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14/08/2013

"Pour la première fois, je suis heureuse"

405443_10150988734798652_1857969458_n.jpgUn témoignage reçu à propos d'une soirée à CinéTransat… Très touchant, et qui encourage toute notre équipe à continuer de faire ce qu'on fait! 

"Je viens de rentrer de la "nuit des courts métrages" et j'aimerais partager avec vous mon expérience. Vous le méritez, car vous avez rendu cela possible. Je m'occupe d'une famille de demandeurs d'asile érythréens, qui ont eu une semaine difficile, avec une audition à l'ODM qui ne s'est pas très bien passée. 

En insistant un peu, j'ai convaincu la mère et quelques-uns de ces 7 enfants à venir à la soirée des courts-métrages. Ils sont venus. Ils ont beaucoup rigolé pendant la projection. A la fin, un des enfants m'a dit "I think it was the best night to come, because we could see movies that we normally do not see".

Et c'est la première satisfaction.

Mais la deuxième est encore plus grande. La maman, qui pourtant parle peu le français et pas trop bien l'anglais (et du coup, qui peut-être n'a de loin pas tout compris aux films) m'a dit "I am happy. For the first time, I am happy. Really". Alors voilà. Je voulais partager cela avec vous. Car vous l'avez rendu possible, comme je vous le disais, et car il s'agit de choses qu'il est beau partager. 

En vous souhaitant un grand succès! Cristina."

Photo: Sebastien Puiatti
www.cinetransat.ch

05/01/2013

Des caisses de tendresse

caissiere.jpgAh, les supermarchés! J'entretiens avec eux une relation très particulière, faite de fascination et d'émerveillement. De crainte aussi, parfois, quand ils sont trop grands, trop hauts ou trop fréquentés. Quand je voyage à l'étranger, je les visite avec une grande curiosité comme on entre dans un musée. Je m'attarde, m'interroge, admire, m'exclame, avant de remplir mon panier de nombreux produits inconnus et étranges que j'étale ensuite avec bonheur sur le lit de ma chambre d'hôtel pour une découverte gustative. 

Je ne pouvais donc pas passer à côté de "Super!", l'excellent documentaire de Laurent Graenicher, qui présente le quotidien des employés de la COOP Eaux-Vives 2000. Impossible de porter le même regard vaguement indifférent sur cet univers après avoir vu ce film. J'avais lu dans la Tribune de Genève que c'était tourné "un peu comme Strip Tease", c'est à dire sans voix off ni interviews. Mais la comparaison s'arrête bien là. Autant la caméra de l'émission belge est dure, distante et souvent moqueuse, autant celle de Graenicher est tendre et discrète. Elle se pose avec déférence sur les gestes précis des hommes, captant leurs respirations et leur concentration dans la tâche maintes fois répétée. Elle devient caressante quand elle s'approche des femmes, glissant sur leurs nuques, s'attardant sur leurs sourires. 

La lumière aurait pu être crue et sans concession, elle se fait pourtant indulgente. Le supermarché et ses produits sont sublimés, et les employés qui s'y affairent nous sont immédiatement proches, familiers. Le réalisateur travaille dans le respect, et nous l'impose tout naturellement. On pense alors à ceux que l'on côtoie dans le magasin de son quartier, presque honteux de ne pas plus les regarder, de considérer leurs efforts comme un dû. 

J'habite le même quartier depuis 20 ans, et fréquente au quotidien la COOP qui est au pied de mon immeuble. J'y ai fait des milliers de passages, j'ai parcouru des centaines de kilomètres dans les travées, et j'estime y avoir dépensé près de CHF 150'000.-. Plusieurs employés y travaillent depuis mon installation à Chêne-Bougeries, toujours là, toujours souriants, toujours motivés. 

Certaines caissières ont vu défiler ma vie: je suis passée devant leur tapis roulant avec le ventre rond, puis une poussette, à nouveau avec le ventre rond, un petit blondinet et une autre poussette. J'y suis passée triste ou gaie, esseulée ou avec un nouvel amant, décoiffée en survêtement ou apprêtée avant une sortie. Elles ont vu mes enfants grandir, puis devenir adultes. Avec toujours un mot gentil, un petite question personnelle…  "Alors votre grand, il a passé sa matu? Dire que je l'ai connu bébé!". 

Ces femmes en bleu, je les côtoie depuis 20 ans pour certaines, mais je ne sais rien d'elles. Pour moi ce sont des "femmes-tronc", toujours assises, toujours en chemise réglementaire avec foulard. Au point que quand je les croise en dehors de leurs heures de travail, sur deux jambes et en tenue de ville, je les reconnais à peine. 

La plus belle réussite du film de Laurent Graenicher, c'est qu'il a la capacité de bousculer notre regard sur ce quotidien et sa banalité, et de casser l'indifférence. Il nous permet d'autre part de réfléchir à notre condition de client/consommateur, et aux comportements qui l'accompagne. 

Alors, en sortant du cinéma, on ne peut que se promettre de porter plus d'attention à ces personnes que l'on croise au quotidien, de les saluer, de leur sourire. Je suis allée à la COOP aujourd'hui, et j'ai pris un peu plus de temps que d'habitude pour papoter avec la caissière entre deux bip sur les code-barres. Au point de faire perdre quelques minutes au client suivant, qui s'est mis à râler. "En voilà un qui n'a pas encore vu "Super!"", me suis-je dit en attrapant mon sac de victuailles, le sourire aux lèvres. 

http://www.super-film.ch
Au cinéma Bio de Carouge jusqu'au 16 janvier (prolongation). 
Photo: ©super-film.ch
Un grand merci à Stéphane Guex-Pierre pour m'avoir suggéré le titre du billet.

03/02/2012

O, scandale!

 

bv000021.jpegOliviero Toscani, le photographe des campagnes choc de Benetton avait élevé la provocation au rang d'art. Censuré.

L'humoriste Stéphane Guillon fait dans l'allusion politique transparente avec "En mai 2012, Stéphane Guillon s’en va aussi", affiche de son prochain spectacle. Censuré.

Dujardin et Lellouche font dans l'humour potache et machiste sur les affiches promotionnelles du film "Les infidèles". Censurés.

Scandale, scandale et encore scandale.

Oui, mais. Avec les affiches du film "Les infidèles", pas de démarche artistique ou politique, juste de la vulgarité et du mauvais goût, certainement à l'image du film associé. Oh, ne vous méprenez pas, je défendrai toujours tout ce qui permet de se dire qu'on échappe, même pour un instant, à l'asepsie généralisée et à la morale rampante.

Mais là, la provocation est si énorme qu'on ne peut pas imaginer que ses conséquences n'aient pas été calculées. La course au buzz, passant par l'injuste censure qui permet de crier au scandale au nom de la liberté d'expression, semble évidente. Et ça marche. Une fois le lièvre levé par "plusieurs" plaintes (on ne saura pas combien il en faut pour faire frémir l’autorité de régulation professionnelle de la publicité), les esprits s'échauffent, les féministes fulminent, les libertaires contre attaquent, le net propage, le buzz grandit, l'ARPP cogite, et finalement l'afficheur anticipe et censure "à titre préventif".

La tendance naturelle des internautes à condamner à bon compte toute injustice sur les réseaux sociaux, et celle des médias à relayer la moindre micro non information (quelques plaintes contre les affiches d'un nanar sans importance) permettent un relais assuré des visuels, du titre du film et de sa date de sortie. Partout sur le net et dans les journaux, on s'offusque, et on publie.

Oh, on tente bien parfois vainement de recadrer le débat, en sommant l'opinion publique de s'indigner de choses plus vitales, comme la récurrence de l'image de la femme au foyer dans les publicités pour lessives, ou la violence du jeu Call of duty, apparemment bien plus nocif pour la jeunesse que quelques allusions sexuelles. Mais le troupeau si prévisible des féministes, journalistes, blogueurs ou forumeurs fonce tête baissée et cerveau en berne dans la brêche ouverte pour eux sans subtilité par Dujardin et Lellouche, et étrangement, aucun ne semble se sentir manipulé ou instrumentalisé par ce marketing bien huilé de la censure anticipée.

La presse en vient même à trembler pour l'Oscar, pourtant acquis d'avance, de Dujardin. Un homme en pleine ascension vers la gloire pour avoir osé le muet en 2011, si heureux en amour (il le clame dès qu'il peut), si jalousé et envié par ses pairs, se voyant transformé en martyr et symbole de la liberté d'expression bafouée, l'histoire est trop belle.

Et pourtant. Une campagne entière (même posée pour un seul jour avant d'être arrachée), peut être sacrifiée volontairement et sans regret sur l'autel de la censure, en regard de l'exposition médiatique et du buzz intenses qui ne manquent pas de suivre. L'essentiel étant qu'on en parle. Vous ne me ferez pas croire, avec le poids de Dujardin aujourd'hui dans l'industrie d'un cinéma français sous perfusion, que quoi que ce soit qui concerne l'acteur en terme de communication puisse être laissé au hasard. Trop d'enjeux, et de gros sous en jeu.

Le pire scénario finalement pour "Les infidèles" aurait été que l'appât soit boudé et que la campagne s'affiche sur les murs dans l'indifférence générale. Pourtant, je vous le dis, messieurs les "gloires montantes du cinéma français", votre comédie mineure et vos affiches lourdingues, posées ou censurées, on s'en fout. Royalement.

19/11/2011

La nostalgie du transat

 

39890_1508985598627_1053939925_1449147_8280372_n.jpegTout commence par un pique-nique géant... on s’émerveille de la tarte de ses voisins, parfois on a la chance d’en goûter une tranche offerte avec le sourire, on prête ici un couteau, là un tire-bouchon. Les odeurs de grillades, de fondues nous enrobent.

La journée s’étire, la lumière change, les tensions du travail, de l’école, de la vie en ville s’estompent. Un air de bonheur simple flotte dans l’air. Il y a foule, mais chacun trouve sa place, prend ses aises. On croise toujours un ami, un voisin, un collègue, on se fait de grands signes de loin, on se salue, on se verse un verre. Du côté du lac, on s’amasse petit à petit, on attend son transat en faisant la ola.

Le Mont blanc commence à prendre une teinte orangée, signe qu’il faut commencer à s’installer, à ranger le pain, à caler la bouteille de vin bien entamée à portée de main avant de l’égarer dans la pénombre. Le ciel s’assombrit, la magie du cinéma peut commencer. Mais, soudain, une musique connue résonne, des mots commencent à défiler sur l’écran, la grand-maman à notre gauche chantonne maladroitement «New york New York», prise de court par ce karaoké surprise. La rumeur monte, chacun donne de la voix à sa manière, dans sa tête, ou à tue tête.

Puis, instant suspendu, tout devient noir autour de nous... enfin presque. La rade illuminée vit au loin, les éclairages du Musée veillent sur nous. Le film nous enveloppe, nous transporte... comme on n'est pas dans une salle, on ose réagir, on applaudit le héros, on hue le méchant, on rit, on s’exclame... Pas de «chuuut, taisez-vous» ici! On ne dérange personne, car autour de nous, tout le monde fait de même et se laisse aller à ce partage d’émotions. Une vraie expérience collective.

Quand l’écran s’éteint, on ne bouge pas tout de suite, on ne se dirige pas vers la sortie, car il n’y a pas de sortie, et on est tous encore dedans. On savoure encore un peu le confort du transat, la chaleur de sa couverture, on finit la bouteille, tranquillement. Rien ne presse, pas de salle qui doit fermer ou compter sa caisse. Car pas de caisse non plus.

On se lève à regret... les yeux brillants, on salue encore quelques amis et on s’amuse de leur sourire béat, sans réaliser qu’on arbore le même. On remballe, on range, on plie.... longer le lac jusqu’à son vélo, son bus, sa voiture offre encore un petit répit avant de retourner dans la vraie vie, alors on ne presse pas le pas.

Mais que dis-je, c’était ça, la vraie vie!

Vivement l'année prochaine.