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15/11/2011

Le coup de gueule de Birdy Nam Nam

937144286_l.jpg"Marre de tous ces connards qui n'aiment pas notre musique ou ne comprennent pas notre évolution.
Marre de tous ces connards qui portent des jugements gratuits sur notre parcours artistiques.
Marre de tous ces connards qui pensent que nos concerts sont trop chers sans même y avoir assisté et sans prendre la mesure des moyens qui y sont investis".

Birdy Nam Nam, 15.11.11

Le groupe français de musique électronique en a marre des critiques de fans mal intentionnés, de journalistes ou autres professionnels du milieu, et le dit haut et fort aujourd'hui sur sa fanpage du réseau social facebook.

Assez rare dans le milieu musical français, ce genre de coup de gueule.

Il y avait bien eu le groupe de pop/rock AstonVilla, qui en 2002 avait profité du micro des Victoires de la Musique pour dénoncer la "conception d’artiste kleenex qu’ont certaines maisons de disques". Mais ils l'ont payé cher, depuis. Critiquer la machine à fric bien rodée de l'industrie musicale reste rarement sans conséquences. Privé de passages radios, mis au placard par sa maison de disques sans possibilités de sortir un nouvel opus sous un autre label, Frédéric Franchitti, chanteur du groupe, avouait à la "Voix du Nord" en 2007:

"C’est vrai que lors de cette cérémonie, on n’aurait sans doute pas dû faire un discours si subversif. Du coup on s’est retrouvé avec une étiquette de groupe engagé aux fesses qui nous a plutôt desservis. Ce soir-là, on aurait dû la fermer. Le fait qu’on soit depuis lors plus trop passé en radio en est l’une des conséquences…".

AstonVilla s'est attaqué à l'époque au système, et non à ses fans, qui ont ensuite largement soutenu le groupe dans la gestion de cette épreuve. Un groupe peut survivre quelques années au boycott de sa maison de disque ou des médias. Car il lui reste la scène, lieu de contact direct avec son public.

Alors, le coup de gueule de Birdy Nam Nam est-il salutaire ou pathétique?

Dans le temps, avant l'ère de l'internet 2.0, les lettres de fans arrivaient par courrier aux maisons de disques, étaient triés par des petites mains bienveillantes, avant que les plus mignonnes, souvent agrémentées de petits coeurs, ne soient transmises aux groupes au compte-goutte afin de flatter leur égo, moteur de leur énergie scénique.

Les fanpages facebook, comme les profils Myspace avant elles, exposent aujourd'hui les artistes, sans filtres, aux critiques ou insultes venant de toutes parts. Formulées par écrit et publiquement, celles-ci peuvent être ensuite facilement relayées, montées en épingle par des journalistes, et se trouver exposées encore plus largement.

Cette règle du jeu, risquée, les artistes n'ont plus le choix de la refuser. Ne pas communiquer directement avec ses fans via les réseaux sociaux est devenu quasiment inacceptable. Bien sûr, on peut toujours confier la gestion de sa fanpage à un responsable de communication qui parlera au nom du groupe et modérera les commentaires et réactions. Mais lorsque cela se sait, les fans le perçoivent comme une trahison. Parler à ses idoles sans intermédiaire est considéré comme normal, et même comme un droit, par les jeunes fans d'aujourd'hui. Et répondre, comme un devoir pour les artistes.

Birdy Nam Nam n'a pas su, sur ce coup, gérer les subtilités de cette nouvelle donne, ni éviter le piège de la réaction à chaud. Certains les trouveront courageux d'oser dire tout haut ce que beaucoup d'artistes contraints à ces contacts directs pensent tout bas, mais vous ne pourrez m'empêcher de penser qu'il est pathétique de traiter publiquement les gens de "connards" parce qu'ils n'aiment pas votre musique et le disent dans un espace dédié.

Source:

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14:03 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : birdy nam nam |  Facebook |