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31/07/2014

Déclaration d'amour

91930_t6.jpgPolémique autour du drapeau suisse au 1er août / Déclaration d'amour d'une marseillaise à son pays d'adoption:

Naturalisée en 1991 après avoir grandi en Suisse depuis l'âge de 6 ans, je sui profondément attachée à ce pays, à ses valeurs, à sa démocratie et à ses symboles. Au point que, je l'avoue, jamais je ne pourrai revivre un jour en France (j'ai tenté pendant 3 ans de vivre dans la belle ville de Bordeaux, mais je ne m'y suis jamais sentie chez moi).

Le drapeau rouge à croix blanche représente bien plus pour moi qu'un simple "bout de tissu", comme j'ai pu le lire ici ou là. Il me rappelle tout ce don je suis fière en tant que Suisse aujourd'hui. Ce pays, je n'ai pas choisi de venir y vivre, mais j'ai bien choisi d'y rester et d'y construire ma vie, avec un passeport rouge.

En tant que naturalisée, ma présence ici n'est pas le fait du hasard mais un acte volontaire, laissant derrière moi sans regret une autre culture, un autre mode de vie, un autre mode de pensée. Ce drapeau, c'est le mien à part entière, n'en déplaise à ceux qui mon considèrent comme une citoyenne de seconde zone, car non "de souche".

La souche, c'est moi qui l'ai plantée, et les racines sont profondément ancrées. Est-ce être "nationaliste" dans le mauvais sens du terme que de le déclarer? Oui, je suis de gauche, immigrée, et patriote.

31/08/2013

La Suisse expliquée aux étrangers, l'essentiel en quatre leçons

Leçon no 1: Le pays aux quatre langues

images.jpegVous le savez sûrement, en Suisse, on parle 4 langues officielles sur un territoire de 7 millions d’habitants: le français, l’allemand, l’italien et le romanche (qui survit péniblement dans 2 ou 3 vallées du canton des Grisons, et dont tout le monde se fout).

 Qu’est ce que cela implique au quotidien quand comme moi on habite Genève ? Rien, me direz-vous… Et pourtant tous les jours, plusieurs fois par jour, chaque suisse côtoie les autres langues nationales, au petit déjeuner, en faisant ses courses, en cuisinant, dans sa salle de bain. Car tout est écrit en trois langues (oui je vous l’ai dit, le romanche tout le monde s’en fout) sur les emballages des produits de grande consommation. Vous imaginez bien que les grands distributeurs ne vont pas fabriquer des emballages différents selon les régions pour un aussi petit pays.

J’apprends par exemple en fixant ma boîte de céréales d’un oeil vaseux au petit matin que le mot "protéine" se dit "Eiweiss" en allemand… Chouette, il faut que je m’en souvienne. Pour quoi faire? Eh bien… Si je suis invitée dans un dîner mondain zurichois, que je suis face à un beau médecin de langue allemande, et qu’on parle alimentation équilibrée… Cela pourrait changer ma vie, allez savoir (ébloui par mes connaissances en mots techniques dans sa langue, il se jette à mes pieds et me demande en mariage).

 Bon ok, je sens que ce nouveau mot ne va pas me servir à grand-chose. Mais insidieusement, pendant des années, ces petits mots allemands ou italiens présents partout sur les produits que j’achète à la Migros ou à la Coop se font une place dans mon petit cerveau, et me rendent ces langues (vaguement) familières. Quel enfant suisse n’a jamais joué à "tu me passes le lait/milch/latte s’il te plaît?".

 Ce qui ne m’a pas empêché d’imaginer 1000 façons d’assassiner Mme Bartz, ma prof d’allemand immanquablement habillée comme une serveuse de la fête de la bière de Munich.

Leçon no 2: La barrière de rösti

Swiss-Cuisine-Rosti-Recipe.jpgOn est le seul pays au monde à avoir une frontière linguistique faite de patates râpées et passées à la poêle. Cette charmante expression symbolise l’énorme fossé culturel qui existe entre les suisses romands et les suisses allemands. Et si c’est une spécialité culinaire qui a été choisie pour représenter ce mur, ça n’est pas pour rien.

 Quand le romand salive devant un bon steak grillé accompagné de frites, le suisse allemand l’émince, le noie sous une sauce brunasse souvent un peu sucrée, et l’accompagne de rösti. Quand il est en forme, le suisse allemand rajoute encore un peu de compote de pomme, de la crème fouettée, ou de la confiture. En Suisse romande, on préfère prendre le dessert après le plat principal, pas sur le plat principal. Ceci dit, c’est peut être pour ça que les Suisses allemands sont plus productifs au travail, ils expédient ainsi le repas de midi plus vite que les romands.



Si ces différences n’étaient que culinaires, on en rirait tous ensemble, suisses totos et welches, autour d’un bon verre de schnaps. Le problème, c’est qu’en Suisse, on ne fait pas que manger, on vote aussi (voir leçon 3). Et là, les résultats des votations sont souvent parfaitement délimités par la frontière linguistique sautée au beurre. A part quelques grandes villes progressistes comme Bâle ou Zürich, à toutes les initiatives auxquelles les romands disent oui (et pour lesquelles le oui semble évident), les alémaniques disent NEIN. Ce qui leur vaut le joli surnom de "Neinsager". 



Mais ne vous y méprenez pas, à part le fait qu’ils portent des chaussettes blanches avec leur costard la semaine, et des chaussettes tout court avec leurs sandales Birkenstock le week-end, les Suisses allemands ont aussi quelques qualités que je dois leur reconnaître: ce sont les champions du bio et des économies d’énergie, ils sont organisés, productifs, disciplinés. Dans les villes, la vie culturelle est souvent riche, ils sont créatifs et audacieux en matière d’architecture ou d’art. Et ils parlent presque tous le français, contrairement aux romands, dont une grande majorité fait une allergie sévère à la langue de Christoph Blocher (ainsi qu’à Christoph Blocher lui-même).

Leçon no 3: La démocratie directe

RTEmagicC_voter-05_01.jpg.jpgNous avons la chance en Suisse de pouvoir voter tout au long de l'année sur tout et n'importe quoi, au niveau fédéral, cantonal et communal. Il suffit qu'une initiative populaire recueille suffisamment de signatures pour que ce soit le "peuple souverain" qui décide, même s'il n'y comprend parfois rien au premier abord. Dès lors, deux choix s'offre à lui: faire ses devoirs et passer des heures à lire et soupeser les arguments des uns et des autres, ou faire confiance à un parti politique en suivant ses consignes de vote. Quel bonheur me direz-vous, vous avez la possibilité de rallonger la durée des vacances et de faire baisser les impôts! Eh bien, ne vous réjouissez pas trop vite: quand on demande son avis au peuple helvétique, il préfère travailler plus et payer plus. Car le Suisse, sur ce genre d'objets, est "raisonnable". Enfin, surtout les Suisses allemands (voir leçon 2).

Le revers de la médaille? La démocratie directe favorise presque toujours le repli national ou l'expression de la peur de l'autre, que ce soit en durcissant la loi sur l'asile ou en interdisant les minarets. On reçoit de jolies enveloppes environ quatre fois par an, on se triture les méninges, on met des petites croix là où ça nous semble juste, puis quand les résultats tombent, on est souvent frustrés, scandalisés, honteux pour la Suisse tout entière. Enfin, surtout les Suisses romands de gauche et ceux qui n'ont pas pris la peine de voter (et ce sont parfois les mêmes).    

Leçon no 4: Le cervelas 

2456042529_small_1.jpgVenons-en maintenant enfin à l'essentiel. Tout suisse qui se respecte a déjà grillé des cervelas au bout d'un bâton sur un feu en pleine nature, en ayant pris le soin de couper les bouts en croix pour les voir avec émerveillement se recroqueviller sous la chaleur. Le cervelas est une saucisse à la chair finement mixée pour qu'on ne sache pas ce qu'il y a dedans (la recette exacte est d'ailleurs un secret d'état, mais ça ne doit pas être loin de ce qu'on trouve dans la pâtée pour chats). Malgré sa composition douteuse, le cervelas est un plat national très apprécié et ma foi pas si mauvais au goût. 

Jusque là, vous me direz, tout va bien, vous les Suisses, mangez vos saucisses pas nettes et basta. Mais non, ça n'est pas si simple. Car le cervelas n'est pas à 100% suisse. La peau qui l'entoure est du boyau de bœuf brésilien, qui donne à notre saucisse préférée un goût particulier et une légère courbure de bon aloi. Sans ce délicat arrondi, le cervelas ne serait plus le cervelas.



Lorsque la maladie de la vache folle a fait un retour en force au Brésil il y a quelques années, la fameuse peau a été interdite d'importation et le cervelas tel qu'on le connaît a bien failli disparaître. C'est un peu de notre culture qui a été menacée. Drame national, l'économie poussait de grands cris (plus de 160 millions de cervelas vendus chaque année quand même), les politiques montaient sur leurs grands chevaux et la population était au bord de la révolution. Depuis, des boyaux alternatifs ont été trouvés, et le cervelas, apprécié tant par les romands que les alémaniques, fait toujours figure de ciment national.

26/08/2013

Sonnez les matines!

Cloche_Saint-Antoine_Murat.JPGL’occupation par une religion de l’espace sonore public jour et nuit est-elle contraire au principe de laïcité? C'est une question que j'ai eu le temps de me poser plusieurs fois, en tentant vainement de dormir dans la ville de Bulle ou dans le village d'Albeuve dans le canton de Fribourg. 

Impossible d'avoir une nuit entière de sommeil quand ces satanées cloches se mettent en branle tous les quarts d'heure entre 22h et 7h du matin. Ce "message" religieux imposé à tous est pourtant bien une véritable nuisance sonore, et un non-respect de la liberté de non-culte, qui devrait être autant respectée que celle de culte. 

Dans notre canton, les sonneries de cloches sont interdites la nuit communes de Genève, Carouge, Chêne-Bourg et Chêne-Bougeries, Dieu soit béni l'article 8 du règlement concernant la tranquillité publique. Ailleurs, on ne voit pas où est le problème, même quand les annonces des quarts d'heures et heures pleines sont doublées à 1 minute d'écart (au cas où on n'aurait pas eu le temps de bien compter les coups) ou complétées par un appel à toute volée de plusieurs minutes à 6h du matin (il y a une messe à cette heure-là, vraiment?). 

Pourtant, un peu partout en Suisse, des plaintes de riverains sont régulièrement déposées contre les sonnailles intempestives. En 2010, un habitant de Gossau (ZH) qui exigeait l’arrêt des sonneries nocturnes (il en avait compté 220 chaque nuit) a été débouté par le Tribunal Fédéral et a dû prendre à sa charge les 4'000 francs de frais de justice. «Les juges ont estimé que les décibels n’étaient pas assez forts pour changer une culture helvétique», nous informait à l'époque la presse locale. Le tribunal fédéral a estimé que "la tradition et l’intérêt général l’emportent sur l’intérêt des particuliers, et il refuse donc d’interdire les cloches durant la nuit, arguant qu’un tel arrêt vaudrait pour tout le pays".

En juin de cette année, à Douanne dans le canton de Berne, les plaintes déposées ont été balayées par une votation à main levée qui s'est tenue dans l'église incriminée, remplie pour l'occasion de paroissiens motivés à maintenir la tradition. "Je suis content d'entendre les cloches la nuit", témoignait un habitant satisfait. "Un son de cloche n'est pas un bruit", argumentait un autre. 

A Winterthur, de nombreuses plaintes ont pu enfin aboutir à un compromis intéressant: les clochers des églises catholiques du Sacré-Cœur et de Saint Joseph seront isolés dans des caissons de verre et de bois afin de réduire le bruit des sonneries. 

Il reste que les plaignants sont souvent considérés comme des "emmerdeurs" et mis au ban du village, ce qui ne facilite pas ensuite leur vie quotidienne, même avec des nuits enfin calmes. Difficile de lutter contre une tradition séculaire, malgré la forte baisse du nombre des membres des églises chrétiennes ces dernières années (selon un sondage de l'Office fédéral des affaires étrangères). 

Alors, c'est décidé, dorénavant je ne dormirai plus hors du canton sans demander au préalable à l'aubergiste qui me reçoit: "les cloches de l'église sonnent la nuit, chez vous?". Question qui risque d'avoir souvent une réponse positive, puisqu'une grande majorité des 5000 églises du pays se rappellent à notre bon souvenir 24 heures sur 24… La laïcité des nuits suisses n'est pas pour demain. 

12/08/2013

Je sais

Jean-Leon_Gerome_Pollice_Verso.jpgMieux que quiconque, je sais. Mais je ne suis pas la seule. Tout le monde semble savoir aussi ce qu'a dit une vendeuse zürichoise à une star américaine. On sait qui a tort, qui a raison, qui est coupable, et qui est innocent. On rend son verdict, et on le fait savoir, arguments fallacieux à l'appui, glânés ici ou là dans les journaux, sur Twitter, ou sur Facebook. 

La vérité nous échappe, mais peu importe, on mélange le tout et on la reconstitue, on la sculpte, on la façonne. Le buzz enfle, des clans se forment. Les langues se délient, et comme la bouche reste ouverte à remâcher sans cesse ce qu'on pense savoir, on bave. Une bave acide, inutile, mais corrosive. Les fausses certitudes, les hurlements indignés, les jugements péremptoires, les insultes à peine masquées, s'échangent avec délectation et gourmandise. Tour à tour juge et avocat de la défense, on jubile, on se gargarise de sa propre salive, et on existe. 

La vendeuse zürichoise ne dort plus la nuit, apprend-on. Elle tente de se justifier dans les mêmes journaux qui ont d'abord donné la parole à celle qui a le plus de poids. Elle se défend, mais ses mots se perdent parmi les excuses plates de l'Office national suisse du tourisme. Il ne connaît pas non plus la vérité, l'Office, mais dans le doute et par précaution, il a hâtivement baissé la culotte. Une fois la lune alignée sur le doigt qui la montre, la messe est dite. 

Dans l'autre camp, on trouve là une bonne occasion de fustiger les riches et les puissants, leur superficialité, leur vacuité. Les certitudes n'y sont pas moins fortes. Capricieuse, égocentrique, vexée de ne pas avoir été reconnue, on est tous dans la tête d'Oprah, comme si on la connaissait depuis toujours. Mais attention, c'est une femme noire, il faut donc peser ses mots, pour ne pas être taxés de racisme et de misogynie. 

Nous sommes les spectateurs de l'arène, et comme nous sommes bien nourris, comme nous avons le pain à profusion, ce genre de buzz, qu'il soit international ou local, ce sont les jeux. Nous levons ou baissons le pouce pour décider de la mise à mort virtuelle de l'une ou l'autre. La vérité, elle, tout le monde s'en fout, elle a rendu l'âme depuis longtemps. 

06/10/2012

De la vie politique sur les réseaux sociaux

FacebookUSPoliticsHudsonHorizons.jpeg"Les réseaux sociaux contribuent directement à l'expression de la démocratie", assénait le Premier ministre français François Fillon lors des Assises du Numérique, en novembre dernier à Paris.

Un fait récent vient donner un nouvel éclairage concret à ce constat. De jeunes entrepreneurs français ont utilisé Facebook et Twitter pour manifester leur mécontentement envers un projet de loi désavantageux pour leur activité. Créée fin septembre, leur page Facebook compte déjà près de 60'000 fans, et leur compte Twitter 650 abonnés, avec un grand succès pour le tag #geonpi. Les médias, toujours friands des buzz des réseaux sociaux, se sont emparés du sujet et ont amplifié le mouvement. Au point de faire plier les deux ministres en charge du dossier, qui ont assuré être prêts à faire machine arrière. 

En tant citoyens, nous avons donc aujourd'hui à notre disposition de nouveaux outils pour échanger avec les élus et les partis politiques, et faire entendre notre voix. Les rassemblements de mécontents peuvent se tenir sur Facebook parfois plus efficacement que dans la rue, ou en tout cas faciliter les mobilisations. Les citoyens saisissent de mieux en mieux le pouvoir que leur confère Facebook et Twitter comme moyen d'expression et comme levier démocratique. Avec toutes les dérives que cela implique. Les débats profonds et constructifs avec les élus connectés laissent de plus en plus souvent la place à des échanges violents, dans lesquels ces derniers se font attaquer, insulter ou diffamer de front, sans aucun filtre. 

Des lapidations virtuelles favorisées par l'anonymat ou le voile de la virtualité, qui n'auraient jamais lieu avec une telle violence lors de faces à faces dans la rue ou sur les stands. Les femmes et les hommes politiques se rendent certes plus proches de ceux qui les ont choisis, et s'offrent un terrain de jeu efficace pour faire campagne, mais sont-ils tous conscients du danger que représente cette exposition, pour leur équilibre et pour le bon accomplissement de leur tâche? La tendance aux "burn-out" politiques pourrait malheureusement s'intensifier, et pas seulement chez les élu(e)s UDC. 

Il n'est donc pas étonnant que certains élus choisissent de bouder les réseaux sociaux. En effet, du côté des pages personnelles, on peut constater de grandes disparités: certains en sont complètement absents, par désintérêt ou par souci de protection de leur vie privée ou de leur image, alors que d'autres les utilisent abondamment, parfois même de façon très déséquilibrée en regard de leurs interventions publiques ou leurs prises de paroles. Cet effet pervers touche certains élus transparents (pour ne pas dire inexistants) dans les séances plénières, mais omniprésents sur les réseaux sociaux. On en voit ainsi rendre compte en direct des séances du Conseil Municipal et du Grand Conseil, au point qu'on se demande s'ils ne passent pas plus de temps à tapoter sur des touches qu'à écouter leurs pairs, ou à s'exprimer. Si Facebook et Twitter se révèlent des outils précieux d'échange avec la population, il semble malsain qu'ils se substituent entièrement chez certains à un dialogue direct sur les stands des partis, dans les débats publics, ou avec les médias. 

Du côté des partis politiques, on est encore globalement un peu à la traîne, semble-t-il. Ils ne devraient pourtant pas ignorer cette tendance à la politique 2.0, et adapter sans cesse leur communication et leur fonctionnement à cette nouvelle réalité, en étant plus réactifs, plus dynamiques. Une étude menée cette année par Virtua pointe des réalités qui devraient aider à tirer la sonnette d'alarme dans certains comités directeurs, au niveau fédéral comme cantonal: Tout d'abord, il ressort que les partis politiques suisses n'ont pas encore tous saisi l'importance des réseaux sociaux pour leur communication, avec un nombre de fans réduit sur Facebook (seulement 20'000 répartis entre les sept formations fédérales). Ensuite, tous les partis cantonaux ne sont pas présents sur la plateforme, et plus de la moitité d'entre eux n'ont pas de lien vers leur page Facebook depuis leur site. Quand ils sont présents, on a souvent de la peine à distinguer une ligne éditoriale claire, ou un "ton" spécifique, faisant la "personnalité" de la page ou du flux Twitter. Comme si plusieurs responsables se passaient la patate chaude de la communication online. 

On peut donc déduire de cette étude que les partis politiques sous-estiment globalement l'importance de se doter d'un véritable "community manager". Une fonction pourtant vitale de centralisation des informations, et de traduction des programmes ou des actualités politiques dans un langage adapté aux réseaux. Le rythme des publications peut être également perçu comme un indicateur de la vitalité d'un parti, et l'on constate que celui-ci est souvent irrégulier, transmettant une fausse image d'inactivité globale. 

A l'ère du microblogging instantané, on ne pardonne plus à un parti ou à un magistrat d'avoir même quelques heures de retard sur l'actualité. Pour exemple, Pascal Décaillet (pourtant absent de Twitter, mais utilisant intensément son mur Facebook comme un outil de microblogging tout au long de la journée) qui a récemment tancé le parti socialiste genevois pour avoir commis l'erreur, selon lui, d'attendre 24h (soit le lundi après-midi) pour réagir aux résultats de la votation du dimanche 23 septembre sur les rues piétonnes en Ville de Genève. Ou encore l'attente (vaine) constatée dans les milieux culturels d'une réaction rapide de Sami Kanaan sur sa page Facebook suite à l'annonce de la privatisation de la gestion de l'Usine Sicli. 

Le monde politique se doit ainsi d'être constamment connecté, et des réactions officielles instantanées sont aujourd'hui considérées comme un dû par les citoyens et parfois par les journalistes. Le moindre silence ou atermoiement numériques peut être perçu comme du mépris, du désintérêt, ou pire, un manque de compétences. Les partis comme les élus vont devoir continuer de s'adapter constamment à cette nouvelle réalité, dans une société où l'information circule de plus en plus rapidement, et dans laquelle les réseaux sociaux sont devenus la nouvelle agora.