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09/11/2011

Dans l'indifférence générale

 

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"Voix de Fête va-t-il disparaitre?", lit-on dans la Tribune de Genève du 13 octobre. On y apprend que le festival genevois passera en 2012 à cinq jours au lieu de dix.

Depuis, silence radio. De la part des médias, des politiques, du milieu culturel même, pourtant si prompt à défendre les siens. Voix de Fête semble devoir réduire sa voilure dans l'indifférence générale. Et pourtant. Ce festival est bon, voire très bon. Depuis 13 éditions, il offre les plus belles scènes de la Ville aux artistes émergents ou confirmés d'expression francophone.

Il existe un vrai public à Genève pour la chanson, mais peu de lieux osent ouvrir leurs portes à ce genre musical. Trop risqué, trop pointu... ou au contraire trop populaire.  Il est réputé délicat pour les salles genevoises, en dehors d'un festival bénéficiant d'une communication intense, de rentabiliser sans soutiens la venue d'artistes chantant en français, de Romandie ou d'ailleurs. Voix de Fête répond avec talent à cette demande des artistes, et du public, toujours plus nombreux à apprécier la programmation variée offerte par Roland Le Blévennec et son équipe. C'est aussi un moment de rencontre important pour les professionnels du spectacle et les programmateurs, qui viennent humer les tendances, ferrer les découvertes.

Restent les bars. La manifestation "Bars en fête", partenaire du festival, est également tronquée de moitié. Une grande perte pour la culture locale, mais là non plus, pas ou peu d'émoi. Ni dans la population, ni chez nos élus. Les fonds manquent, paraît-il. Le concept de Bars en fête, c'est un grand nombre de bars genevois -tels le Némo, le café des Sources, la Plage à Carouge, le café Gavroche et bien d'autres- qui accueillent nos chanteurs d'ici, mais aussi de nombreux artistes internationaux, français, belges, québécois. Le tout gratuitement, avec participation au chapeau. Le coût de l'opération? Minime en comparaison de l'impact culturel, social, touristique aussi. Les quelques soirées prévues pour l'édition 2012 ne suffiront pas à étancher la soif de chanson du public genevois, même si la qualité sera à coup sûr à nouveau au rendez-vous.

Mais le malaise ne se limite pas à Voix de Fête, même s'il le met en lumière de façon exacerbée. C'est toute l'année que des associations luttent pour maintenir dans notre ville des concerts et festivals consacrés aux musiciens du cru. Pour exemple, le festival "La Teuf s'amuse" qui propose des concerts tous les soirs entre Noël et Nouvel An, ne reçoit qu'un soutien symbolique de la Ville de Genève. En 2010, plus de 25 groupes se sont succédés sur le Bateau Genève, au Contretemps, au café de la Plage et au Gavroche. Une aubaine pour Genève, qui vit un peu au ralenti à cette période. Le reste de l'année, les deux structures la Teuf et Leika y vont de leur poche, de leur énergie, de leur réseau, pour nous faire découvrir des artistes souvent exceptionnels. Remplir le chapeau ne suffit pas pour couvrir les frais de ces concerts, tout juste à dédommager les artistes. L'organisation, la technique, la communication? Du bénévolat, le plus souvent.

En ces temps troublés par les gesticulations désordonnées de la Commission des arts et de la culture de la Ville de Genève, est-il légitime de tirer la sonnette d'alarme? De réclamer un peu d'attention et de soutien pour le festival Voix de Fête? De suggérer qu'une enveloppe soit prévue pour créer un réseau cohérent et durable de bars offrant des espaces d'expression aux artistes locaux émergents? Un réseau qui vit en dehors des salles classiques, qui est plus accessible, plus modulable, moins couteux. De vrais espaces de rencontres et de partage.