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24/03/2012

Je te quitte

 

cm-expo-3.jpegToi et moi, ça a toujours été une histoire compliquée, une histoire d'amour-haine.

Je sais, notre rencontre a été flamboyante, un coup de foudre comme il en existe peu. Tu n'étais pas d'or ni de platine, mais j'ai vu plus loin que l'apparence. Tes nombreuses qualités m'ont immédiatement sauté aux yeux. Tu sais ce qu'on dit? Le véritable amour est censé t'ouvrir de nouveaux horizons et de nouvelles perspectives, te faire voir le monde autrement. Eh bien, oui, je l'ai ressenti cet amour.

Ensemble, nous avons vécu tant de belles choses. Tu étais toujours disponible pour moi, toujours en lice pour les aventures les plus folles. Nous avons voyagé, fait du shopping, mangé dans les meilleurs restaurants, nous nous sommes lovés dans les draps des plus beaux hôtels. Te souviens-tu de notre coup de folie, un matin, quand nous avons craqué en gloussant, les yeux brillants, sur une paire d'escarpins rouges à 350.-, et sa sacoche assortie à 200.-? Nous étions alors dans l'insouciance, et nous en avons bien profité.

Mais cela fait des mois maintenant que notre histoire est au point mort. Nous tournons en rond, nous n'évoluons plus. Tu as atteint tes limites, et moi les miennes. Nous ne partageons plus rien. Nous n'avons plus les mêmes buts dans la vie, plus les mêmes valeurs, je dois maintenant te l'avouer.

Je sais qu'au fond de toi tu m'aimes encore. Tu as d'ailleurs tenté de me retenir avec une lettre d'amour, et de belle facture, je le reconnais. Ah, tu sais y faire pour essayer de raviver la flamme. J'imagine que tu adorerais qu'ensemble nous regardions une comédie romantique sur une tv à écran plat, blottis dans un canapé tout neuf. Et je suis tentée, comment ne pas l'être?

Mais j'ai enfin compris que notre relation était toxique et sans avenir. Tu es machiavélique, et j'ai enfin vu clair dans ton jeu manipulateur. Sous prétexte de vouloir réaliser tous mes désirs, tu m'aliènes. Tu as une mauvaise influence sur moi.

Tu as beau me dire que je ne peux pas partir comme ça, que je dois te rendre des comptes, te rembourser tous tes cadeaux, et avec les intérêts, cela n'y changera rien. Je le ferai, petit à petit, je n'ai pas le choix. Et je penserai toujours à toi avec nostalgie et un pincement au coeur en portant mes escarpins rouges. On n'efface pas d'un coup tant d'années de passion. Mais il n'en reste pas moins, chère carte Visa, que je te quitte.

"Nous apprécions hautement votre fidélité et désirons vous exprimer notre reconnaissance en vous proposant une augmentation de la limite de dépenses de votre carte. Grâce à cette amélioration, vous pourrez organiser votre quotidien à votre aise et financer confortablement de plus importantes acquisitions".

14/02/2012

La bave de la colombe

 

crapaud1.jpegC'est la Saint Valentin, mais je ne vous parlerai pas d'amour. Non, je laisserai ce plaisir aux médias et aux grandes surfaces, qui ne manqueront pas ce jour de vous balancer sous le nez les symboles des affres de cet affolement musculaire sous la forme d'un article sucré ou d'une boîte de chocs à CHF 14.90.

Et pourtant, il y aurait tant à dire. Mais cela signifierait parler de moi. Faire un choix entre le jardin secret et la décharge publique est aisé.

Je ne vous parlerai pas d'amitié non plus. Comme ce sentiment a miraculeusement réussi à ce jour à échapper à la récupération commerciale, la Migros ne vous en parlera pas plus. Ca n'est pas vendeur l'amitié, c'est trop stable, trop fort, trop vrai, trop pur. Ah si, sur le petit écran parfois, on tente de la capturer dans des fromages virilement partagés après une rando ou des crèmes légères qu'on balance dans la sauce aux champignons pendant que les potes se marrent au salon. Mais ça reste anecdotique, même pas digne d'avoir sa propre Saint Machin.

Et pourtant, il y aurait tant à dire. Mais cela signifierait parler de moi, et d'eux, d'elles. Qui sont là, quoiqu'il arrive. Et de ceux qui sont partis, qui me manquent, malgré tout.

C'est la Saint Valentin, et je vous parlerai de haine. De la mienne, et de celle des autres. La mienne est un poison, un parasite que mon corps et mon esprit ne sont pas conçus pour abriter. Elle glissera, ne trouvant aucune prise pour s'accrocher et s'attarder. Celle des autres a fait son nid pour l'hiver, après avoir patiemment rassemblé de quoi s'étaler confortablement, un beau lit de méchanceté, de frustrations, de certitudes, de bêtise. De quoi tenir longtemps, à alimenter les rumeurs et les fantasmes.

Je chérirai ce dont je ne vous parlerai pas, et je cracherai sur le reste. La bave de la colombe.