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22/01/2012

Gaïa et le téléchargement

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Il est intéressant, pour la fidèle abonnée à Megaupload que j'étais, de voir le voile se déchirer et découvrir qui tirait les ficelles de cet empire. Il est encore plus intéressant de voir qui est monté au créneau pour apparemment les venger. Au premier abord, c'est comme si les Indignés des Bastions faisaient une action coup de poing pour défendre Hildebrand.

D'un côté, on a un ancien hacker devenu millionnaire, vivant dans la maison la plus chère de Nouvelle Zélande, humblement nommée "Dotcom Mansion", accumulant voitures de luxe et opérations quasi mafieuses. Un homme qui ne visait que l'enrichissement personnel, ayant perdu tout sens des réalités, et voué corps et âme à sa propre gloire.

De l'autre, une masse indéfinie d'internautes, hackers confirmés ou non, qui se réclament de la liberté d'expression sur le net. Leurs vidéos très engagées font souffler un vent de révolte, de révolution même. Ils s'attaquent aux gouvernements, aux grandes entreprises capitalistes, au pouvoir centralisé. Anonymous défend clairement les valeurs qui permettent aux internautes de communiquer et d’échanger librement. Les idées comme les fichiers.

Il est donc tentant de pointer le paradoxe qui consiste à ériger un simple "Mégaescroc" hautement capitaliste et égocentrique en symbole de libre partage de la culture. Il semble qu'en réalité, Anonymous dénonce surtout le principe de censure et défende le principe de liberté, sans vouloir venger spécifiquement la très lucrative et douteuse société Megaupload.

On assiste en fait à une réaction épidermique suite à une agression contre le réseau lui-même. Le net est une superconscience collective composée de l'énergie de centaines de millions de consciences individuelles. Un organisme Gaïa qui, quand il est piqué au pied, même s'il s'agit dans le cas de Megaupload d'une verrue infectée qu'on lui enlève, souffre dans tout son corps, et voit une de ses mains agir pour stopper la douleur. Cet organisme sans forme, sans cerveau centralisé, ne peut être ni contrôlé, ni tué. Et tout membre coupé repoussera, ailleurs, autrement.

Cette liberté que défend Anonymous, le partage direct de fichiers entre internautes, cette démocratisation totale de la culture et des informations, pourrait créer une vraie stimulation du marché, si elle était utilisée intelligemment au sein de cet "organisme", en s'adaptant à ses règles au lieu d'être combattue de front.

Même si une part non négligeable des internautes téléchargeant illégalement des séries, films ou morceaux de musique n'achètera jamais ni CD ni DVD, beaucoup d'autres assurent se procurer légalement en tout cas une partie de ce qu'ils ont visionné ou entendu, et aimé. Car ce nouveau public se refuse souvent à prendre le risque de dépenser de l'argent pour des contenus qu'ils ne connaissent pas.

On télécharge quelques morceaux d'artistes qu'on aime ou de nouvelles voix encore inconnues, compressés et aplatis en mp3, on s'en imprègne, on partage, on en discute sur des forums ou sur Facebook, on juge, et si ça nous plaît, on peut filer se procurer le cd, avec toute la profondeur et qualité d'écoute qu'offre ce support. Ou acheter un billet de concert.

On télécharge un film récent en .avi et basse définition, on le survole sur son mac 13 pouces, et s'il nous a touché, on peut se rendre avec plaisir au cinéma entre amis pour l'apprécier dans de bonnes conditions, en grand format, HD et son surround, assuré de ne pas être déçu d'avoir dépensé l'outrageuse somme de CHF 18.-.

On télécharge ou on visionne en streaming des séries étrangères de qualité, en VO et sans mauvais sous-titres, parce que les chaînes de télévision ont raté le coche depuis longtemps. Le fan de séries d'aujourd'hui n'est plus disposé à se laisser imposer les choix "artistiques" des chaînes, nivelés par le bas. Ni disposé à être dépendant d'un horaire fixe. Ni disposé à supporter les doublages bidons, avec les mêmes voix d'une série à l'autre, et les traductions frileuses, où les "fuck" bien sentis deviennent des "zut alors" ridicules. Ni disposé à attendre plusieurs mois la sortie du DVD aux US pour découvrir la nouvelle saison de sa série préférée.

Les studios de cinéma, les maisons de disques, les chaînes de télévision, et les artistes eux-mêmes, doivent aujourd'hui à tout prix se remettre en question, et s'adapter à ce nouveau public, à ses habitudes et à ses exigences. Intégrer ces nouveaux types de consommation, plutôt que s'y opposer. Leur survie en dépend. Puisse la cyberguerre qui vient de démarrer permettre à terme cette prise de conscience.