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13/08/2012

La nouvelle constitution pour les nuls

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Le 14 octobre, nous sommes appelés à voter pour ou contre le projet de nouvelle constitution genevoise, cuisiné pendant 4 ans pour un coût total de 15 millions de francs. A ce prix-là, il vaut quand même la peine de se plonger dans les 63 pages du projet pour voir de quoi il retourne. Même si pour moi, cela équivaut à l'ascension du Mont-Blanc.

Parce que déjà, pour juger de l'étendue des travaux, il faut d'abord s'attaquer à la lecture de la Constitution actuelle, celle de 1847, amendée depuis une centaine de fois. Combien de Genevois l'ont-ils lue de bout en bout? Combien la liront-ils avant de se prononcer? Très peu, à n'en pas douter. Ils écouteront les mots d'ordre des partis proches de leur sensibilité, en maugréant "ils doivent savoir ce qu'ils font!".

Bon, à l'attaque! A première vue, le nouveau texte semble plus abordable, plus facile à lire et à comprendre. Parce que celui de James Fazy, c'est loin d'être un boulevard. Le Genevois de base trouvera même que ça bouchonne. Trop de mots, trop de formules alambiquées, trop de détails. On y avance au pas. Il était effectivement temps de fluidifier tout ça.

D'emblée, le préambule (inexistant dans la formule actuelle) me met les larmes aux yeux, et gonfle de fierté mon coeur patriote. J'interromps la lecture pour aller chercher du pop corn. Je sens que je vais vivre un grand moment.

Et je ne suis pas déçue. Tout en mâchonnant bruyamment, je m'extasie à chaque article du chapitre I. Ah, enfin on présente officiellement les Armoiries et la devise du Canton! Ah, le développement durable est en bonne place dans les dispositions générales! L'article 13, demandant à chaque personne "d'assumer sa part de responsabilité envers elle-même, sa famille, autrui, la collectivité, les générations futures et l'environnement", m'achève. C'est si beau, si noble.

Je reprends mes esprits, et me sers un verre de rosé pour attaquer le chapitre II. Qu'on parle d'égalité des salaires entre les hommes et les femmes, d'accès pour les handicapés, ou encore de droit à un environnement sain, une question me taraude déjà: mais comment l'Etat va-t-il pouvoir appliquer, contrôler ou encore financer toutes ces belles résolutions? Mystère. Mais en tout cas, ça fait joli, sur le papier. En fait, dans ce chapitre, c'est bien simple, le citoyen a droit à tout, constitutionnellement. Généreux, à défaut d'être applicable.

Et je ne vous ai pas encore parlé d'emploi, ni de logement. Restez bien assis, ça vient. L'article 38 a1 vous donne le droit d'être logé de manière appropriée, si vous êtes dans le besoin. Déjà qu'on n'arrive pas à loger correctement à Genève tous ceux qui ont un salaire, je me réjouis de voir ça. On a intérêt à construire massivement et fissa. Sans compter que plus loin, à l'article 178 a1, on nous garantit "des conditions abordables". Loin des prix actuels du marché, donc.

Mais à défaut d'un logement adéquat fourni immédiatement par l'Etat, vous aurez au moins une garde-robe neuve, une coupe régulière chez le coiffeur, un natel, un ordinateur et un accès internet. Non? Ce ne sont pas des éléments entrant dans "la couverture des besoins vitaux afin de favoriser l'intégration sociale et professionnelle" de l'article 39 a1? Je croyais, au temps pour moi, je me laisse emporter par l'enthousiasme. De toute façon, si vous lisez bien l'article 185 a2, l'Etat vise le plein emploi. Tout devrait donc s'arranger rapidement.

Tout en me resservant un petit apéro, revigorée par toutes ces bonnes nouvelles, je saute allègrement tous les articles qui concernent l'organisation de l'Etat et la politique (c'est mon blog, je fais ce que je veux). Seule chose que je retiens vraiment: tous nos chers élus seront en place pour cinq ans au lieu de quatre. Faites désormais gaffe en les choisissant, s'il vous plaît.

Je fais une pause sur l'article 158 a1 qui stipule que "l’Etat met en oeuvre des politiques propres à réduire les gaz à effet de serre". Je constate qu'il est bien séparé des articles concernant la mobilité, plus particulièrement de l'article 190 a3 qui garantit toujours "la liberté individuelle du choix du mode de transport". Encourager la mobilité douce à l'alinéa suivant doit être suffisant, apparemment, pour aller dans le sens de cet ambitieux objectif. Même pas besoin de concepts fumeux comme la société à 2000 watts. Trop fort.

En matière de santé, l'interdiction de fumer dans les lieux publics (article 176 a1) n'est plus pour "protéger l'ensemble de la population", et surtout le tabac n'entraîne plus officiellement "la maladie, l'invalidité et la mort". Un progrès? Certaines choses sont tellement évidentes qu'elles n'ont plus besoin d'être mentionnées, me direz-vous.

Sur ces bonne paroles, je m'allume une clope. Mon appartement ne figure pas sur la liste des lieux concernés ayant disparu de la nouvelle constitution. Tout va bien.

Mon gamin de 17 ans, plus scolarisé depuis 6 mois et jouant depuis intensivement à Call of duty (après avoir vainement tenté de trouver un apprentissage ou une école qui l'accepte sans avoir été promu à la fin du Cycle), sera heureux d'apprendre que si la nouvelle constitution était déjà en place, il aurait droit à une formation jusqu'à sa majorité. Dans quels locaux, avec quels profs, quels moyens? Le DIP trouvera bien, non? Mon fils ne s'appelle pas Thomas, mais aussi perplexe que moi, il attend de voir pour y croire. Dans l'intervalle, il va se donner à fond dans des loisirs diversifiés, encouragés constitutionnellement via le nouvel article 219 a1.

Je constate grâce à l'article 210 a1 que, désormais, "l'Etat facilite l'accueil, la participation et l'intégration des personnes étrangères". Evidemment, pas au point de leur donner le droit de vote au niveau cantonal ou celui d'éligibilité au niveau communal. Faut pas pousser non plus, ça reste des gens pas comme nous. Mais, au moins, l'Etat "facilite leur naturalisation. La procédure est simple et rapide" (art. 210 a2). Bien sûr, ils resteront toujours des Suisses naturalisés, bien distincts des Suisses de souche.

Je finis le pop corn, le rosé et mon paquet de clopes en parcourant les dispositions transitoires. Ouf. Bon alors, je la vote ou non, cette nouvelle constitution? La plupart des partis qui nous encouragent à le faire se disent satisfaits, bien qu'on les sente peu enthousiastes. C'est toujours mieux que l'actuelle, nous disent-ils. Ou moins pire, on ne sait pas très bien. Certes, elle contient quelques objectifs ambitieux, jugés "avant-gardistes" par certains. Je la voterai donc, mais juste pour ne pas avoir sur la conscience le gaspillage de 15 millions de francs et de quatre ans de travaux. Allez, pour voir.