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04/09/2013

Le téléphone pleure...

52e6f80c.jpgTout ce que je voulais, c'était rêvasser, la tête appuyée contre la vitre rayée, regarder filer les lumières de la ville, penser à l'homme que j'aime qui venait de me quitter, tenant ma main, puis le bout de mes doigts jusqu'à la dernière seconde avant de descendre du bus. Tout ce que je voulais, c'était garder ce sourire déjà un peu nostalgique, fermer les yeux, me laisser bercer. 

Puis elle est montée, elle avait des larmes dans la voix tout en parlant fort, trop fort, un rectangle noir porteur de mauvaises nouvelles collé à l'oreille. Elle voulait juste savoir… Savoir pourquoi il la quittait, pourquoi il ne lui avait pas dit plus tôt qu'il ne l'aimait pas, ce qu'elle aurait pu faire différemment. Sans même me voir ou se rendre compte de ma présence, elle m'a aspirée dans son univers, dans son intimité tourmentée. Je n'existe pas, mais je sais tout, je ressens tout. Son amour brisé, son chagrin. Elle me les envoie à la figure sans retenue. Elle est seule au monde, avec celui qui la quitte. 

Peut-être demain changera-t-elle son statut Facebook, passant publiquement de "en couple" à célibataire. Ses amies commenteront, s'apitoieront, la consoleront, aux yeux de tous. Elle leur racontera qu'il l'a jetée par téléphone, alors qu'elle était dans le bus. Sur le fait qu'elle avait pleuré alors qu'on pouvait l'entendre, qu'elle avait partagé son histoire avec moi, pas un mot, sûrement. 

Quand on a ce rectangle noir à l'oreille, les autres n'existent pas, ne comptent pas. Qu'ils soient embarrassés ou touchés par cette vie intime étalée n'a apparemment aucune importance. Pourtant, me voilà envahie d'émotions, extraite de ma rêverie nocturne. Je ne sens plus la chaleur de la main de mon homme qui s'attardait dans ma paume, son "Je t'aime", murmuré de l'autre côté de la vitre pendant que le bus démarrait, semble déjà si loin. Cette inconnue m'a happée, contre mon gré. Elle descend du bus, toujours en pleurant dans son téléphone. Et maintenant, j'ai froid.

24/01/2013

"J'aime"


photo.jpegFacebook a changé la donne des relations hommes-femmes. Le réseau social a ouvert une multitude de contacts et d'échanges potentiels, du virtuel au réel. On y "aime" à tour de bras, et parfois, à force, on y a le coeur qui bat. Cela peut durer une seconde, le temps d'une image ou d'un mot qui nous touche. Mais aussi se prolonger, se développer en des sentiments plus profonds.

Mais la dérive n'est jamais loin. On peut facilement voir des choses là où il n'y en a pas, et interpréter un "j'aime" comme une marque d'intérêt pour soi alors que ce n'est finalement qu'un intérêt passager pour une publication. De même, l’absence de commentaire ou de "j’aime" peut-être perçu comme un manque d’attention. La personne concernée se sent mal aimée, délaissée, ignorée, et cela peut créer de la frustration, de la colère, de la tristesse. Ces interprétations hâtives et souvent erronées peuvent facilement déboussoler une personne fragile ou en recherche maladive de reconnaissance. 

Une récente étude allemande rapportée par le Nouvelliste révèle que "les membres de Facebook seraient souvent jaloux de leur amis et malheureux". Jaloux des amitiés ou des amours qui semblent glorieusement s'afficher (même si la réalité est tout autre), des photos de vacances, du nombre de messages postés pour un anniversaire, du nombre de "J'aime" ou de commentaires sous une publication. Que tout cela soit au fond du vent et de nature éphémère n'entre pas en ligne de compte, les émotions étant, elles, réelles. 

Le virtuel infiltre le réel, et inversement. Quand on est sur Facebook on y parle de sa vie, et autour d'un verre, on se surprend à parler de Facebook. Comment faire la part des choses, et maintenir des frontières claires? Cela demande une discipline et une attention de tous les instants. S'auto-censurer quand on a envie d'y crier sa rage ou son bonheur n'est pas aisé, tant il est tentant d'utiliser cet outil addictif comme exutoire des émotions qui peuvent nous submerger. En partageant à tâtons mais à tue-tête, on se libère, certes, mais on se met un nouveau fardeau sur les épaules, celui de l'exposition publique de sa vie privée, qui se trouve commentée, discutée, disséquée, et rapportée à d'autres. La recherche d'un réconfort ou d'une gratification illusoires s'y paient cash. 

Présente sur le réseau social depuis 2007, j'ai vu en cinq années d'activité (comme beaucoup d'autres adeptes de Facebook sans doute), des couples se former grâce aux contacts facilités ou d'autres se défaire à cause d'une jalousie mal placée, des drames se jouer en public, des secrets être malencontreusement ou intentionnellement révélés. J'ai vu des amitiés exploser sur un malentendu, des débats virer à l'insulte puis à la plainte, des réputations être écornées par la diffamation ou la caricature. Mais, fascinée malgré tout par la puissance inégalée de cet outil qui distord, malmène ou cimente (parfois, tout de même) les relations sociales ou amoureuses, vous m'y retrouverez toujours quotidiennement!

http://www.facebook.com/catherine.armand

20/04/2012

Nez à nez

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Pas de passage sous la douche ce matin, pas de déodorant "fraîcheur longue durée", pas d'effluves onéreuses en flacon. De la moiteur sous les aisselles, la peau nue de tout artifice. La liberté olfactive, et un échange intense de phéromones entre le corps et le textile. A la fin de journée, la seconde peau savamment sélectionnée dans la fébrilité matinale finira dans un sac plastique.

Nous sommes ce que nous sentons, mais nous l'occultons, le cachons, l'annihilons. Notre odeur naturelle, avec ses variations, est bien trop révélatrice, elle n'a pas sa place dans les relations humaines codifiées et maîtrisées.

Mais ce soir, les odeurs animales emprisonnées seront sa signature, son identité. Elles le définiront. Enfin. Il va séduire et être séduit, et l'organe nasal sera son seul guide. Il sait que tant qu'il n'a pas senti et été senti, il ne peut pas aimer. Pas vraiment.

Son sac sera délicatement ouvert par des mains manucurées, des nez poudrés y plongeront, des poumons enserrés de dentelles se gonfleront, des cerveaux libérés de tous préjugés analyseront, et la comptatibilité chimique se révélera, peut-être. Il fera de même, à l'aveugle. Blonde ou rousse, grande ou petite, peu importe, les exhalations des peaux se choisiront.

Après? C'est une autre histoire. Mais même si elle ne dure que le temps d'un café partagé ou d'un corps à corps éphémère, ils pourront dire: Je l'ai rencontré(e) à une soirée phéromones.

http://www.pheromoneparties.com/

24/03/2012

Je te quitte

 

cm-expo-3.jpegToi et moi, ça a toujours été une histoire compliquée, une histoire d'amour-haine.

Je sais, notre rencontre a été flamboyante, un coup de foudre comme il en existe peu. Tu n'étais pas d'or ni de platine, mais j'ai vu plus loin que l'apparence. Tes nombreuses qualités m'ont immédiatement sauté aux yeux. Tu sais ce qu'on dit? Le véritable amour est censé t'ouvrir de nouveaux horizons et de nouvelles perspectives, te faire voir le monde autrement. Eh bien, oui, je l'ai ressenti cet amour.

Ensemble, nous avons vécu tant de belles choses. Tu étais toujours disponible pour moi, toujours en lice pour les aventures les plus folles. Nous avons voyagé, fait du shopping, mangé dans les meilleurs restaurants, nous nous sommes lovés dans les draps des plus beaux hôtels. Te souviens-tu de notre coup de folie, un matin, quand nous avons craqué en gloussant, les yeux brillants, sur une paire d'escarpins rouges à 350.-, et sa sacoche assortie à 200.-? Nous étions alors dans l'insouciance, et nous en avons bien profité.

Mais cela fait des mois maintenant que notre histoire est au point mort. Nous tournons en rond, nous n'évoluons plus. Tu as atteint tes limites, et moi les miennes. Nous ne partageons plus rien. Nous n'avons plus les mêmes buts dans la vie, plus les mêmes valeurs, je dois maintenant te l'avouer.

Je sais qu'au fond de toi tu m'aimes encore. Tu as d'ailleurs tenté de me retenir avec une lettre d'amour, et de belle facture, je le reconnais. Ah, tu sais y faire pour essayer de raviver la flamme. J'imagine que tu adorerais qu'ensemble nous regardions une comédie romantique sur une tv à écran plat, blottis dans un canapé tout neuf. Et je suis tentée, comment ne pas l'être?

Mais j'ai enfin compris que notre relation était toxique et sans avenir. Tu es machiavélique, et j'ai enfin vu clair dans ton jeu manipulateur. Sous prétexte de vouloir réaliser tous mes désirs, tu m'aliènes. Tu as une mauvaise influence sur moi.

Tu as beau me dire que je ne peux pas partir comme ça, que je dois te rendre des comptes, te rembourser tous tes cadeaux, et avec les intérêts, cela n'y changera rien. Je le ferai, petit à petit, je n'ai pas le choix. Et je penserai toujours à toi avec nostalgie et un pincement au coeur en portant mes escarpins rouges. On n'efface pas d'un coup tant d'années de passion. Mais il n'en reste pas moins, chère carte Visa, que je te quitte.

"Nous apprécions hautement votre fidélité et désirons vous exprimer notre reconnaissance en vous proposant une augmentation de la limite de dépenses de votre carte. Grâce à cette amélioration, vous pourrez organiser votre quotidien à votre aise et financer confortablement de plus importantes acquisitions".

05/03/2012

Je te veux si tu me veux

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Une attirance secrète. Vous la croisez de temps à autre chez des amis. Quand elle vous frôle ou vous regarde, vous frissonnez. Quand elle vous parle, vous vous liquéfiez. Votre pauvre cerveau saturé de phényléthylamine et d'endorphines s'affole, et la pompe suit le mouvement. Vous êtes atrocement timide, et elle reste à ce jour persuadée que vous souffrez d'une étrange fièvre ramenée des Tropiques. En tout cas, c'est l'explication désastreuse que vous avez bafouillé quand elle vous a demandé si tout allait bien, inquiète de voir suer, rougir et trembler.

Si vous n'aviez pas si peur, vous vous jetteriez à ses pieds, vous chanteriez sous son balcon, vous lui enverriez une lettre enflammée. Mais même un mail ou un sms, vous n'osez pas. Le plus téméraire que vous ayez tenté a été d'aimer toutes ses photos de profil sur facebook, en espérant qu'elle saisisse l'allusion subtile.

Depuis, elle vous évite soigneusement. Si vous n'étiez pas déjà si fragile, je vous dirais qu'elle vous a pris pour un pervers et un harceleur. Alors que vous êtes juste fébrile, désorienté et impuissant à vous déclarer. De la sérénade au sms, rien ne vous protégera jamais contre le rejet. Oui, la déclaration d'amour reste risquée, mais c'est aussi ce qui fait le charme du jeu de séduction. Vous n'en êtes pas convaincu, vous ne voyez rien de charmant dans le doute, l'incertitude et la souffrance silencieuse. Soit.

Tous les ingrédients sont apparemment réunis pour que vous puissiez endosser le costume de l'un des personnage récurrents de la collection Harlequin. Celui qui est secrètement amoureux de l'héroïne, alors que l'écervelée n'a d'yeux que pour le bellâtre de service. Pendant que vous vous morfondez.

Sauf que vous avez trouvé un moyen imparable pour éviter de devenir un stéréotype de roman de gare à deux balles. La technologie est de votre côté, et vous semblez persuadé qu'elle pourra bouleverser le scénario de votre misérable vie. Vous qui vous évanouissiez à l'idée d'envoyer trois mots par sms à la femme de vos rêves, vous voilà à tapoter comme un fou sur votre téléphone.

Vous allez enfin pouvoir vous déclarer, tout en vous protégeant d'un éventuel camouflet. Non, vous ne porterez pas le costume de l'éconduit, car vous êtes assuré de ne pas prendre de veste. Vous jubilez, et vous foncez tête baissée. "Je te veux si tu me veux, et je t'aimerai si tu m'aimes", avez-vous décidé. Et seulement si. Aucune incertitude ne sera tolérée.

Un ami qui vous veut du bien vous a parlé de ce site internet. Pas un site de rencontre, non, plutôt de prise de température amoureuse. Cet ami bien renseigné sur les choses de l'amour virtuel vous a guidé dans vos premiers pas vers la félicité sans risque. Il vous a montré comment créer votre liste à partir des contacts du répertoire de votre téléphone. Lui ne s'est pas gêné, sa liste d'amoureuses potentielles est longue comme une nuit d'hiver, et contient à peu près tout ce qui se meut sur des talons et dont il a enregistré le numéro ou l'adresse email. Vous, non. Juste Elle. Pour l'instant, en tout cas.

Lorsqu'elle a reçu une alerte du fameux site pour faire de même, elle ne savait évidemment pas que l'impulsion venait de vous, le rougeaud pataud qui transpirait trop. Curieuse de cette invitation mystère, elle s'est laissée tenter. Au moment de créer sa propre liste, elle a pensé à vous. Oui, elle vous trouvait gentil et émouvant, avant votre malheureux "serial liking" sur facebook. Elle vous a donc ajouté, un peu par jeu, pour voir. Elle savait, elle aussi, qu'elle ne prenait aucun risque à lancer ce coup de sonde.

Et c'est là que vous avez remercié le ciel de vivre à l'ère de la communication virtuelle, et non à celle des lettres portées par messager. Ayant chacun inscrit l'autre dans sa liste d'amants potentiels, vous en avez été tous les deux informés. Des trompettes, des confetti, et accessoirement un email. "Votre intérêt est réciproque" vous a dit un petit cupidon pixellisé (ou c'est ce que vous avez cru voir, entre deux larmes de bonheur).

Si elle avait ignoré votre nom dans sa liste virtuelle, vous n'auriez même jamais su qu'elle s'était inscrite sur le site, et vous auriez attendu en vain. Vous voyez, la démarche est tout de même risquée, car l'échec y prendra la forme du silence, du néant. Oh, on ne vous dit pas non, simplement vous n'êtes pas sélectionné, vous n'existez pas. Vous n'êtes rien. Non coché dans la liste à fantasmes.

Mais elle vous a choisi, et elle a ainsi su que vous l'aviez choisie aussi. Il ne vous reste plus qu'à l'appeler, puis lever le nez de votre smartphone, la regarder dans les yeux, et lui dire que vous l'aimez. Sans rougir, sans transpirer, sans trembler.

Je ne sais pas si vous serez heureux ensemble, je vous laisse là, sur votre chemin de traverse. De mon côté j'ai une lettre à écrire, à la plume, sur du vrai papier. Des mots qui vont me mettre à nu devant un homme au coeur peut-être sec. Une lettre d'amour.

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