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12/02/2012

Du bonheur en capsules

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Le déménagement de la petite entreprise où je travaille a remis la question de la machine à café sur le tapis: Nespresso ou pas Nespresso? Ah, je rêvais de café en grains, bruyamment moulu à la minute et tassé à la main. J'ai perdu, ce sera Nespresso. Fini le simple jus pour se sortir vaguement du coltard. Me voilà membre privilégiée d'un club où l'on déguste avec ravissement de grands crus d'exception. Une expérience enivrante, un événement enrichissant, une aventure hors du commun.

Boire juste un café sans fermer les yeux ni frôler l'orgasme est devenu vulgaire, et nous vaudra un regard réprobateur de Georges Clooney. Pour ne pas passer pour un idiot, on se doit de reconnaître rien qu'à l'odeur si on a affaire à un arabica d'Amérique centrale ou à un Robusta indien, de commenter d'un air entendu les notes aromatiques (fruité vin, épicé, citronné, miel, céréale), d'apprécier avec les mots justes le caractère et le corps du nectar.

Le terrain avait été préparé depuis longtemps par Starbucks, qui avait déjà commencé à transformer la descente matinale de l'arabica en expérience unique. Pour pouvoir y commander son café, il fallait avoir potassé en avance les différentes origines, maîtriser les secrets de la torréfaction, et savoir qu'on ne disait plus "allongé", mais "Venti". Bref, palabrer des plombes avec le "barista" et naviguer à vue parmi les choix multiples avant d'avoir en main un jus à CHF 7.-, à boire si possible par le petit trou d'un couvercle en plastique, tout en marchant (ben oui, on a pas trois minutes à perdre, hein, on est très occupés). Pendant que le péquenaud de base, non initié, continuait naïvement de siroter un bête petit noir à CHF 3.- commandé en une seconde et demi à la serveuse du troquet du coin.

Grâce à Nespresso, cette aventure du Café Ultime a pu enfin entrer dans nos maisons, dans nos entreprises. Plus besoin de se déplacer jusqu'au Starbucks, le frisson caféiné était enfin accessible dans l'intimité, ou autour de la table de réunion. Du bonheur dans une capsule, à portée de main. Des petits machins colorés qu'on ne trouve évidemment pas à l'épicerie qui est en bas de chez soi, ouverte jusqu'à minuit et tenue par des turcs. Ni à la Migros. Non, ce sont des capsules qu'on doit mériter, soit en passant avec révérence les portes du Temple du "What else", soit en devenant membre du club sur internet. Le vrai Café réservé aux initiés ne doit pas se trouver sous le sabot d'un cheval, comme on dit.

Mais le comptable de ma boîte me jure haut et fort que je serai comblée par tant d'arômes à sélectionner selon mon humeur du moment, et que je ne pourrai bientôt plus m'en passer. Grâce aux capsules magiques, je pourrai acheter ma résurrection à St Pierre après avoir pris un piano sur la tronche, et profiter ainsi tous les matins en arrivant au bureau du paradis terrestre made in Nestlé. Alors, soit.

- Tu me fais un café?
- Tu veux quelle capsule?
- Euh, je sais pas, juste un café, quoi...
- Bon, vu ton humeur, je sens que tu as besoin d'un Volluto qui révèle des notes douces et biscuitées, animées par une pointe d'acidité et une note fruitée.
- Mouais.