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04/10/2013

Au bistrot…

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- T'as voté, toi?

- Pour qu'on envoie pas l'armée aux chiottes? Ah ça oui!

- Non, je te parle de ce week-end, pour élire les Guignols qui nous gouvernent!

- Ah ouais, je me disais, il y a de plus en plus de mendiants qui tendent des prospectus… Mais au moins ils sourient. 

- Bah ils se forcent pour que tu votes pour eux…

- Mais j'ai pas bien compris, on choisit quoi? Les Maires? J'ai vu la tête de Salerno sur une affiche, mais elle ne l'est pas déjà, maire? 

- C'est pour l'Etat, pas pour la Ville. Tu ne lis pas le journal ou quoi? 

- Ben si, Le Matin, quand j'en trouve un sur une table. 

- C'est ce que je dis, tu ne lis pas le journal. Dimanche c'est pour les deux Conseils, là… Zut, je ne sais plus comment ils s'appellent. 

- Ah là où on s'envoie des verres d'eau à la figure? 

- Oui, celui-là, et l'autre, où il y a la Künzler qui fout le bordel avec les TPG. 

- Ah ben je vais voter, ils sont marrants, tous. 

- Ouais, on a bien rigolé ces dernières années, hein? 

- Mais à part ceux qui nous font rire, je ne connais personne, je choisis comment?

- Prend ceux qui ont une bonne tête sur les affiches! 

- Mais attend, tu crois que j'arrive à retenir les noms juste en voyant leurs tronches dans la rue? T'es marrant toi. 

- T'as raison, en plus j'ai regardé sur les bulletins, il n'y a pas de photos. 

- Bon, laissons-les se démerder entre eux, va. Tu reprends un ballon? 

17/09/2013

Dérapages de campagne virtuelle

Facebook.jpgUne bonne campagne électorale, c'est aller sur le terrain à la rencontre des citoyens, certes. Et les stands dans les rues basses ou sur les marchés sont aujourd'hui complétés par des tentatives de "speed dating électoral" de candidates dans un resto bobo ou de "beer to beer" des Pirates dans un café de Meyrin (sans aucun succès pour ces dernier d'ailleurs). Tant mieux, l'effort est louable. 

Mais la dernière mésaventure d'Antonio Hodgers, candidat vert au Conseil d'Etat, prouve que le terrain électoral se situe dorénavant ailleurs. Une petite phrase d'apparence anodine qu'il aurait lâchée sur Facebook au sujet de la mort d'Adeline Morel devient une arme dans la main de ses détracteurs pour affaiblir son image et sa campagne. Relayée sous forme de capture d'écran brandie comme preuve irréfutable qu'il aurait bien dit ce qu'il a dit, elle peut saccager en un instant des semaines d'arpentage de pavés dans les rues Basses. Le site http://www.lesobservateurs.ch s'en donne d'ailleurs à coeur joie pour décortiquer les différents échanges publics virtuels entre Antonio Hodgers et Christian Lüscher, le premier à se jeter sur le soi-disant "faux-pas" du vert. 

C'est ainsi, depuis quelques années, les campagnes électorales se mènent aussi, et de plus en plus, sur les réseaux sociaux. C'est là que les électeurs connectés apprennent à connaître les candidats: comment ils réagissent à l'actualité, mais aussi où ils vont, qui ils voient, ce qu'il mangent, où ils sont partis en vacances, qui sont leurs amis et leur famille, et j'en passe. Il n'est donc pas étonnant que les rencontres publiques agendées autour d'une table ou d'un bière soient boudées. Nous n'avons pas besoin de rencontrer nos futurs élus, puisque nous les suivons et interagissons au quotidien avec eux sur Facebook.

La presse elle-même s'abreuve de leurs statuts et commentaires, et en agrémente ses articles politiques. La rubrique "Lu sur la toile" de la Tribune de Genève en est un bon exemple. Tout ce que les candidats lâchent sur Facebook (avec plus ou moins de réflexion préalable) est considéré comme public et peut donc être retranscrit hors contexte pour les lecteurs du journal, même les pires bêtises. Et des bêtises, dieu sait s'ils en disent, nos candidats au Grand Conseil et au Conseil d'Etat. Comme nous tous sur ces traitres de réseaux sociaux, mais la différence c'est qu'eux sont en campagne. Chaque mot écrit publiquement devrait l'être avec le plus grand soin, en accord avec l'image qu'ils souhaitent transmettre ou le programme concocté par leur parti. Force est de constater que ce n'est pas toujours le cas. Beaucoup de candidats, même parmi les plus aguerris, se lâchent sans retenue, réagissent à chaud, s'écharpent, s'accusent de tous les maux, ou entrent dans des débats sans fin et incontrôlables avec leurs électeurs comme leurs adversaires. On peut arguer que cette nouvelle réalité permet aux politiques d'être plus proches des préoccupations des électeurs, que cette possibilité de dialogue direct et non filtré est sain et stimulant. Sans doute, si l'exercice est maîtrisé. 

Mais dès lors, comment les propositions de rencontre "in real life" pourraient-elles attiser (et encore moins combler) notre curiosité, quand nous avons déjà l'impression, via les réseaux sociaux, de fréquenter de près de vieux potes dont nous savons tout, des colères aux états d'âme? 

23/06/2012

Vidange au PS: spectaculaire!

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La vidange du lac de retenue du PS modifie le paysage de la gauche genevoise. Les sédiments et la vase sont mis à jour, et le spectacle attire les curieux. Sur les vastes berges, quelques militants trouvent refuge dans les flaques, et dans la vase, des poules d’eau hagardes errent déboussolées. Du côté du parti, on peut en revanche descendre en aval pour voir les trombes de critiques s’écouler par les vannes grandes ouvertes.

En suivant la procession des journalistes et commentateurs et les odeurs de vase, on arrive au pied du malaise. Là, les règlements de comptes bouillonnent, limoneux et déchaînés, en soulevant des nuages de bruine dignes des chutes du Niagara.

Encore plus en aval, vers l’embouchure du PS, c’est aussi l’effervescence. Mais c’est ici un autre public qui afflue depuis le 17 juin. Les caciques se relaient au chevet de la crédibilité du parti. Car la vidange est une véritable hécatombe. Ceux qui ne sont pas emportés par le fort courant risquent de s’asphyxier dans une eau grisâtre saturée en sédiments.

Des centaines de militants ont déjà été capturés préventivement depuis deux semaines afin d’être relâchés une fois le calme revenu. Mais c’est ce week-end que la cote d’alerte a atteint son paroxysme avec la montée au front de Manuel Tornare. Et il est sous haute surveillance: isolé des eaux du fleuve, il peut se transformer en piège mortel pour le parti. On vérifie régulièrement son taux d’oxygène et sa température, quitte à ajouter de l’eau froide pour garder celle-ci en dessous de 22 degrés.

Malgré ces opérations de sauvetage, la majorité des électeurs des communes périphériques présents au moment de la vidange est condamnée, trop fragile pour être capturée. «J’espère que ce que nous arrivons à sauver n’est pas trop symbolique», lâche un élu réaliste et désabusé. «Que voulez-vous, quand on est obligé d’accompagner une catastrophe…».

Les médias attrapent une élue d'un parti allié qui tourne en rond dans une gouille. Ils se précipitent pour la mesurer, la peser, la répertorier et lui voler une écaille pour des analyses génétiques. Car il faut déjà repartir vers l'élection complémentaire au Conseil administratif. Des promeneurs y ont signalé des candidats PDC et PLR piégés dans un étang. Courage, les secours arrivent!

Léger détournement de l'article d'Antoine Grosjean (Tribune de Genève du 10 juin) sur la vidange du barrage de Verbois.
http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/rhone-vide-devoil...

Photo: ©Tribune de Genève

03/06/2012

Les états d'âme de Maudet.com

 

jeu%20de%20go%20bis.jpeg«Cette élection est pour moi totalement incertaine. Il y a peu de chances que je réussisse». Quel candidat au Conseil d'Etat a donc ainsi exprimé dans les médias de tels doutes en pleine campagne? Le prophète? Le Pirate? Non, celui dont il est évident qu'il est le seul concurrent sérieux de la socialiste Anne Emery-Torracinta: Pierre Maudet.

Ce découragement apparent à ce stade, alors que rien n'est encore joué, ne peut qu'étonner. On dit Pierre Maudet solide, stratégique, ne laissant jamais rien au hasard. J'ai donc du mal à croire à l'hypothèse d'un cafouillage de la machine Maudet.com. L'homme est partout, dans les médias, et sur le terrain. Souriant, confiant, énergique. Selon un sondage de la Tribune de Genève au lendemain du grand débat à Uni Dufour, il a même été celui qui a le plus convaincu. Ce pas de côté détonne donc au coeur de cette campagne bien huilée, à deux semaines de l'échéance du 17 juin.

En tant que simple citoyenne non spécialiste du jeu politique, il est risqué que je tente une analyse. Mais je peux par contre me mettre à la place de celles et ceux, dans son parti et en dehors, qui croient fermement en sa capacité à être élu. Quel message leur envoie-t-il? Celui de ne pas voter pour lui, ses réelles ambitions étant clairement fédérales? «Si je suis élu le 17 juin, je prendrai une voie qui m’éloignera de Berne» dit-il dans le même article du Matin Dimanche. Ou tente-t-il par cette provocation détournée de réveiller un électorat de droite divisé, alors que seul un ralliement derrière son nom pourrait barrer la route au PS?

La suite, teintée de mélancolie selon le journaliste, me laisse encore plus perplexe: «Ces derniers temps, je me dis souvent que je n’aurai sûrement pas l’occasion de connaître dans ma vie une fonction politique plus exaltante que celle de maire», et encore «(...) Après avoir donné le signal que j’allais partir, comment je vais faire si je me plante?».

L'expression de tels états d'âme ne ressemble pas au Pierre Maudet qui nous est habituellement donné à voir. Il me semble qu'une fois le costume (même serré aux entournures) de candidat accepté et endossé, il ne devrait plus y avoir de place pour les doutes, en tout cas publiquement. Tel Stauffer qui se prend pour King Kong au sommet de la cathédrale, on s'accroche, on fonce, et on fait au moins semblant d'y croire, coûte que coûte. Surtout qu'il n'est pas exclu qu'il puisse être élu, et il faudra alors qu'il entre dans la peau de Conseiller d'Etat avec la plus grande conviction.

 

23/04/2012

Un dimanche aux urnes

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Branle-bas de combat matinal. Mon fils de 19 ans est dans les starting blocks pour son premier vote de citoyen français. Mais lui qui n'a jamais vécu ailleurs qu'à Genève se trouve bien emprunté. Les brochures s'étalent dans toute la cuisine, et il se gratte la tête et le menton. Difficile de savoir précisément qui est de quel bord. "Cheminade, il est de gauche ou de droite?" me demande-t-il perplexe.

La brochure de Le Pen finit rapidement en 4 morceaux. "Au moins, là je suis sûr". Soulagement, je n'aurai pas à l'abandonner dans une boîte à bébés. Mon éducation subtilement gauchiste porte tout de même quelques fruits tardifs. Je pose un tasse de café brûlant sur la tronche de Sarkozy, l'air de rien, tout en redressant avec tendresse la brochure de Mélenchon. Allusion subtile. Je sais, je ne devrais l'influencer d'aucune façon. En Suisse, il a toujours voté sans m'informer de ses choix, semblant bien au fait des enjeux.

Mais là, rien n'est simple, et son engagement de citoyen responsable commence mal. Il n'a jamais mis les pieds au Consulat, n'a jamais pris la peine de demander un passeport ou une carte d'identité. Un français fantôme, comme beaucoup de jeunes bi-nationaux nés en Suisse. Bien que tous les membres de ma famille vivent en France depuis leur départ forcé d'Algérie au début des années 60, mon fils ne ressent aucune attache avec cette partie de ses racines. On pourrait même dire que son image de la France est fondamentalement mauvaise.

Arrivés dans l'ambiance feutrée de la patinoire de Sous-moulin parsemée de tables et d'isoloirs, rien à voir avec l'effervescence de 2007. Même à 14h, le calme et la sérénité règnent, et les retraités mobilisés nous accueillent avec le sourire. Tout semble mieux organisé, mieux maîtrisé. Comme si, après avoir lâché nos adresses email à tous les candidats (à la présidentielle comme aux législatives), le Consulat avait ressenti besoin de se racheter en nous évitant les queues interminables subies cinq ans plus tôt.

Cela n'empêchera pas le nouveau citoyen tout frais qui me sert de fils de se faire refouler. Pas en règle. Et les lamentations en tendant le livret de famille breton n'y changeront rien. Eva Joly perdra un jeune voix, sous les regards réprobateurs de nos compatriotes présents. Oui, on aurait pu s'organiser, s'intéresser, s'investir. Nous sommes de mauvais français, soit.

Cet épisode honteux se terminera pas un sms d'une jeune amie, elle aussi double nationale, croisée plus tôt en terrasse: "On a le droit de péter dans l'isoloir?". "C'est pas un isoloir, c'est un pissoir", répondra mon fils. Pas encore gagnée, l'éducation à la citoyenneté.

13:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : élections, france |  Facebook |