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  • Les bulles

    dfc105d4f6174dc68e556ef6bc095014.jpgOn nous le dit, on nous le répète sur tous les tons : la seule chose que nous puissions faire pour nous rendre utiles actuellement, c'est de ne rien faire du tout. Ne pas bouger, ne pas sortir, ne pas se plaindre, ne pas craquer, attendre. C'est la seule contribution possible au fléchissement de la fameuse courbe.

    Alors, pourquoi nous plonger sans cesse et volontairement dans les chiffres (nombre de personnes testées positives, hospitalisées, décédées), pourquoi nous mettons-nous sous le nez tous les incendies viraux en cours dans le monde ? Qu'y pouvons-nous, à part rester sagement immobiles ?

    C'est cette impuissance face à un constant flot de sombres informations qui nous pousse peut-être à une overdose de partages sur les réseaux sociaux de blagues, de photos d'enfance, de plages ou de bons petits plats. Ce n'est pas toujours drôle, c'est parfois envahissant ou hors de propos ; mais qu'importe. Ces petites vaguelettes positives que nous nous échangeons nous détournent momentanément de l'incroyable tempête dans laquelle nous sommes tous pris.

    Soyons donc indulgents et bienveillants envers toutes ces modestes bulles de joie, même si elles éclatent et disparaissent après quelques instants seulement. Soufflons-en quelques-unes nous-mêmes...

  • Se déchiffrer

    560156_4875413237214_1579631905_n.jpgA distance, cette crise sanitaire nous permet de nous découvrir, de nous déchiffrer. Des inconnus ou des voisins à qui on commence à dire bonjour, avec qui on commence à échanger, par solidarité ou par simple humanité ; des connaissances avec lesquelles nous n'avions peut-être que des relations de surface, en allant boire des pots et en se marrant, deviennent des amis au fil des échanges écrits ou téléphoniques ; des amis deviennent de vrais confidents ; la famille se révèle encore et toujours comme un socle immuable, soudée quoiqu'il arrive ; une belle rencontre récente gagne en intimité, en complicité.

    Malgré (ou grâce à) l'éloignement, nos relations humaines deviennent plus intenses, plus vraies. en croisant les mots sans le contact physique, on redessine les contours de nos amitiés et de nos amours. On réalise à quel point celles et ceux qu'on aime comblent nos vides, nous apportent ce qui nous manque, nous complètent... en reliant les points, en remplissant les cases.

  • Vitale coquetterie

    D-1932-SC-27-png-3270-e1437993909124.jpgQuand on ne croise (de loin) dans sa journée que des livreurs pressés, des voisins furtifs et des caissières de supermarchés inquiètes, il est difficile de se motiver pour ressembler à peu près à quelque chose.

    Après 10 jours d'un relatif laisser-aller, à traîner en survêtement les cheveux en bataille, j'ai décidé de me reprendre en main. Après tout, ce n'est pas comme si j'étais débordée, avec mille autres choses à faire.

    Bon, pour les racines qui trahissent ma blondeur à peine artificielle, pour mes ongles vernis au gel que je confie à une professionnelle, je ne peux pas grand chose. Tout cela poussera de façon anarchique et désordonnée, à l'image de la nature qui reprend ses aises et ses droits en notre absence. Autant lâcher prise en attendant que les fées qui virevoltent habituellement autour de moi chaque mois soient libérées...

    Pour le reste, allez, je me motive ! Douche le matin ou bain moussant le soir ; petit brushing presque-comme-chez-mon-coiffeur ; dents soigneusement brossées même si personne ne pourra m'approcher d'assez près pour me faire des remarques sur mon haleine ou m'embrasser langoureusement ; crémage du corps avec de précieux et odorants onguents ; épilation comme si j'avais prévu d'aller à la plage ; vêtements propres et repassés soigneusement choisis, même si une sortie de première nécessité n'est pas prévue ; maquillage léger ; et finalement une petite touche de parfum "Chloé" ou "Narciso", selon l'humeur du jour.

    Outre le fait que c'est bon pour mon moral, toute cette attention portée au corps a l'avantage de prendre du temps, et donc de l'aider à s'écouler de façon plus douce. Sans oublier que je suis persuadée que le fait de me sentir jolie rend ma voix plus séduisante quand je converse au téléphone avec l'homme niché dans mon coeur.

    Alors, futile ou vitale cette coquetterie ?

    Illustration : Après le bain (femme s'essuyant), Edgar Germain Hilaire Degas, 1895

  • Et moi, et moi, et moi

    90251948_10159728051322516_4095051858454773760_n.jpgJ’avoue, je te connais mal… parfois je te maltraite, j’oublie de t’écouter. Le brouhaha de nos vies professionnelle et sociale nous dispensent la plupart du temps d’un véritable dialogue. Nous nous côtoyons, il nous arrive de nous apprécier, mais la bienveillance n’est de loin pas omniprésente.

    Nous sommes coincées ensemble pour un moment. Après avoir quelque peu gesticulé et épuisé toutes tentatives de nous divertir de l’inévitable, il a fallu l’admettre ; nous allons devoir nous parler toi et moi. Peut-être même allons-nous apprendre à nous aimer. Vraiment, profondément.

    Dans la situation actuelle, cela ne va certes pas être facile. Nos faiblesses, nos failles et nos défauts sont exacerbés, et prennent de plus en plus de place. L’indulgence dont nous devrions faire preuve fait parfois défaut… surtout le matin quand nous sommes encore chiffonnées, ou le soir quand le blues s’installe. Entre les deux, on se supporte. Comme on le fait tant bien que mal depuis 54 ans maintenant.

    Je te regarde intensément dans le miroir et je te le redis chaque matin ; on en sortira plus fortes, toi et moi, c’est sûr. On va s’aimer… Je vais t’aimer… Je vais m’aimer, promis.

  • Les petits bonheurs

    IMG_20150828_162519.jpgDemain, j'ai décidé de nettoyer tout mon appartement à la pince à épiler et de tondre mon gazon au coupe-ongle. Je pourrais aussi faire mes vitres au coton-tige, ou farcir des lentilles. Ces idées d'occupations loufoques qu'on s'échange en riant sur les réseaux sociaux ne le sont pas tant que ça finalement. Elles nous ramènent non pas à l'essentiel, mais à la multiplication du plus futile, du plus accessoire, du plus léger.

    Le fameux "essentiel", le très sérieux "fondamental", peuvent rapidement devenir lourds entre quatre murs, et peser sur nos vies ralenties. Au lieu de nous sentir coupables d'avoir toujours repoussé à plus tard la réalisation de grandes choses, multiplions les toutes petites, et les toutes simples.

    Pour ne pas trop utiliser sa tête, on se sert de ses mains. Suspectes, sinon coupables, de transmission du virus, elles sont aussi les petites fées de notre logis et de nos journées. Une chose ou une autre réparée, recousue, repeinte, nettoyée, triée, rangée, retrouvée, réhabilitée...

    D'humbles réalisations quotidiennes, obtenues avec les moyens du bord, nous apportent aujourd'hui plus de satisfaction que n'importe quelle flamboyante victoire arrachée de haute lutte, dans notre ancien monde révolu.

    Ces toutes petites choses nous procurent de tous petits bonheurs, mais leur addition nous porte, de jour en jour, jusqu'au lendemain.