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Le corps social

i-was-assaulted-on-the-street-but-i-still-walk-home-alone-at-night-408-body-image-1428519885.jpgPeut-être ne nous sommes-nous pas rendus compte à quel point nos corps existaient dans l'espace public. Même si dans de nombreuses situations, nous faisions tout pour le faire oublier, partout où nous étions contraints à frôler ou toucher des inconnus : dans un tram bondé, dans les allées fourmillantes d'un marché, ou encore dans l'ambiance poisseuse d'un concert de rock.

Même si cette promiscuité subie n'était pas toujours très agréable, elle avait malgré tout quelque chose de rassurant, car nous ne pouvions pas échapper, malgré tous nos efforts d'êtres hautement civilisés, à notre grégarité primaire. Et quand cette proximité était par contre choisie, la masse de nos chers semblables nous enrobait, dans un doux et joyeux cocon humain où se côtoyaient peaux, lèvres, mains, sueurs et haleines.

Je parle évidemment au passé, car entretemps, le coronavirus et la distanciation sociale se sont imposés dans nos quotidiens. Le corps dans l'espace public, autrefois (il y a encore quelques semaines) anodin et banalisé, est devenu suspect. Comme nous ne pouvons pas savoir au premier abord qui est infecté et qui ne l’est pas, nous avons dû nous résoudre à aseptiser le lien social. Notre présence en dehors de chez nous est devenue furtive, presque coupable.

Finis le face à face, les yeux dans les yeux, les corps à corps. Nous rasons les murs, nous fuyons les regards, comme si à eux seuls il pouvaient nous contaminer. Nous entrons dans un monde sans corps, nous repliant sur le virtuel. Nous entrons dans un monde sans visages, cachés sous des bouts de tissu ou de papier. Le lien à l'autre est mis à mal, bousculé.

Nous obéissons, nous nous faisons violence, et étouffons ce besoin de voir, rencontrer, toucher les autres. Mais un jour viendra où nous pourrons à nouveau nous serrer dans les bras, et nous embrasser. D'êtres aujourd'hui presque fantomatiques et éthérés, nous nous remplirons goulûment de la présence de nos semblables pour retrouver notre densité, et ce sentiment d'exister au monde.

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