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22/10/2012

Le lapin et le valet de carreau

lapin.jpgLe spectacle était sans surprise. Puis, alors que ce n'était pas son tour, le lapin blanc a bondi du chapeau haut de forme, venant soudain perturber le tour de cartes. La reine de coeur et le roi de pique n'ont pas bronché, l'un et l'autre bien rangés aux deux extrêmes de la pioche. On a même cru entendre un ricanement de contentement, de loin. Tout ce qui pouvait faire vaciller le valet de de carreau, bien encadré et tiré à quatre épingles, était bon à prendre.

La carte maîtresse du grand magicien, destinée à sortir du tas sous les "ohhhh" et les "ahhhh" après un tour de passe passe savamment orchestré et abondamment sponsorisé, voyait sa place sous la poursuite menacée par le léporidé rebelle. Le regard systématiquement tourné vers un public qu'ils croyaient conquis d'avance, l'illusionniste et ses assistants ne se sont pas méfiés du doux et affectueux animal tapi dans l'ombre. Il attendait pourtant son heure.

En surgissant ainsi à sa guise, le lapin Bonny est devenu, en pleine représentation, le grain de sable dans les rouages de Fer, dont les rotations silencieuses sont pourtant facilitées par des huiles haut de gamme. Et le voilà maintenant qui arpente la scène, attirant l'attention sur lui alors que l'homme en noir brandit désespérement son valet magique. Puis il saute dans les travées, recueillant des caresses à gauche et à droite. Cours, petit lapin, cours. Le magicien pourrait bien être pris à son propre tour. 

15/10/2012

Election du 4 novembre, le choc des photos

Les bobines des quatre candidats à l'élection complémentaire au Conseil administratif de la Ville de Genève commencent à circuler (au sens propre pour celles de Barazzone et Bertinat, les deux seules à s'afficher en grand sur les véhicules TPG). En tant que professionnelle de la communication depuis plus de 20 ans, je m'intéresse toujours beaucoup aux affiches de campagne, cherchant le sens du message visuel, et souvent, je l'avoue, la petite bête.

Et des petites bêtes, cette fois, j'en ai trouvé partout. Chacun bricolant avec ses moyens, les résultats sont divers et variés. Je vous livre dans ce billet une analyse toute personnelle, basée uniquement sur mon expérience dans le domaine, et non sur des considérations politiques. Ecrire un billet pour descendre un candidat ou en encenser un autre n'est pas le propos. Je ne me prononcerai donc ni sur les slogans, ni sur les programmes. Ceci étant mis au point, démarrons ce petit jeu de décodage visuel!

Eric Bertinat, candidat de l'UDC

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M. Bertinat a sans doute voulu donner une image dynamique, celle d'un homme marchant d'un pas décidé vers l'avenir, d'où la photo en mouvement. C'est une option parfois choisie dans les prises de vues collectives, particulièrement en France. On y voit une équipe soudée, avançant d'un même pas en direction de l'objectif. C'est un choix plus rare pour une affiche individuelle, donc on relèvera là une certaine audace. Mais elle n'est pas sans risque: plis disgracieux des vêtements, membre flou, posture du corps peu avantageuse. Eric Bertinat tombe dans ces trois pièges de la photo en marche. Mais ça n'est finalement pas très grave, cela nous le rend plus humain, moins figé. Donc finalement, un bon point. 

La position du bras gauche, par contre, pose question. Il est censé symboliser son axe "sécuritaire" et destiné à "protéger" la jeunesse contre les dealers, les roms, les incivilités, et toutes les autres horreurs rôdant en ville. Mais c'est raté: on a plutôt l'impression que le candidat barre la route à l'enfant, l'empêchant d'avancer, tout en se mettant lui-même en avant. "C'est moi la star de l'affiche, pas le gamin" semble-t-il nous dire. Un mauvais point. 

Le fond d'un vert uniforme est une réussite, l'affiche se voit de loin, elle est facilement reconnaissable et les deux personnages se détachent bien. L'expression du visage de Bertinat respire l'assurance et la confiance en soi, encore un bon point. On peut juste regretter que les yeux soient trop peu visibles, un peu plissés comme pour se protéger du soleil. La tenue est bien choisie, elle correspond bien au personnage, mais une cravate moins ton sur ton aurait donné une touche de couleur relevant l'ensemble. Bilan: une affiche bien réfléchie, malgré l'erreur de la position du bras. 

Salika Wenger, candidate du PdT

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Cette affiche ne trahit pas les visuels auxquels nous a habitué le Parti du Travail. Ominprésence du rouge vif, textes noirs et blancs. La mention de la date du 4 novembre passe par contre totalement inaperçue, quelle drôle d'idée d'écrire en rouge sur fond rouge! La position des textes trahit l'absence de recours à un graphiste diplômé, les mots étant jetés autour de Salika sans réelle logique (à noter toutefois l'effort de la ligne ascendante). Le numéro de liste se fait la malle et n'est pas aligné sur le reste, mais dans l'ensemble, on peut dire qu'avec ces erreurs typographiques, il n'y a pas péril en la demeure, étant donné qu'elles se retrouvent sur presque tous les visuels du parti… 

Le portrait est bien choisi, fidèle à la personnalité de la candidate, et le choix du rouge à lèvres un peu rosé est une bonne idée, car il adoucit son expression. On sait que Salika porte souvent des rouge à lèvres rouge vif, et dans ce cas, le résultat aurait été beaucoup trop agressif. Bien vu. J'espère secrètement qu'elle portait pour cette photo des Louboutin (à semelles rouges, donc), juste pour le plaisir d'être raccord de la tête au pieds avec la couleur du parti (si ce n'est avec les valeurs ouvrières). 

Didier Bonny, candidat indépendant

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On voit que Didier Bonny a choisi de poser dans la rue, ce qui est un bon choix, et symbolise ses engagements associatifs. Il veut ainsi montrer qu'il est sur le terrain plus souvent que dans un bureau, d'où également l'absence de cravate ou de costume. Il est resté lui-même pour cette photo, sans s'apprêter de façon particulière. La couleur du texte se détachant sur la photo est trop claire et peu lisible de loin. D'une manière générale, un turquoise plus soutenu aurait été plus adéquat. Mais je peux bien sûr comprends qu'il ait eu peur de s'approcher trop du bleu made in PLR. 

La position est détendue, et le sourire franc, on le sent proche des gens. La seule erreur flagrante est d'avoir des lunettes de vue qui se teintent à la lumière. L'effet "lunettes de soleil" met une barrière, une distance entre lui et le public, les yeux du candidat devant toujours être bien visibles, même avec des lunettes de vue (c'est le cas de Salika). Ce problème se retrouve sur toutes ses photos de terrain depuis le début de la campagne: un candidat à une élection ne devrait jamais porter des lunettes de soleil, ni dans la rue, ni sur une affiche! Je ne pourrais que lui conseiller de changer de lunettes le temps de la campagne, et de choisir des verres classiques. 

Guillaume Barazzone, candidat de l'Entente

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Le plus grand défi, pour Barazzone, c'est de ne pas tomber dans la caricature du jeune homme de bonne famille, même si ce côté "gendre idéal" peut être un atout indéniable. Mais, bon, quoi qu'il fasse, il n'arrivera pas à se départir de son look très "16ème" (arrondissement, pas siècle). Sur cette affiche, on est au bord de l'Arve, à flâner avec lui. Le fond bucolique mais néanmoins urbain est un bon choix, l'affiche est gaie et il s'en dégage une certaine sérénité. Son expression est raccord, ouverte et confiante, avec un regard direct et franc. Il y croit, sans aucun doute, et il semble sincère. Mais presque trop. C'est comme s'il n'était pas encore revenu d'avoir été choisi comme poulain par le PLR, au détriment de bons candidats de ce parti, et avec plus de bouteille. Il est conscient de sa chance, et ça se voit. 

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La seule grosse erreur de Barazzone n'est pas sur son affiche officielle, mais sur celle concoctée par le PDC de Vernier. A l'opposé du lisse visuel se baladant sur les véhicules TPG, la section verniolane met les pieds dans le plat. Si "le PDC a du sens", cette affiche, elle, n'en a aucun! Le choix de la photo est on ne peut plus mauvais: le candidat est photographié par en-dessous, ce qui n'avantage personne, même beau gosse au départ. Les joues pendent, ont l'air remplies d'ouate. Et dans une campagne, il n'est jamais bon d'avoir un candidat qui nous regarde d'en haut (ou de haut, du coup). A se demander si le PDC Vernier a consulté le team de campagne (et le candidat) avant de faire son affiche de soutien.

15/08/2012

Le dilemme de l'électeur de gauche

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Si je pouvais voter en Ville de Genève, l'élection complémentaire au Conseil Administratif me mettrait dans l'embarras. Le cinquième siège ne peut décemment pas revenir à la gauche, on est (presque) tous d'accord. Un Conseil Administratif monocolore (pour autant que les différentes formations de l'Alternative tirent effectivement à la même corde) serait contre-productif.

Et pourtant, la "mégère déguisée du PDT", comme l'appelle un Conseiller Municipal PDC sur mon mur facebook, est candidate, contre l'avis d'Ensemble à Gauche. "Point n’est besoin donc d’être adoubée par les partis qui pensent que veulerie est un synonyme de consensus démocratique pour être la candidate du Peuple de Genève", assène-t-elle avec le franc parler qui la caractérise. Soit. Voter pour elle est donc tentant, bien que, "crétine des Alpes" convaincue, il me semble évident que ma voix ne servirait qu'à confirmer qu'une présence de la gauche est nécessaire dans toute élection, même sans aucune chance de l'emporter.

Mais voyez-vous, même si je ne peux la donner, je considère ma voix comme précieuse. A offrir à celui que j'aurais envie de voir nous servir, et non simplement destinée à marquer le coup. Alors, admettons, pour le plaisir, que je puisse faire un choix. Après tout, je travaille sur le territoire de la Ville, et souvent même pour le compte de la Ville. Je me sens donc directement concernée. Devrais-je voter à droite, pour la première fois? Non, en fait, pas pour la première fois: mon passeport français m'avait déjà poussée à voter Chirac, en des temps troublés. Je m'en suis remise, mais la cicatrice est toujours visible.

Alors? Me laisserais-je convaincre par Claude Haegi de voter la "continuité"? Guillaume Barazzone, PDC, incarne-t-il vraiment la continuité de l'action d'un Radical? L'ancien Conseiller d'État avoue sur son blog tout frais que "cette stratégie s’inscrit dans le prolongement de la campagne de Pierre Maudet". Mais je ne donnerais pas ma voix au "minet endimanché du PDC" (dixit Salika Wenger) simplement pour soutenir une promesse de renvoi d'ascenseur. Je préfèrerais de loin un candidat qui prend l'escalier, et qui transpire pour arriver par ses propres moyens au dernier étage.

Il en est trois qui mouillent la chemise, justement. Olivier Fiumelli, dit "le fonctionnaire", Jean-Marc Froidevaux, dit "l'homme du passé" et Alain de Kalbermatten, que personne n'a encore songé à affubler d'un surnom, ce qui est malheureusement révélateur. Car les noms d'oiseaux fusent déjà de toutes parts, et étant lancés par les candidats eux-mêmes (adoubés ou en ballotage), je ne vois aucune raison de ne pas les utiliser. C'est trop jouissif, excusez ma faiblesse.

Revenons donc à ceux qui suent. Nous saurons vendredi matin, au plus tard, si le PLR présente un de ses deux candidats déclarés, ou aucun, courbant ainsi l'échine devant le PDC. Au sein du parti centriste, les dés semblent joués. Après tout, qui peut rivaliser avec le charme et les soutiens poids lourd de la "marionnette" (dixit Pascal Décaillet)?

Ainsi, j'aurais pu être appelée par défaut à voter PLR. Toutefois, malgré l'envie de gouverner (on n'utilisera pas le mot "servir", tant les dents longues semblent peu compatibles avec le port du plateau d'argent) affichée par Olivier Fiumelli, je suis un peu rebutée par son attitude trop conquérante et peu respectueuse de ses concurrents. Jean-Marc Froidevaux, par contre, m'a toujours fait l'effet d'un homme modéré et d'une grande finesse d'esprit. A mon sens le plus apte à occuper avec intelligence une position solitaire et délicate face au bloc de la gauche.

Je n'ai pas mentionné Eric Bertinat, me direz-vous. Je vais le faire, mais seulement pour vous livrer son petit nom du moment: "le très catholique UDC". Salika aurait pu trouver pire. "Eric Bertinat est candidat", clame-t-il sur son blog, parlant de lui-même à la troisième personne (ou copiant-collant le dernier communiqué de presse de son parti). Je crois que je préfère encore ceux qui abusent dès maintenant du "je".

J'attends donc avec impatience et une grande curiosité la décision du PLR, qui se réunit demain soir, jeudi. Tout comme Jean-Marc Froidevaux, "à ce débat, je participerai, de la campagne je m'en réjouirais, je m'en réjouis déjà". Même si, cette fois, je ne pourrai malheureusement pas donner officiellement de la voix.

26/03/2012

Qu'on ne dise pas que je n'aime pas les femmes

 

47938741.jpegPeut-on être femme, militante socialiste, et ne pas être intimement réceptive au chant des sirènes prônant la parité à tout prix? Dérangeant de devoir se l'admettre, et politiquement peu correct de le verbaliser.

Et pourtant, j'ose...

...Avouer que j'ai ressenti un profond malaise devant l'argument massue "Si vous n’élisez pas une femme aujourd’hui, il n’y en aura pas dans la campagne", avancé samedi au congrès du Parti socialiste Genevois, et largement ovationné. Novice en politique, je me suis alors naïvement demandée si la mission du PS était donc d'être le garant d'une parité absolue, même en dehors du parti. Les quatre autres partis lorgnant sur le siège vacant ont tous choisi des hommes, soit. S'il est évident que c'est par défaut (aucun n'avait le choix d'une femme apte à figurer dans cette campagne), est-ce de la responsabilité du PS de rétablir une portion d'équilibre, quitte à prendre le risque de ne pas remporter l'élection?

...M'attrister de l'éviction sans appel de Manuel Tornare. Encore une fois souffleté par le gant du féminisme, le candidat le plus dangereux pour la droite s'en retourne donc dans "la fosse aux ours", comme il dit avec un humour désabusé. Samedi à Carouge, on avait presque le sentiment de le voir partir pour le cimetière des éléphants. Dieu sait s'il faisait pourtant le poids pour écraser ses concurrents. Même la droite l'avoue a posteriori, entre deux soupirs d'un soulagement quelque peu prématuré.

...M'étonner que le genre reste un critère en soi, dans une élection complémentaire (forcément délicate, vu le contexte) fortement basée sur la notoriété, la personnalité, la capacité à rassembler et rassurer. J'ai découvert il y a deux jours, un peu dans la douleur, qu'on ne faisait pas de petits arrangements avec la parité, au PS. La ligne est maintenue, coûte que coûte. Mais on pourrait dire que c'est finalement assez noble, en comparaison de la perte d'odorat du candidat du P(L)R.

...Regretter que le mot "femme", dans la déclaration "Il est temps que les femmes aillent au gouvernement", ait été préféré à "personne compétente et fiable". Car c'est bien de cela dont notre République a grand besoin. D'un/e Conseiller/ière d'Etat hautement compétent/e, avant tout. Quitte à ce que cela soit éventuellement une femme, bien évidemment, si elle répond à ce critère.

Mais qu'on ne dise pas que je n'aime pas les femmes. Je ne les aime simplement pas plus, ni moins, que les hommes (du moins en politique). Et je voterai bien entendu pour Anne Emery-Torracinta, avec conviction, respectant le choix de mon parti. Comme l'ensemble de la gauche, unie pour l'occasion comme un seul homme, si j'ose dire. Les regrets personnels, une fois exprimés et purgés, n'ont ensuite plus leur place dans une campagne qui s'annonce féroce, et qui a déjà porté ses premiers coups bas, à peine lancée.