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09/03/2014

Eternellement redevable à Billag

c392m.jpgVous avez peut-être raté l'info, mais ça s'est passé à Berne, en octobre 2013: la Com­mission des télécommunica­tions du Conseil National a approuvé le projet du Conseil Fédé­ral de rendre la redevance radio-TV obligatoire pour tous les résidents en Suisse. Oui, même si vous n'avez pas de radio ou de télévision chez vous. 

Tout cela n'est pas pour tout de suite, certes, puisque "la loi révisée n'entrera probablement pas en vigueur avant 2015. Le passage au nouveau système de redevance ne pourra se faire que lorsque le nouvel organe de perception sera désigné et qu'il sera en mesure de commencer son activité, ce qui devrait prendre encore deux ans" (http://bit.ly/1fi8LcQ). 

Nos autorités fédérales souhaitent ainsi se simplifier la vie en s'évitant de la paperasse et de fastidieux contrôles. Pour cela, quoi de plus simple que de supprimer tout simplement la possibilité pour les ménages qui ne disposent d'aucun appareil radio/TV de se faire exonérer de la redevance, sous prétexte que "la définition d'un appareil de réception n'est plus claire"? 

Actuellement, les rares ménages suisses "ne possédant aucun appareil, c'est-à-dire pas non plus d'ordinateurs avec accès Internet ni d'appareils mobiles/portables ou installés dans des véhicules ou en d'autres lieux (auto, bateau, maison de vacances)", peuvent espérer passer en les gouttes, en apportant toutes les preuves de leur bizarrerie. Ils sont pourtant peu nombreux à être estampillés "Billag-free", les conditions pour être exonéré étant drastiques. 

Personnellement, j'ai banni de chez moi la boîte à images "maudite" et je n'ai pas la radio, je préfère m'informer via la presse écrite plutôt qu'en écoutant la voix lénifiante de Darius Rochebin, et aller au théâtre plutôt que de m'affaler devant un énième épisode des "Experts Miami" (mal doublé) ou de "Joséphine ange gardien" (qui gagnerait peut-être à être doublé), diffusés en boucle sur RTS1. Alors, en attendant l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, je vais tenter d'échapper à cette redevance que je paie pour des services que je n'utilise pas. Vous me suivez?

C'est décidé, je quitte la Suisse quelques temps, pour fuir la redevance! Je fais mes valises, je baisse les stores, mets mes plantes en pension, et je reviens dans une année, ce sera toujours ça de gagné! "Si le ménage est maintenu et que des appareils prêts à la réception s'y trouvent, l'obligation de les annoncer et de payer les redevances subsiste". Raté, je retourne chercher mes plantes. 

Bon, puisque c'est comme ça je débranche tout, je mets ma télévision, ma radio, mon ordinateur et mon téléphone portable à la cave! Mais là non plus, Billag ne me lâchera pas, puisqu'il suffit de posséder un appareil pouvant éventuellement, un jour, être branché. Même si je leur confie la clé de la cave? 

Alors, existe-il un moyen aujourd'hui d'être exonéré, à part "n'avoir aucun appareil, fixe ou mobile pouvant recevoir des informations"? Oui, il suffit d'être un résident d'EMS recevant plus de 81 minutes de soins par jour. Oui, 81 minutes, pas une de moins. "Dès lors que vous bénéficiez de 81 minutes de soins par jour ou plus, vous n’êtes pas soumis(e) à l’obligation d’annoncer vos appareils de réception et de payer les redevances". 

Mais rien à faire, je n'aurai pas l'âge de recevoir des soins en EMS avant que l'on ne m'impose cet impôt supplémentaire, qui considère que la RTS et ses programmes TV mités par les séries US bas de gamme sont d'une indiscutable utilité publique. 

Alors, en attendant que le sujet soit abordé par le Conseil National cette semaine, et pour me calmer (un peu) les nerfs, j'ai signé une pétition, demandant l'exonération pour ceux qui ont fait, comme moi, le choix de vivre sans télévision et sans radio, et qui considèrent que cette future loi "bafoue le droit à la différence d'une partie des habitants de ce pays en contraignant une minorité à subventionner un produit qu'elle ne consomme pas". 

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Madame_Doris_Leuthar...

03/08/2012

Cassés au montage

 

television-cass%C3%A9e.jpegQuand vous participez à une émission de télé réalité, vous acceptez d'abandonner tout droit sur votre image. La moindre de vos phrases, de vos expressions faciales ou de vos attitudes corporelles pourra être (et sera, n'en doutez pas) exploitée et détournée. On se fiche de qui vous êtes et de ce que vous pensez. Vous n'êtes là que pour entrer dans la peau d'un personnage prédéfini dans le scénario, et si vous êtes choisi au casting, c'est uniquement pour votre capacité à être facilement modelé en conséquence.

C'est la mésaventure qu'ont vécue récemment des participants à "L’amour est dans le pré". Outrés de se voir "caricaturés" dans le produit final, ils ont poussé de hauts cris dans la presse. Dany est un macho imbu de lui-même, Karine et Patricia sont des filles précieuses, incapables de travailler dans une ferme. C'était écrit. Et c'est ce qu'on a pu voir grâce à un montage savamment orienté, et entendre, grâce à un commentaire off sarcastique et moqueur ne leur laissant aucune chance.

Je peux comprendre leur colère, ayant moi-même vécu une expérience similaire en participant à "Vis ma vie", émission de TF1 présentée par Laurence Ferrari, consistant à plonger une personne dans un univers qu'elle abhorre ou qu'elle n'arrive pas à comprendre. En l'occurence le métier d'hôtesse de l'air. Les coulisses du tournage et les pièges du montage, je peux donc vous en parler en toute connaissance de cause.

Tout d'abord, soyez conscients que vous "offrez" à la production des dizaines d'heures d'images de vous dans toutes les situations et dans tous les états émotionnels possibles. Fatigué, boudeur, pensif, fâché, vous le serez forcément à un moment ou à un autre, et cela n'échappera jamais au caméraman. Souriant, drôle, agréable, serviable, vous le serez aussi, parfois même encore plus souvent, mais rien n'oblige la production à utiliser ces moments-là, s'ils ne servent pas le scénario.

Mon personnage? Une femme étroite d'esprit qui juge sévèrement un métier pourtant noble et qui refuse obstinément de voir ses bons côtés. Le personnel naviguant devant pour sa part être montré comme dévoué, patient, ouvert, courageux. Lors du casting, j'ai donné ce qu'on attendait de moi, en qualifiant les hôtesses de l'air de "boniches dans un avion". La réalisatrice jubilait: "c'est parfait, j'adore, il faudra aboslument revenir là-dessus devant la caméra et sur le plateau, et même en rajouter!".

Pendant le tournage, la pression psychologique est forte pour qu'on fournisse la prestation attendue. Insidieusement, la caméra s'éteint quand on ne joue pas le jeu, et se rapproche dès qu'on colle au scénario. On nous pose des questions orientées, et seules nos réponses, parfois tronquées, sont gardées. Il est formellement interdit de parler du sujet ou de ce qu'on est en train de vivre quand la caméra ne tourne pas, sous peine de devoir "rejouer" des scènes ou des échanges intéressants. Petit à petit, au fil des jours, on adapte insconsciemment son comportement, et on en oublie presque la caméra (que l'on doit d'ailleurs ignorer totalement). On joue, on se donne, on fournit.

Bons petits soldats, on est d'autant plus fâchés de se découvrir ensuite "cassés au montage". Mais il faut être bien naïfs pour imaginer que l'objectif de ces émissions est de nous montrer sous notre meilleur jour ou même de nous ménager. On a signé pour être modelés, détournés, caricaturés, ridiculisés si possible, bref, pour devenir de la "chair à télé".

Pour voir le reportage: http://youtu.be/687O1dJqprs