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03/05/2012

Néant

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Je ne crois pas en la survie des synapses sans les neurones, ni n'assimile le néant à la paix. C'est dire si les "RIP" ont le don de m'agacer. Ces emplâtres émotionnels qui ne servent qu'à cacher notre terreur crasse de la non existence.

Je ne parle pas de la mort, qui ne nous embrasse que le temps d'une dernière exhalation, mais de ce qui dure éternellement, sans conscience. Sans rien. De ce qui a précédé notre naissance depuis l'aube des temps et suivra notre trépas jusqu'à la fin de temps. En souffrions-nous avant? Non. En souffrirons-nous après? Pas plus.

 

Ceux qui ont été tant désirés mais n'ont jamais pu être conçus.
Ceux qui l'ont été mais ne sont jamais nés. 
Ceux qui ont ouvert les yeux pour les refermer aussitôt. 
Ceux qui n'ont jamais atteint leur premier émoi amoureux ou leur premier baiser.
Ceux qui n'ont pas eu le temps de réaliser leurs rêves.
Ceux qui n'ont pas vu grandir leurs enfants.
Ceux qui n'ont pas vu naître leurs petits-enfants.
Ceux qui, si vieux, avaient encore tant à nous apprendre, à nous raconter.

Ils ne nous attendent pas. Ils ne veillent pas sur nous. Ils ne sont pas en paix. Leur enveloppe repose, mais le reste appartient au néant. Athée, je les aime d'autant plus tant qu'ils sont là.

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17/03/2012

Le piège du mort kilométrique

 

DSC_0090 (3).jpegC'est insoluble. Ne pas s'émouvoir n'est pas une option. Le faire est tomber dans le piège de la mort au kilomètre. Ne pas en parler est impossible, mais en parler est trop difficile. Quoiqu'on en dise, on tombera dans les lieux communs, l'empathie de circonstance, ou la sensiblerie forcément déplacée.

Alors bien sûr, on est ému parce que c'est injuste, parce que c'étaient des enfants, et qu'on a des enfants, nous aussi. Mais pourquoi serait-on plus touché par les accidentés de Sierre que par les égorgés de Homs? Pourquoi tant de doubles pages fouillées d'un côté et des entrefilets de l'autre?

Se repaître du malheur de proximité fait du bien, paradoxalement. On se rappelle que nos enfants à nous sont vivants, que nous sommes vivants. Nous avons à ce jour échappé à la terrible loterie, à la mort aléatoire. Quel soulagement. Cela nous permet, le temps de la lecture d'un papier gorgé de larmes, de relativiser les petits problèmes de nos petites vies, de nous réjouir secrètement d'être encore là, tout en frissonnant au contact glacé de la mort des autres.

Et d'autant plus si elle a lieu près de chez nous. On se sent presque concerné, du coup. L'endroit fatidique, on le connaît, on l'a pratiqué tant de fois déjà, sans encombre, dans le bonheur du départ en vacances ou le soulagement diffus du retour chez soi. Mais maintenant, il est jonché de fleurs, de traces d'impact. Jamais plus on ne pourra traverser ce tunnel sans un pincement au coeur.

D'un autre côté, on est jamais allé, et on ira jamais, à Homs. Cette actualité-là nous restera donc étrangère. En périphérie de notre capacité à nous émouvoir. Alors qu'au moins le drame sierrois, c'est un peu notre malheur à nous. On peut se l'approprier, on a le droit d'en parler, il est arrivé ici. Il est familier, car il a violé notre environnement, notre quotidien. On pourrait potentiellement connaître quelqu'un qui connaît quelqu'un qui a aperçu furtivement les victimes. Dieu que ça en devient réel.

Les journaux font de leur côté tout ce qu'ils peuvent pour qu'on n'y échappe pas. Alors, si on se risque à dénoncer la médiatisation à outrance, ou si on évite d'en parler sur facebook avec des trémolos dans le statut, on sera soupçonné d'être d'insensible. Mais doit-on pour autant absolument mentionner de nouvelles étoiles dans le ciel valaisan, ou affirmer avec tant d'emphase sa solidarité envers ces familles en deuil?

Je ne connaissais pas plus ces 22 enfants belges que les 26 petits égorgés de Homs. Je devrais logiquement moins pleurer sur la fatalité, sur la mort qui frappe au hasard (car elle nous guette tous au quotidien), que sur la folie et la cruauté humaines, qui pourraient, elles, être évitées. Mais voilà, le piège du mort kilométrique s'est refermé sur moi. Je pleure néanmoins.

Et, aujourd'hui, comme tous ceux qui ont déjà traversé sans problème mille tunnels, comme tous ceux dont les enfants ne sont pas menacés d'être massacrés sans raison, à la lecture de ces horreurs auxquelles j'échappe, je me sens si vivante. Ah, comme le malheur des autres, après nous avoir tant effrayés et indignés, a la capacité de nous rassurer, au fond.

 

02:59 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : accident, sierre, enfants, mort, homs |  Facebook |

30/01/2012

Comment ne pas rater sa mort

 

deathevent.jpegAujourd'hui, on ne doit pas seulement réussir sa vie. Il faut aussi s'assurer de réussir sa mort. Question de bon goût, car mourir est vulgaire, en soi. On laisse derrière soi une enveloppe charnelle encombrante, de la paperasserie ennuyeuse, et des proches qui doivent passer à la caisse entre deux sanglots.

Mourir est malheureusement également tristement banal. Tout le monde y passe. Alors, comment se démarquer, immortaliser le souvenir de son identité, laisser une trace de sa singularité?

En flattant son égo pré-mortem. Pour cela, les dispositions entourant le grand saut se doivent d'être originales, et même, pourquoi pas, gaies. Elles seront aussi anticipées, réfléchies et planifiées par le futur défunt lui-même. Mourir de son vivant, en somme.

Qu'ils soient angoissés ou fascinés par la mort, ne voulant pas imposer des démarches fastidieuses à leurs proches, cherchant du réconfort après un deuil, ou simplement curieux, les visiteurs affluent au "Salon de la mort!" de Paris ou encore au festival "Death: Southbank Centre’s Festival for the Living" de Londres. Oui, un festival, vous avez bien lu. Avec des pass 1 ou 2 jours à acheter en ligne.

"C’est la dernière fête que l’on aura avec ses proches, alors autant la préparer pour qu’elle soit réussie", argumentent les organisateurs du "Salon de la Mort" de Paris. Le cher disparu n'est plus une dépouille sur laquelle pleurer, mais l'hôte posthume d'une fiesta bien organisée. "Roger a le plaisir de vous inviter à son enterrement, amenez une bouteille pour la verrée", lira-t-on bientôt sur les faire-part.

Les tendances? Des cercueils personnalisés, en lien avec sa profession, sa passion. En forme d'avion (avec ailes rabattables), de voiture, ou en carton recyclé pour les plus écolos. Des "dernières demeures" dont on teste soi-même le confort, comme on le ferait pour un nouveau matelas, afin d'éviter d'être gêné aux entournures ou mal installé pour l'éternité.

Vous trouvez l'incinération plus propre, plus hygiénique que de pourrir dans une boîte, aussi élégante soit-elle? Choisissez une urne funéraire en forme de buste, votre buste, évidemment.

Tout cela est encore trop banal pour vous? Que diriez-vous de scintiller quotidiennement au doigt ou au cou de votre moitié éplorée, ou de porter votre grand-mère en boucles d'oreilles? Grâce à un processus chimique, il est aujourd'hui possible de transformer les cendres des défunts en carbone, puis en diamants. Un must!

Pour ma part, mon choix est fait: je serai à jamais un bijou dans une Louboutin géante. Ce sont mes dernières volontés.

 

0, que renaisse le temps des morts bouffis d'orgueil,

L'époque des m'as-tu-vu-dans-mon-joli-cercueil,

Où, quitte à tout dépenser jusqu'au dernier écu,

Les gens avaient à cœur d' mourir plus haut qu' leur cul.

Brassens, les funérailles d'antan