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14/04/2012

Propre en ordre

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Il suffit parfois d'une seule plainte pour qu'un projet soit enterré, un article ou une affiche retirés, un bistro fermé, un événement annulé. La peur de déplaire paralyse tout et pousse à la normalisation à outrance. De la politique à l'aménagement urbain, aux relations humaines en passant par la relation au corps. Rien ne doit dépasser: pas de déchets ou de mendiants dans nos rues, pas de fumée dans nos lieux publics, pas de poils ou d'odeurs. Pas d'impertinence, pas de déviances.

Achats responsables et nourriture bio, 
bannissement des mauvaises graisses, 
culte de l'activité physique et chirurgie esthétique, 
amours respectables et canalisation des désirs, 
marginalisation des gros, des laids, des vieux, des pauvres, des étrangers, 
maîtrise des discours et des comportements excessifs, 
revalorisation de quartiers par la gentrification...
Le tout sans fumée, et sans trop d'alcool, si possible.

Plus que progressiste, cet hygiénisme à tous niveaux est hautement conservateur, et fortement hypocrite. La priorité n'étant pas d'éradiquer, mais de cacher. Tout doit être, à l'oeil, à l'oreille ou au toucher, propre en ordre. Homogénéisé, normalisé, équitable, épicène, correct. Jusqu'à la pensée elle-même.

Ce nouvel ordre tente de contrôler -et même s'approprier- nos corps, notre environnement, nos vies. Il promeut une fausse notion d'"être soi-même", sans que nous réalisions que nous tendons plutôt à être ce qu'on attend de nous pour être acceptés, aimés, intégrés, en adoptant un mode de vie standardisé, un nouveau conformisme qui ne dit pas son nom.

Une politique du bien-être et du politiquement et socialement correct, pronée par une société qui se dit humaniste, bienveillante, responsable et solidaire. De fait, un nettoyage urbain, social, moral. Et plus encore que de nous y avoir résignés, on a réussi à nous persuader de son bien-fondé.