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27/07/2014

Impuissance

Gaza, Israël, guerreOn n'ose plus se plaindre de rien. Ni de la météo, ni de nos petits bobos. Tout cela devient futile, indécent, face à l'horreur. 

On n'ose pas avouer ne pas y comprendre grand chose. La désinformation et la manipulation sont partout, dans les médias, sur le net. On ne sait plus. On n'a jamais vraiment su. 

On est submergés par les publications, les indignations, les cris et les manifestations de rue de ceux qui pensent savoir. On envie leurs certitudes. 

On n'ose pas participer aux débats, de peur de dire des bêtises, ou de se faire virtuellement poignarder par un camp, ou l'autre. 

On est paralysés, tétanisés devant les images, les chiffres. Le décompte des morts est quotidien, et il nous assaille dès le saut du lit. Le chiffre du jour nous suivra partout, jusqu'au lendemain.

On se sent impuissants, et on l'est. On peut manifester, alerter son gouvernement pour qu'il agisse, pour qu'il condamne, mais n'est-il pas lui-même impuissant? 

Un frisson nous parcourt… 

Il pleut. 

Nos bobos se réveillent.

On se tait. Sur tout.

09/03/2014

Eternellement redevable à Billag

c392m.jpgVous avez peut-être raté l'info, mais ça s'est passé à Berne, en octobre 2013: la Com­mission des télécommunica­tions du Conseil National a approuvé le projet du Conseil Fédé­ral de rendre la redevance radio-TV obligatoire pour tous les résidents en Suisse. Oui, même si vous n'avez pas de radio ou de télévision chez vous. 

Tout cela n'est pas pour tout de suite, certes, puisque "la loi révisée n'entrera probablement pas en vigueur avant 2015. Le passage au nouveau système de redevance ne pourra se faire que lorsque le nouvel organe de perception sera désigné et qu'il sera en mesure de commencer son activité, ce qui devrait prendre encore deux ans" (http://bit.ly/1fi8LcQ). 

Nos autorités fédérales souhaitent ainsi se simplifier la vie en s'évitant de la paperasse et de fastidieux contrôles. Pour cela, quoi de plus simple que de supprimer tout simplement la possibilité pour les ménages qui ne disposent d'aucun appareil radio/TV de se faire exonérer de la redevance, sous prétexte que "la définition d'un appareil de réception n'est plus claire"? 

Actuellement, les rares ménages suisses "ne possédant aucun appareil, c'est-à-dire pas non plus d'ordinateurs avec accès Internet ni d'appareils mobiles/portables ou installés dans des véhicules ou en d'autres lieux (auto, bateau, maison de vacances)", peuvent espérer passer en les gouttes, en apportant toutes les preuves de leur bizarrerie. Ils sont pourtant peu nombreux à être estampillés "Billag-free", les conditions pour être exonéré étant drastiques. 

Personnellement, j'ai banni de chez moi la boîte à images "maudite" et je n'ai pas la radio, je préfère m'informer via la presse écrite plutôt qu'en écoutant la voix lénifiante de Darius Rochebin, et aller au théâtre plutôt que de m'affaler devant un énième épisode des "Experts Miami" (mal doublé) ou de "Joséphine ange gardien" (qui gagnerait peut-être à être doublé), diffusés en boucle sur RTS1. Alors, en attendant l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, je vais tenter d'échapper à cette redevance que je paie pour des services que je n'utilise pas. Vous me suivez?

C'est décidé, je quitte la Suisse quelques temps, pour fuir la redevance! Je fais mes valises, je baisse les stores, mets mes plantes en pension, et je reviens dans une année, ce sera toujours ça de gagné! "Si le ménage est maintenu et que des appareils prêts à la réception s'y trouvent, l'obligation de les annoncer et de payer les redevances subsiste". Raté, je retourne chercher mes plantes. 

Bon, puisque c'est comme ça je débranche tout, je mets ma télévision, ma radio, mon ordinateur et mon téléphone portable à la cave! Mais là non plus, Billag ne me lâchera pas, puisqu'il suffit de posséder un appareil pouvant éventuellement, un jour, être branché. Même si je leur confie la clé de la cave? 

Alors, existe-il un moyen aujourd'hui d'être exonéré, à part "n'avoir aucun appareil, fixe ou mobile pouvant recevoir des informations"? Oui, il suffit d'être un résident d'EMS recevant plus de 81 minutes de soins par jour. Oui, 81 minutes, pas une de moins. "Dès lors que vous bénéficiez de 81 minutes de soins par jour ou plus, vous n’êtes pas soumis(e) à l’obligation d’annoncer vos appareils de réception et de payer les redevances". 

Mais rien à faire, je n'aurai pas l'âge de recevoir des soins en EMS avant que l'on ne m'impose cet impôt supplémentaire, qui considère que la RTS et ses programmes TV mités par les séries US bas de gamme sont d'une indiscutable utilité publique. 

Alors, en attendant que le sujet soit abordé par le Conseil National cette semaine, et pour me calmer (un peu) les nerfs, j'ai signé une pétition, demandant l'exonération pour ceux qui ont fait, comme moi, le choix de vivre sans télévision et sans radio, et qui considèrent que cette future loi "bafoue le droit à la différence d'une partie des habitants de ce pays en contraignant une minorité à subventionner un produit qu'elle ne consomme pas". 

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Madame_Doris_Leuthar...

26/09/2013

Plaidoyer pour Nabilla

nabilla-tue-chien-hawaii.jpg

A priori, je ne trouve absolument rien d'intéressant à cette jeune fille, ou en tout cas à l'image qu'elle transmet et qui est surexploitée jusqu'à la lie par les médias. "Bimbo/cagole à gros seins sans rien dans la tête", voilà tout ce qu'on croit savoir d'elle. Mais à force de la voir jouer malgré elle le rôle du "François Pignon" de la télé bobo parisienne et être invitée à une multitude de "dîners de cons" sur petit écran (Canal+ en tête), je la prendrais presque en pitié. 

Certes, elle n'a encore rien fait à part dire des bêtises dans une émission de télé-réalité, et elle n'est pas en reste pour continuer d'en dire à chaque fois qu'elle ouvre sa jolie bouche. Alors, jusqu'à la nausée, on lui pose qui les questions qui la feront trébucher, on se gausse entre gens de bonne compagnie, et devant elle, de ses réponses forcément savoureuses, on se repaît de chacune de ses réactions hors sujet, et on espère que c'est là, ce soir, sur ce plateau, que viendra la phrase culte suivante, celle qui pourra être reprise dès le lendemain dans tous les médias (en citant l'émission qui aura réussi à la susciter, marketing oblige). Ah comme on aime la railler et la descendre, cette starlette qui n'a rien fait de significatif! Ah comme ça fait du bien de se vautrer, à ses dépends et en public, dans sa bien-pensance! 

Comme on prend un plaisir malsain à savourer sa chance d'être en vie devant des faits divers sordides, on aime de même s'assurer et se rassurer de sa propre intelligence face à Nabilla. La jalousie de ceux qui se targuent de talent méconnu et incompris côtoie le désir coupable de ceux qui bandent devant ses seins refaits et sa bouche pulpeuse, tout en se défendant de succomber à ses attraits aussi artificiels qu'attirants. 

Il n'empêche que Nabilla, en ne faisant rien à part être partout, fait son bonhomme de chemin, en défilant pour Jean-Paul Gaultier, toujours à l'affût des "tendances" du moment qui pourraient lui donner un peu de visibilité médiatique (et là, dans une robe sublime, elle a fait un sans faute sur le podium, clouant pour un instant le bec de ses détracteurs), ou en publiant un livre plein de vide mais qui se vendra. 

Je ne suis de loin pas la seule à essayer de faire passer sa nausée en prenant le contrepied: contre toute attente, le nouveau magazine féministe "Bridget", concurrent un peu plagiaire de Causette, vient également de publier un plaidoyer vibrant en faveur de la bimbo (et de sa "cousine" la blonde Zahia). Défendre Nabilla, le nouveau trend de la boboitude médiatique qui tente d'avoir toujours un coup d'avance? Peut-être… Après tout, il faut bien trouver de nouveaux angles. 

Reconnaissons tout de même que Nabilla a l'art, sans efforts et tout naturellement, de jouer avec les réseaux sociaux et les médias. Une photo Instagram avec son amoureux par ci, une petite bagarre de rue par là, elle aurait à son service le meilleur des conseillers en communication qu'elle ne ferait pas mieux pour maintenir la fièvre initiée par un simple "allo, quoi". On l'accuse de brasser de l'air et d'en avoir à la place du cerveau, mais on ne peut pas s'empêcher d'en parler. Le vide est créé non pas par la demoiselle elle-même, mais bien par ceux qui le dénoncent avec comme objectif de "faire de l'audience". Mais attention, le dîner de cons finit toujours pas se retourner contre ses hôtes. 

Alors chapeau la miss, tu n'as encore rien fait qui puisse susciter une admiration sincère, rien prouvé sinon ta faculté à faire parler de toi, et rien montré à part ton décolleté, mais par tes frasques attendrissantes et à cause de l'opportunisme dégueulasse de ceux qui soufflent avec rage et avidité sur le buzz qui les fait vivre (et toi avec), tu as en tout cas donné à une obscure blogueuse sur le retour de ta région (et qui ne regarde pas la télé) l'envie de te défendre. 

12/08/2013

Je sais

Jean-Leon_Gerome_Pollice_Verso.jpgMieux que quiconque, je sais. Mais je ne suis pas la seule. Tout le monde semble savoir aussi ce qu'a dit une vendeuse zürichoise à une star américaine. On sait qui a tort, qui a raison, qui est coupable, et qui est innocent. On rend son verdict, et on le fait savoir, arguments fallacieux à l'appui, glânés ici ou là dans les journaux, sur Twitter, ou sur Facebook. 

La vérité nous échappe, mais peu importe, on mélange le tout et on la reconstitue, on la sculpte, on la façonne. Le buzz enfle, des clans se forment. Les langues se délient, et comme la bouche reste ouverte à remâcher sans cesse ce qu'on pense savoir, on bave. Une bave acide, inutile, mais corrosive. Les fausses certitudes, les hurlements indignés, les jugements péremptoires, les insultes à peine masquées, s'échangent avec délectation et gourmandise. Tour à tour juge et avocat de la défense, on jubile, on se gargarise de sa propre salive, et on existe. 

La vendeuse zürichoise ne dort plus la nuit, apprend-on. Elle tente de se justifier dans les mêmes journaux qui ont d'abord donné la parole à celle qui a le plus de poids. Elle se défend, mais ses mots se perdent parmi les excuses plates de l'Office national suisse du tourisme. Il ne connaît pas non plus la vérité, l'Office, mais dans le doute et par précaution, il a hâtivement baissé la culotte. Une fois la lune alignée sur le doigt qui la montre, la messe est dite. 

Dans l'autre camp, on trouve là une bonne occasion de fustiger les riches et les puissants, leur superficialité, leur vacuité. Les certitudes n'y sont pas moins fortes. Capricieuse, égocentrique, vexée de ne pas avoir été reconnue, on est tous dans la tête d'Oprah, comme si on la connaissait depuis toujours. Mais attention, c'est une femme noire, il faut donc peser ses mots, pour ne pas être taxés de racisme et de misogynie. 

Nous sommes les spectateurs de l'arène, et comme nous sommes bien nourris, comme nous avons le pain à profusion, ce genre de buzz, qu'il soit international ou local, ce sont les jeux. Nous levons ou baissons le pouce pour décider de la mise à mort virtuelle de l'une ou l'autre. La vérité, elle, tout le monde s'en fout, elle a rendu l'âme depuis longtemps. 

12/05/2013

J'ai deux amours...

tumblr_mmebpcZKtP1rnrlldo1_500.jpgLe livre. Je le tiens entre mes mains, je ne veux pas le lâcher. La dernière page s’est tournée et je le quitte à contre coeur. Il est devenu un ami, de ceux avec qui on partage ses nuits sans les voir passer. Des nuits à se passionner, à se dévorer, à frémir d’aise. Des nuits où nous étions seuls au monde, lui et moi. L’histoire est terminée, il m’a tout donné, et j’ai tout pris avec avidité. Je sais que je le retrouverai, un jour. Car ces émotions-là ne s’oublient pas, et il suffira qu’il s’ouvre à nouveau pour que tout recommence. Avec cette fois non pas le désir de découvrir, mais le plaisir de retrouver. 

En attendant, il va rejoindre les autres. Ceux qui m’ont transportée et émue, comme lui a su le faire. Ils sont tous là, bien alignés, depuis la collection de science-fiction offerte par mon père dans ma jeunesse jusqu'aux derniers auteurs genevois du moment. Ils sont l'histoire de mes penchants, de mes curiosités, de mes passions, de mes rencontres, de mes errances, parfois. D'année en année, ils grignotent de la place, une étagère de plus par ici, un nouveau tas en équilibre par là. Beaucoup sont partis, prêtés ou donnés, ils voyagent, sur un banc, dans la famille, ou dans une boîte d'échange entre voisins. Mais je les aime, tous. 

Puis on m'a offert une liseuse. 

Un rectangle noir tout simple avec quelques boutons, un modèle de base. Sûr de me séduire par sa simple existence, ce petit objet s'est présenté à moi sans prétention, sans rétro-éclairage et sans écran tactile. "Il peut contenir TOUS les livres de ta bibliothèque, et bien plus encore", me clamait-on en me tendant la chose. Plus de papier, plus de pages à tourner ou à corner. On appuie sur des boutons ou on crée des signets. 

Une amie en avait fièrement sorti un de son sac l'année dernière, et me l'avait mis sous le nez comme s'il s'agissait de la Pierre de Rosette. J'avais fait la moue, et un pas en arrière. Cet objet barbare ne passerait pas par moi, je resterais fidèle aux vrais livres, quoiqu'il arrive! Aux sensations qu'ils me procurent quand je les touche, les caresse, les maltraite même. Aux souvenirs qu'ils transportent entre leurs pages: un peu de sable d'une plage bretonne, une feuille ou une fleur séchées ayant servi de marque-page de fortune, de la cendre de cigarette ou une tache de café. 

La liseuse. Je la tiens pourtant entre mes mains comme si c'était la grande invention de l'année. Peu importe si sa mort est déjà annoncée au profit des tablettes multi-usages, pour moi c'est entièrement nouveau, et oubliant mon amour inconditionnel pour le livre papier, je me lance dans cette aventure infidèle et en complète contradiction avec mes convictions. Je nourris la petite bête de quelques livres numériques téléchargés en quelques secondes pour pas un rond, et nous sortons, elle et moi. 

Premier constat, ça ne pèse rien. Mon sac à main me semble si léger sans le gros pavé ou le lots de livres de poche que j'y trimballe à tout bout de champ. Nous prenons le bus, et coincée debout entre une aisselle douteuse et une poussette habitée d'un cri continu, je parviens tout de même à attaquer la lecture. Deuxième constat, une seule main suffit, les petits boutons permettant de tourner les pages étant judicieusement placés. Troisième constat, aucun besoin me contorsionner pour extraire de mon sac mes lunettes de lecture, puisque je peux d'un clic adapter la taille des caractères à la situation. Je crois que je commence à m'attacher. C'est le plat du jour/lecture qui a achevé de me convaincre. Fini de manger maladroitement d'une seule main en plaquant de l'autre le bouquin récalcitrant sur la table pour qu'il reste ouvert. Ma liseuse accompagne sereinement un repas de midi savouré à deux mains. Ca y est, je l'aime. 

Dorénavant, comme Joséphine Baker en son temps, j'ai deux amours, mais les miens sont ma liseuse et le livre. Après tout, pourquoi seraient-ils incompatibles? Bien assise dans mon fauteuil ou lovée dans mon lit le soir, je privilégierai toujours le livre papier, gardant la liseuse pour les déplacements et les situations moins confortables. On prédit que l'avènement du ebook tuera le livre, mais le danger réside moins dans le support lui-même que dans le téléchargement des contenus. S'il semble normal, tout comme pour la musique, de payer moins cher un livre numérique, avoir la possibilité de se procurer illégalement les oeuvres complètes d'un auteur vivant (et qui doit donc payer ses factures) d'un simple clic et en quelques minutes me met mal à l'aise. D'autant plus que la légèreté des fichiers texte permet des transferts très rapides et que les liens de téléchargements sont légion.

Amoureuse des mots et de ceux qui les manient avec talent, je résisterai à la tentation. D'ailleurs, je viens d'effacer les quelques livres piratés dont j'avais le premier jour nourri ma liseuse, pour faire mon premier achat en ligne. Allez, je vous laisse, j'ai toutes sortes de livres à lire.