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28/01/2012

Prise d'otages à la Migros

 

otage-600x471.jpegInsouciants, ils ne se doutent de rien. Ils revoient la liste des courses en manoeuvrant dans la place de parking du centre commercial, le petit Kevin sagement assis à l'arrière, faisant voler une mini Mazda en postillonnant le bruit du moteur. Faire les achats du samedi en famille à la Migros est un rituel.

Mais aujourd'hui tout va changer. Au moment de payer, "vous voulez les Animanca?" demande avec lassitude la caissière, inconsciente du drame qui est en train de prendre forme sous ses yeux. Les parents, eux, ont clairement entendu "les mains en l'air, c'est une prise d'otages!". L'année dernière, Kevin n'avait pas échappé aux nanos. Aujourd'hui, il ne sera pas épargné par les Animanca, et ses parents non plus. Finis les sifflotements entre les rayons, finies les poussées de caddie sereines. Pendant plusieurs semaines, sinon plusieurs mois, les voilà encore une fois otages de la Migros.

Les Animanca, je ne vais même pas vous décrire de quoi il s'agit, car en soi cela n'a aucune importance. Pas plus que les nanos, d'ailleurs. Si vous ne les avez pas encore découverts dans la presse ou à la caisse, sachez simplement que ce sont des cochonneries à collectionner, comportant un grand nombre de doublons à échanger avant de pouvoir rassembler la collection complète, et que la Migros les donnera au compte-goutte à votre enfant pour chaque tranche d'achats de CHF 20.-. Un véritable enfer de négociations en perspective.

Migros sait parfaitement jouer sur la tendance naturelle des enfants à la collection pour inciter les parents à la dépense. Pour cela, l'entreprise s'appuie sur plusieurs besoins primaires de ses petits futurs clients: La reconnaissance (faire comme les copains, ne pas être marginalisé), le pouvoir (avoir une collection plus complète que celle de ses amis), l'interaction sociale (lors des échanges dans la cour de l'école) et le besoin de séparation (être initié ou expert dans un domaine que les parents ne comprennent pas).

Ce qui semble parfaitement sain et naturel lorsqu'on parle de petits cailloux ou de coquillages patiemment rassemblés lors de balades, devient sournois lorsque obligatoirement lié à un acte de consommation des parents. Car l'enfant n’achète pas directement les pièces de sa collection avec son argent de poche, comme pour les cartes Panini par exemple, il les obtient en influençant les achats des adultes. Malheureusement souvent avec succès, ceux-ci étant plutôt enclins, pour avoir la paix, à satisfaire les souhaits (ou les demandes tyranniques) de leurs gamins.

La FRC et d'autres associations tirent chaque année la sonnette d'alarme dans les médias, mais en vain. Des cochonneries reviennent systématiquement polluer le passage aux caisses de la Migros, qui de son côté, affiche un angélisme aussi agaçant qu'hypocrite.

De toute façon, moi, je fais mes courses à la Coop, où je collectionne les points à coller sur une carte pour obtenir une casserole à CHF 35.- au lieu de CHF 50.-. Comment ça, je suis aussi un otage?