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07/01/2013

Blogueuse vs journaliste, le face à face

1_5113601bcf9a7423ca468e5cddc5ee84_475.jpgAprès la mode des blogs, voici venir en Suisse romande celle des "citoyens journalistes", des "reporters de quartier" (Signé Genève/TdG), des "reporters mobiles" (le Matin), ou autres "lecteurs reporters" (20 Minutes). Les frontières entre journalistes et blogueurs ou contributeurs bénévoles semblent devenir de plus en plus floues. Dans un contexte de crise généralisée de la presse écrite, ce recours de plus en plus généralisé au "journalisme citoyen" remet-elle en question la profession de journaliste? Si tout le monde peut devenir journaliste bénévole, pourquoi continuer de payer des journalistes pour nous informer? 

Le journaliste: Vous les blogueurs, vous agissez en toute liberté sans aucune des contraintes auxquelles nous les journalistes sommes soumis: vous n'avez pas l'obligation d'informer de façon objective et documentée, pas de sources à citer, pas de limitation du nombre de signes, et surtout pas de délai. 

La blogueuse: C'est bien entendu plus agréable, plus confortable et plus ludique, je vous l'accorde. La liberté totale. je reconnais qu'il est facile dans ces conditions de produire des contenus qui feront mouche et qui intéresseront le lecteur. Mais il est du coup facile aussi de se perdre dans des idées et vues étroites, de faire fausse route et de raconter de grosses bêtises, de multiplier les fautes d'orthographe ou de français. Nous ne bénéficions d'aucun regard extérieur, d'aucun garde-fou. C'est le revers de l'absence de contraintes. 

Le journaliste: Dans mon métier, le moindre pourcentage ou chiffre doit avoir une source fiable, le moindre fait doit être documenté. Aucune opinion personnelle ne doit transparaître, ou alors sous forme de question, et toujours à demi mots. En tant que journaliste, on s'efface, on disparaît totalement derrière les faits. La seule patte personnelle que l'on peut apposer est dans le style, l'écriture. "Une ligne, un fait"!

La blogueuse: C'est vrai, je n'ai pour ma part pas à citer mes sources. Je donne mon opinion, je prends position, j'affiche ma subjectivité. Mon blog repose entièrement sur ma vision du monde. J'interpelle, j'accuse, je condamne, je me moque. En quelque sorte, nous les blogueurs jouons un rôle de contre-pouvoir. 

Le journaliste: Vous imaginez peut-être qu'écrire un article est simple, et vous ne manquez pas de nous épingler dès que vous en avez l'occasion. La forme finale de notre travail est en effet simple: une suite de faits, de citations. Mais Dieu que cette épuration est douloureuse! Ce que je livre doit être court, clair, concis. Mes sources doivent être vérifiées et recoupées, je dois faire relire certaines citations par leurs auteurs. Respect du sujet traité, appréhension de l'information sous toutes ses facettes. Et pas par le simple petit bout de la lorgnette. Sans oublier la valeur ajoutée. Trouver à dire ce qui n'a pas encore été dit, alors que tout le monde en parle. 

La blogueuse: Je respecte votre métier, le pratiquant moi-même en free lance depuis peu. Je me suis trouvée confrontée aux contraintes dont vous parlez, et j'ai tout autant de plaisir à produire un article "officiel" qu'un billet personnel sur mon blog. Les deux formes d'expression et d'information sont complémentaires et devraient pouvoir cohabiter, s'enrichir mutuellement. Aux rédactions de trouver le bon équilibre, et de respecter les uns et les autres. 

18:22 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : journalisme, blogs, presse |  Facebook |

24/07/2012

Une robe, un candidat, un festival et des bovins

 

IMG_20120716_142455.jpgJe suis alanguie sur la plage, en bateau la tignasse au vent, concentrée sur une partie de pétanque et encore en train de siroter un apéro. Et pourtant un flux ininterrompu d'idées, de bouts de phrases, de bons mots ou de formules bouillonne sous mon crâne. Impossible à ignorer, encore moins à stopper. La robe de Duflot, la candidature de Froidevaux, la présence excessive du Paléo dans la presse, ou encore les vaches du 1er Août, tout m'assaille et me donne envie de réagir, entre la galette et le plateau d'huîtres.

"Un blog est à la tête ce que le jogging est au corps: une discipline", nous annonce J-F Mabut dans ses conseils aux blogueurs. Dès lors, en vacances, grande est la tentation de ne pas perdre sa "musculature" et de laisser les mots rebelles s'échapper. Ils tournent en rond à la recherche d'une sortie, mais l'oisiveté intellectuelle entrecoupée de bains de mer représentant l'essentiel du programme de mes journées, le risque de les voir s'évacuer en ordre dispersé est palpable.

Tenir un blog est un "acte actif", "bon pour la tête". Soit. Mais écrire régulièrement et donner son avis sur tout est surtout devenu une drogue, une douce maladie, une nécessité. Le seul moment de véritable apaisement peut s'apprécier dans la journée qui suit la publication d'un billet. Un sentiment du devoir accompli, de libération. Je respire. J'ai eu ma dose. Mais dès le lendemain, ça recommence. Le sujet suivant se met à me hanter, à réclamer son existence. C'est sans fin.

Je résiste pourtant, ou presque. Pas de billet pendant mes vacances en Bretagne, m'étais-je promis. Sauf celui-ci, paradoxal, qui met en mots ma décision de ne pas écrire. Je suis faible, je sais. Bon, je vous laisse, les dorades au feu de bois sont à point. La robe, le candidat, le festival ou les bovins attendront jusqu'à la semaine prochaine. Promis.

 

12:06 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : vacances, blogs, écriture |  Facebook |

01/05/2012

Dans les choux et sur les roses

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Les blogs sont un excellent baromètre de l'air du temps... Ils sont l'écume qui remonte à la surface des préoccupations des citoyens, quand l'actualité bout. Quant aux citoyennes, c'est une autre histoire. Lorsqu'elles sont blogueuses, le classement par catégories de certaines plateformes ou annuaires de blogs, principalement français, les renvoient dans les choux. Ou plutôt sur les roses, là où elles sont censées avoir pris naissance.

Ces catégories "Femmes", censées mettre en lumière les thèmes principaux qui nous passionnent, sont éloquentes: Beauté, mode, cuisine, enfants, chirurgie esthétique, sexualité et séduction, conseils nettoyages, régimes, grossesse... Bref, comme le dit la baseline d'une de ces plateformes au sujet de la catégorie femmes/famille (notez le regroupement thématique): "Des conseils utiles pour les femmes qui cherchent des réponses aux questions fondamentales ou essentielles qui les préoccupent". Edifiant.

Par contre, pour trouver des blogs féminins parlant de politique, d'économie, d'actualité, ceux-ci représentant un pourcentage moindre que ceux des hommes consacrés aux mêmes sujets, c'est comme chercher un tube de rouge à lèvres au fond d'un sac à main. Il faut farfouiller, quitte à se casser un ongle.

Trois paragraphes, et je tombe déjà dans les clichés, je sais. Je vous parle de rouge à lèvres et de manucure, pendant que les plumes testostéronées squattent la tête du classement en refaisant le monde. Dure, la vie de blogueuse.

02:06 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : blogs, femmes |  Facebook |

08/04/2012

Censures et dérapages

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La lecture des derniers billets de Grégoire Barbey et des nombreux commentaires qui y sont attachés, certains pertinents, d'autres intolérables (et néanmoins acceptés), m'inspire quelques réflexions.

Présente depuis quelques mois seulement sur les blogs de la Tribune de Genève, j'y ai découvert un monde fascinant, riche, mais aussi parfois d'une grande violence. A l'approche de mon 70e billet, vous êtes environ 4000 lecteurs uniques par mois à me suivre, en consultant environ 25'000 pages. Dès lors, j'ai une responsabilité.

Car dès le premier billet, il faut faire un choix. Celui des limites que l'on souhaite poser entre la liberté d'expression de ses lecteurs, et sa propre liberté de gérer à sa guise cet espace personnel, sur lequel on s'expose, se confie, se met en danger, aussi. Donner publiquement son opinion sur des sujets sensibles n'est pas anodin, sachant que les blogs de la TdG sont extrêmement bien référencés sur Google, et qu'ils sont toujours, malgré leur relégation dans les bas fonds de la page d'accueil du site du journal, finalement très lus.

Premier choix: Ne pas autoriser les commentaires sur certains billets sensibles. Soit parce qu'on n'aura pas le temps de les modérer, soit parce qu'on souhaite s'exprimer sans manifester d'intérêt pour ce que les autres en penseront. C'est respectable, quoiqu'on en dise. Le dialogue n'est pas une obligation, rien n'empêche un blogueur d'imposer le sens unique. Je dis, vous lisez. Point. Pour ma part, je n'ai encore jamais recouru à cette solution extrême. Mais, ayant peu de confiance en la capacité d'auto-censure de certains commentateurs, je ne l'exclus pas.

Deuxième choix: Modérer les commentaires en ne publiant que ceux qui sont favorables ou neutres, en rejetant toute critique. Il paraît que c'est monnaie courante, si on en croit les hauts-cris que poussent les commentateurs au sujet de certains blogs. C'est une solution confortable et valorisante, mais peu intéressante, car biaisée et finalement très narcissique. Autant se créer quelques pseudos et se commenter soi-même, de façon outrageusement élogieuse.

Troisième choix: Accepter la critique constructive, tout en refusant les commentaires qui portent atteinte à la vie privée (la sienne ou celle des autres), aux droits fondamentaux, ou qui pourraient faire l'objet de plaintes pénales. Cela semble l'évidence, et pourtant certains trouveront toujours le moyen de crier à la censure, ne sachant pas eux-mêmes se mettre des limites, refusant de réaliser que leurs commentaires sont haineux, non respectueux de celui qui a eu le courage de partager une opinion. Parle-t-on alors d'édition, de suppression, ou de censure? Pour ma part, c'est la solution que j'ai choisie, et "censurer" (rarement) des commentaires ne me pose aucun problème moral ou éthique. Mon blog est mon espace, mon territoire, et ceux qui veulent y entrer doivent y respecter mes règles. Et même si j'y confie parfois des éléments de ma vie privée, de façon détournée ou limpide, je peux ne pas accepter qu'on les commente en me manquant de respect. C'est mon droit. C'est notre droit à tous.

Quatrième choix: Laisser les commentaires entièrement ouverts, sans modération, et s'interdire la censure. C'est un choix très dangereux, bien qu'il trahisse une forme d'idéalisme. Celui qui choisit cette solution a soit une foi sans faille en l'être humain, soit des tendances clairement suicidaires, ou prend un plaisir malsain à créer la polémique, à attiser la haine. Il y a autant de commentateurs intelligents et pertinents, ayant le courage de s'exprimer sous leur vrai nom, que de sombres personnages avançant masqués et se permettant tout et n'importe quoi sous couvert d'anonymat. Ne pas les modérer peut non seulement rendre le blogueur, mais également la Tribune de Genève, pénalement responsables.

Nous en arrivons donc aux nombreuses attaques contre la plateforme, et contre son gestionnaire, Jean-François Mabut. Là aussi, la Tribune de Genève a-t-elle l'obligation de laisser cet espace public autogérer ses excès et ses dérives, ou doit-elle les censurer au besoin, en tant qu'hébergeur? La blogosphère a évolué à un rythme si rapide, ici et ailleurs, que les règles semblent encore floues et appliquées au cas par cas, dans l'urgence. Elle est devenue une sorte de monstre difficile à contrôler, débordant de toutes parts de l'espace dans lequel on tente de le maintenir. Les attaques personnelles, les arguments ad hominem, les calomnies, les propos racistes, homophobes ou antisémites pourrissent les débats. Les anciens "trolls" des forums (en perte de vitesse depuis l'avènement des réseaux sociaux) y ont fait leur nid, et de nouveaux noms doivent être trouvés pour les nombreux dérivés du point Godwin.

La Tribune de Genève y est souvent attaquée, traitée de torchon ou de censeur, par les blogueurs comme par les commentateurs. On y mord la main qui nous nourrit (de lecteurs), mais on continue paradoxalement de s'y exprimer. Car, toute critiquable et opaque qu'elle puisse être dans sa gestion, la plateforme offre une tribune unique à nos idées, à nos mots. D'un autre côté, les blogueurs sont des contributeurs bon marché qui apportent une circulation non négligeable sur le site, ils doivent donc être respectés et le dialogue avec eux se doit d'être transparent et constructif. Aucune censure, aucune relégation hors des rubriques "Invités" ou "blogs citoyens", ni surtout aucune suppression de blog ne devrait à mon sens avoir lieu sans négociation et argumentation, si possible en face à face, avec l'auteur. Car ce sont des décisions qui, même si justifiées, sont d'une grande violence psychologique.

Je vais continuer de suivre de près l'évolution des relations entre Grégoire Barbey, ses commentateurs, et la Tribune de Genève. Nous devrions y porter la plus grande attention, car nous sommes tous concernés. Nous pouvons déraper, être rappelés à l'ordre ou muselés. Nous offusquer et subir des représailles. A nous de trouver l'équilibre, entre nous, et avec Jean-François Mabut.

Ecrivons, informons, débattons, polémiquons, confions-nous, indignons-nous, dénonçons, mais avec respect. Naïve, candide? Certainement. Au plaisir de vous lire, et de ne pas avoir à vous censurer!

26/01/2012

La grande braderie

 

dyn009_original_675_450_jpeg_2567952_89021df16f15e676358a34b9a476f237.jpegOn apprend que le journal en ligne américain Huffington Post (qui s'installe en France sous la coupe d'Anne Sinclair) a décidé d'axer sa stratégie de contenu sur les blogs, sans rémunération. Ce "scandale" attise la polémique qui fait rage sur le sujet des blogueurs gratuits, ces "contributeurs zélés en mal de visibilité", dont la presse en ligne peut profiter, et parfois abuser.

La position du Huffington Post est en effet paradoxale. D'un côté, il reconnaît la valeur de ces contributions libres (en recrutant activement des blogueurs de qualité), de l'autre il refuse de la valider par un paiement ou un contrat en bonne et due forme. Est-ce à dire que leur prose est jugée assez utile pour dynamiser à bon compte une publication en ligne, mais pas assez sérieuse ni assez fiable pour être rémunérée, même modestement?

Ce système apparemment "win/win" de visibilité contre contenu, même s'il est en soi insatisfaisant et sournois, semble avoir de beaux jours devant lui, et pas seulement dans le domaine de la rédaction.

On le trouve également bien implanté dans le monde de la musique, dans lequel les artistes cherchant des lieux où se produire, et faire ainsi découvrir leur travail, se voient proposer de jouer dans des bars ou des événements (les fêtes de la musique ou les tremplins de festivals par exemple), sans aucun cachet. Ils enrichissent ainsi les programmes de ces événements ou permettent d'animer un lieu et y attirer du monde qui consomme au bar, tout en devant se considérer heureux qu'on leur offre une tribune et l'accès à un public.

Selon Eric Mettout, rédacteur en chef de Lexpress.fr, "l’échange est égal et s’il ne l’était pas, les blogueurs nous fuiraient". La même tentative de rationalisation existe du côté des programmateurs de festivals et de salles de concert. Evidemment, un artiste peut toujours choisir de jouer dans son jardin devant ses amis, ou un blogueur d'ouvrir son propre espace d'expression perdu dans les méandres du net, mal référencé. Ils ont la liberté de le faire, et de rester peu écoutés, et peu lus. Personne n'oblige les uns et les autres à diffuser leurs notes ou leurs mots sur des scènes ou des plateformes qui les prennent en otage en échange d'un peu de notoriété.

Mais, à terme, cette grande braderie ne met-elle pas en danger à la fois la profession de journaliste et celle de musicien qui tente de vivre de son art?

Lire aussi le billet de Jean-Noël Cuénod sur le même sujet