. 

"Sur mon bureau, il n’y a même plus de stylo. Quand je dois signer un document, j’emprunte le stylo d’un collègue", avoue encore Matthias Lüfkens dans son blog. Les ventes de fournitures pâtissent-elles effectivement de cette nouvelle tendance? "Étonnamment, non!", dément Jean-Marc Brachard, fondateur de la papeterie genevoise éponyme. "Avec les boutons de manchettes et la montre, le stylo haut de gamme reste le seul ornement qu'un homme peut s'offrir", analyse-t-il. Une dizaine de beaux stylos sont vendus chaque semaine dans cette enseigne de la rue de Corraterie, le plus souvent à des hommes entre 30 et 50 ans. La carterie de luxe tout comme les beaux papiers à lettre se vendent également toujours aussi bien. Il semble que la raréfaction de l'écriture manuelle lui confère désormais une plus grande valeur, et que celle-ci soit toujours privilégiée pour des échanges de qualité avec ses proches. 

C'est le cas pour Frédérique Reeb-Landry, directrice générale de Procter & Gamble à Genève. Même si elle avoue être "une adepte inconditionnelle du numérique et du virtuel au niveau professionnel", pour ses échanges plus personnels, la cheffe d'entreprise de 47 ans choisit exclusivement l'écriture à la main, celle-ci lui permettant "de mettre plus de chaleur et de personnalité dans le message". Elle avoue d'ailleurs posséder une demi-douzaine de plumes de couleurs d'encre différentes! 

Ainsi, notre écriture serait en passe de devenir plus une forme d'expression personnelle qu'un véritable moyen de communication de base. Malgré cette aura dont semble toujours bénéficier l'écriture manuelle, elle n'en est pas moins menacée de disparition à moyen terme. Le quotidien allemand Bild (le premier d’Europe en nombre d'exemplaires) titrait au mois de juin dernier "Au secours, l’écriture manuelle se meurt!" avec sa Une entièrement rédigée à la main. Un cri d’alarme bien pensé et marquant, même s’il semble que rien ne pourra plus inverser la tendance. 

Selon plusieurs études menées aux Etats-Unis et rapportées dans le "Journal of Cognitive Neuroscience", la perte de l'écriture manuelle nuirait au développement d’une certaine partie du cerveau. En effet, l'usage de la main pour une fonction aussi précise que la formation de lettres et de mots en écriture liée stimule l'activité cérébrale, notamment les régions du cerveau dédiées au langage et à la mémoire. Régions qui ne sont pas mises à contribution lorsqu'on appuie sur une touche de clavier ou lorsqu'on tapote sur son ipad ou son smartphone. Notre cerveau, avec sa formidable capacité d’adaptation, a intégré ces nouvelles habitudes d’écriture au clavier, tout en délaissant ses capacités pour les mouvements fins des doigts et du poignet. Résultat, une raideur et une fatigue rapides lorsqu’on utilise un stylo ou une plume plus de quelques minutes. Comme pour l'entraînement musculaire, moins on pratique, plus cela devient difficile, jusqu'à la perte quasi totale de la capacité à écrire correctement.

À terme, l’omniprésence des outils informatiques, ainsi que les exigences d’efficacité et de rentabilité imposées par le monde du travail, pourraient rendre les futures générations entièrement dépendantes des claviers et écrans tactiles pour communiquer, réduisant l’écriture manuelle à la portion congrue. Quelques mots mal griffonnés ici ou là sur des post it ou des cartes de vœux nous rappelleront peut-être avec nostalgie le temps des correspondances à l’encre violette sur des papiers à lettres agrémentés de loups ou de dauphins, avec enveloppes assorties. 

28/08/2013

Entreprises suisses sur Facebook, les tops et les flops

Facebook_like_thumb.jpgEn matière de communication avec leurs clients, les entreprises suisses ont-elles bien négocié le virage des réseaux sociaux? 

Facebook a dépassé en octobre dernier le milliard d'utilisateurs au niveau mondial et plus de 3 millions de Suisse y possèdent un compte, ce qui fait de notre pays le 50e mondial en termes de nombre d'utilisateurs. Depuis l'entrée en bourse réseau de Mark Zuckerberg en mai 2012, il devient difficile pour les entreprises suisses d'ignorer ce formidable outil et de ne pas l'intégrer à leur stratégie de communication globale. De la PME locale à la marque de luxe au rayonnement international, on commence à prendre conscience qu'on ne peut plus ignorer le web 2.0, même si les besoins et les moyens diffèrent. 

Des patrons méfiants 

Dans les hautes sphères de certaines entreprises, on n’est pas encore à l’aise avec l’univers de Facebook. Les entrepreneurs eux-mêmes peu actifs sur les réseaux sociaux ont parfois du mal à appréhender sa logique et son potentiel. Encore trop souvent, la création d'une page Facebook ne s'accompagne pas des moyens nécessaires à son succès, à savoir une stratégie spécifique, un univers visuel adapté et un community manager dédié. Les réseaux sociaux ne cessent de croître et se multiplier, et il n’est pas étonnant que certains dirigeants se sentent désarçonnés quand il s’agit de les approcher. Le niveau d’interactivité sans précédent qu’ils offrent oblige les entreprises à redoubler d’efforts pour élaborer des stratégies et un langage adaptés. 

Investir dans le web 2.0

L’investissement le plus important au départ doit se faire dans la formation des employés et des dirigeants. Habituer les uns et les autres à communiquer de façon pertinente via ces outils est essentiel. L’effort doit être financier et en termes de ressources humaines : engager un community manager de talent, concevoir des images travaillées spécifiquement pour le format Facebook, rédiger des textes courts et percutants, autant de facteurs de succès pour une communication efficace sur la plateforme. Si la plupart des grandes marques maîtrisent parfaitement le "langage Facebook" en faisant la part belle à l’interactivité via des quiz, des concours ou des événements uniquement accessibles via leur page publique (Ovomaltine, Ikea Suisse, Lindt, La poste), d’autres semblent se passer de community manager et de budget dédié, et présentent des vitrines pauvres et statiques, et donc contre-productives. 

Les grands absents

Au milieu la frénésie générale, certaines grosses entreprises, comme Coop ou Globus, ont choisi d'ignorer totalement les réseaux sociaux. Au risque pour celles-ci de laisser fleurir de façon anarchique des pages non officielles mal conçues apparaissant en tête des recherches Google, et créant une confusion, ainsi qu'un déficit d'image. Du côté de chez Coop, on assume son choix, même s'il semble anachronique. Selon Nadja Ruch, porte-parole du distributeur, "pour Coop, la question de la pertinence de l'investissement se pose. Jusqu'à maintenant, nous nous investissons dans nos magasins et activités, via lesquels nous pouvons nous adresser de façon très ciblée à des groupes de clients plus larges". L’entreprise offre toutefois la possibilité à ses clients de partager les contenus de son site Internet sur les réseaux sociaux, via des boutons adaptés sur chaque page. 

L’horlogerie au top

Selon une étude menée par Virtua en 2011 sur la popularité des entreprises suisses sur Facebook, c'est de très loin le secteur de l'horlogerie qui fait le plus d'adeptes sur le réseau social. Dix-sept entreprises horlogères figurent parmi les 50 marques suisses les plus populaires sur Facebook, à l’instar de Piaget et ses 420'000 fans. Ensemble, elles regroupent près de 3 millions de fans. Rolex, absent de Facebook jusqu’à récemment, et présent seulement via des pages de fans de piètre qualité, a très rapidement dépassé tous ses concurrents sa nouvelle page lancée le 24 avril dernier, qui compte déjà plus de 710'000 adeptes à ce jour. 

La gestion du web 2.0, un nouveau marché

Le nouveau challenge pour les entreprises suisses ? La maîtrise des outils plus récents du web 2.0, à savoir Twitter, Instagram, ou encore Pinterest. Avec le flux de messages en 140 caractères ou l’image savamment retravaillée, ce sont encore d’autres opportunités de communication avec leurs clients qui s’ouvrent à elles. Ce nouveau marché n'a pas échappé à Steve Savioz, fondateur et CEO de l'agence spécialisée romande Virtua SA, qui propose ses services de gestion de communication 2.0 depuis 2008 déjà. "Comme pour tous les autres médias utilisés à des fins de communication, il est essentiel d’avoir une stratégie cohérente pour l’ensemble des plateformes sociales. Générer de la visibilité sur une cible précise n’exigera pas l’utilisation des mêmes outils qu’une stratégie de fidélisation ou de ventes", prévient le jeune entrepreneur. Car si pour l'instant les médias sociaux sont essentiellement utilisés pour la communication et le marketing, leur usage potentiel ne s'arrête pas là. Que ce soit pour le service client, les ressources humaines ou la création de nouveaux produits et services, tous les départements des entreprises sont concernés, et les changements à venir sont potentiellement bien plus radicaux que ceux auxquels on a déjà assisté.